Je suis enceinte… je fais quoi ?

Tu es enceinte. D'accord, c'est un fait, mais... et après ? Voici un guide pas à pas, quelle que soit ta décision.

Je suis enceinte… je fais quoi ?

Tu viens de faire un test de grossesse. Et le résultat est positif. Peu importe ce qu’on envisage pour la suite, ou si on ne sait pas quoi envisager… on sait rarement comment s’y prendre une fois que le petit « + » s’affiche.

Alors pour vous éviter de vous recroqueviller sous sa couette en attendant que ça passe, je vous fournis un mode d’emploi, et ce quelle que soit votre décision finale !

Je suis perdue, où m’adresser pour y voir plus clair ?

Lorsqu’on tombe enceinte, surtout quand on est jeune, on ne sait pas forcément ce qu’on souhaite faire de cette grossesse. L’entourage peut être de bon conseil, mais parfois, ce n’est pas suffisant – et c’est encore moins facile si l’avis de tes proches est tranché, ne laisse pas de place à ton opinion personnelle.

À la recherche d’informations, privilégie le site du gouvernement et le numéro qui va avec : 0 800 08 1111.

Comme on l’a vu ces derniers temps, pas mal de personnes souhaitent influencer ce genre de décisions et mettre leur grain de sel là où clairement, ils n’ont pas un mot à dire. L’important, c’est donc de savoir les éviter pour trouver des interlocuteur•trices qui feront leur travail dans le respect.

Pour ça, il existe différentes solutions. Premièrement, pour chercher de l’information, il faut privilégier le site institutionnel du gouvernement et le numéro qui va avec : 0 800 08 1111. Attention : le site IVG.net a l’apparence d’un site institutionnelle et fournit également un numéro, mais il est loin d’être neutre ! Il existe beaucoup d’autres pièges comme le site AfterBaiz, qui sans en avoir l’apparence sont gérés par des groupes anti-choix.

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Ce numéro gouvernemental est géré par le réseaux des Plannings Familiaux, vers qui vous pouvez vous tourner. Véronique Sehier, co-présidente du Planning Familial, explique que l’objectif du réseau téléphonique et des conseiller•es que vous rencontrez sur place « n’est pas de dire à la personne ce qui est bien pour elle mais de lui faire exprimer ce qu’elle souhaite ».

« Ce qui est important c’est bien de donner toutes les informations sur l’avortement, puis de lui permettre d’exprimer ce qui est pour elle important aujourd’hui, de lui permettre de cheminer, de répondre à ses interrogations, à ses doutes. On n’est pas là pour juger, pour moraliser, on est juste là pour permettre aux personnes de faire leur propre choix. »

Il faut aussi souvent dédramatiser l’IVG, notamment par aspiration. « Faire comprendre qu’il n’y a pas d’urgence à décider […] sauf si bien sûr on découvre sa grossesse très tardivement, mais dans ce cas on explique qu’il y a aussi la possibilité d’avorter à l’étranger. »

Cette dédramatisation de l’avortement est importante aussi pour des femmes qui arrivent en disant « je ne peux pas avorter, c’est contraire à mes principes » parce qu’on a enseigné la culpabilisation de cet acte.

« On explique que ce n’est pas un bébé, c’est un embryon, ce n’est pas une personne. »

Grâce à cet accompagnement, tu vas pouvoir prendre une décision ou confirmer ton choix de départ. Mais ensuite ?

Je souhaite interrompre cette grossesse

Si ton/ta gynéco est moralisateur•trice, fuis. Il existe des listes de praticien•nes ouvert•es à retrouver sur Gyn&Co.

Comme évoqué précédemment, l’avortement peut souvent être mal perçu, et les interlocuteurs que l’on rencontre sur son parcours ne sont pas toujours bienveillants. Certain•es gynécos ou professionnel•les vont adopter une posture moralisatrice, ou tenter de prodiguer des « conseils » pour vous dissuader de recourir à l’IVG, de l’argumentation sur « cette vie qui est en vous » à la pression sur « l’horloge biologique qui avance ».

Si c’est le cas… fuis ! Pour trouver des professionnel•les bienveillant•es, le site Gyn&Co répertorie, sur témoignages des patient•es, les professionnel•les féministes et ouvert•es d’esprit. N’hésite pas à faire un tour dans la liste ou sur la carte pour choisir le/la bon•ne. Et si tu as eu de mauvaises expériences, Véronique Sehier recommande de les signaler au Planning Familial.

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  • Qui contacter ?

Pour pratiquer une IVG, il faut avoir un premier rendez-vous, avec le médecin de ton choix. Si tu ne sais pas où t’adresser, on te conseille simplement de contacter le Planning Familial le plus proche de chez toi.

Cette première consultation est obligatoire. On t’y remet une attestation de consultation, on t’oriente vers un médecin capable de pratiquer cette IVG. Si celui que tu consultes ne pratique pas les IVG il doit t’en informer immédiatement et te diriger vers un•e professionnel•le habilité•e.

  • Quelles méthodes ?

Tu auras ensuite un deuxième rendez-vous, pendant lequel il faudra notamment choisir la technique d’avortement pratiquée. Elles ne sont pas toutes accessibles de la même manière selon l’avancement de la grossesse.

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Source

Il existe deux méthodes : l’IVG médicamenteuse, et l’IVG instrumentale.

C’est pourquoi on pratique souvent une échographie de datation avant de choisir la méthode. Ce n’est « en aucun cas pour montrer des images du contenu de l’utérus ou « faire écouter ce petit coeur qui bat » qui n’existe d’ailleurs pas à ce moment-là », explique Véronique Sehier. Il n’y a aucune obligation légale, mais refuser peut conduire à « se heurter à des difficultés avec le personnel qui le demande ».

Quoi qu’il en soit, il faut faire un choix entre :

  • L’IVG médicamenteuse, qui comporte la prise de deux médicaments différents. La première prise s’effectue en consultation, et la deuxième qui a lieu entre 36 et 48h plus tard peut s’effectuer au choix en consultation ou chez toi. Suite à l’ingestion de ces deux médicaments, l’avortement se produit dans les 4 à 72h qui suivent. Il provoque des saignements qui peuvent durer une dizaine de jours.
  • L’IVG instrumentale, effectuée obligatoirement dans un hôpital ou une clinique, est la méthode qui permet de recourir à l’avortement même après la 9ème semaine après le début des dernières règles. Elle se pratique en salle d’opération, sous anesthésie locale ou générale, et l’hospitalisation dure généralement quelques heures.

Dans le cadre d’une IVG médicamenteuse, vous pouvez vous diriger vers un hôpital ou une clinique, un•e médecin libéral•e, un planning familial ou un centre de santé. Pour une IVG instrumentale, il faudra obligatoirement vous rendre dans un hôpital ou une clinique.

Il est extrêmement important de savoir qu’on a le choix dans la méthode, dans la limite des délais imposés. Certains hôpitaux ont tendance à imposer l’anesthésie générale, ou à privilégier l’une des deux méthodes, mais le choix final doit être le vôtre, « il est très important de continuer à militer en ce sens » selon Véronique Sehier : « cela relève du droit des patient•es ».

Malgré la récente polémique, il est tout à fait possible d’obtenir un arrêt de travail pour un avortement : c’est au cas par cas, selon la situation.

D’autre part, il est tout à fait possible d’obtenir un arrêt de travail pour pratiquer un avortement, malgré la polémique lancée par le syndicat des gynécologues en juin dernier. « Il n’y a pas de règle par rapport à ça », me confirme Véronique Sehier. C’est au cas par cas, selon si la femme souhaite avorter en consultation, selon la méthode choisie également, ce qui est le plus confortable pour elle…

« On n’a pas forcément envie d’être au travail lorsque l’on saigne beaucoup ! »

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  • Quel suivi ?

Avant de pratiquer cet avortement, entre les deux premiers rendez-vous médicaux obligatoires, une consultation psycho-sociale est proposée aux majeurs, et obligatoire pour les mineures. Elle se déroule avec une conseillère, selon les situations ça peut être une psychologue mais ce n’est pas toujours le cas.

Le but premier de cette consultation psychosociale est d’« informer la personne sur ses droits ».

Le but premier est réellement d’« informer la personne sur ses droits », et aussi d’aider les mineur•es à trouver la personne majeure requise pour l’accompagner – puisque c’est obligatoire.

« Pour certaines personnes c’est compliqué de trouver une personne majeure avec qui elles puissent en discuter, et donc ça nous arrive que des conseillères accompagnent ces jeunes femmes. »

Il faut cependant être vigilant car comme on l’a dit précédemment, certaines structures sont anti-avortement et vont tenter d’influencer la jeune fille dans sa décision. Mais « il ne faut pas que ce soit moralisateur, le choix relève de la personne qui décide d’avorter ou de ne pas avorter, c’est strictement personnel. »

Après l’avortement, une consultation de contrôle doit être effectuée au cours des deux à trois semaines suivantes afin de vérifier que l’IVG a bien fonctionné et de s’assurer qu’il n’y ait pas de complications, peu importe la méthode choisie. À cette occasion, tu pourras rencontrer de nouveau une conseillère si tu ressens le besoin de parler, mais ce n’est pas obligatoire :

« Pour certaines personnes c’est très simple, le choix est fait et l’avortement est une solution. Mais tout le monde ne le vit pas aussi facilement, d’où le fait qu’il y ait la possibilité d’en parler après. »

Cependant il ne faut pas dramatiser l’avortement, « il y a des études danoises et britanniques qui montrent qu’il peut y avoir plus de conséquences traumatiques pour une grossesse mal vécue que pour une grossesse interrompue ». En effet, « si on parle des dangers de l’avortement, parlons aussi de ceux de la grossesse » !

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  • Est-ce que je serai remboursée ?

Tous les actes liés à l’avortement doivent être remboursés intégralement.

Au moment de pratiquer un avortement, on peut se poser la question des moyens financiers dont il faut disposer pour pouvoir y recourir. Ce n’est pas le cas dans tous les pays mais fort heureusement, en France, tout est intégralement remboursé et pour garantir l’anonymat, rien n’apparaîtra dans les relevés de la Sécurité Sociale.

« Tous les actes liés à l’avortement doivent être remboursés intégralement, y compris l’échographie de datation, et l’anesthésie. Il n’y a pas besoin d’avancer l’argent. On ne doit pas demander la carte de Sécurité Sociale, parce qu’on est censé•e être anonyme. L’IVG ne doit pas du tout apparaître sur les relevés de Sécurité Sociale. »

Je souhaite avoir un enfant

Véronique Sehier explique que beaucoup de raisons différentes peuvent amener des jeunes femmes à prendre cette décision, et que ça touche tous les milieux sociaux, sans distinction :

« Pour certaines personnes c’est une façon d’accéder à une autonomie, ou parfois ça va être ¡ enfin quelqu’un que je peux aimer et qui va m’aimer aussi ». Il y en a aussi qui nous disent « moi je veux le garder, mais chez moi on ne veut pas ».

C’est pour ça que c’est important qu’à un moment donné il y ait une rencontre avec la personne seule. Il existe des structures, des foyers qui accueillent des jeunes femmes seules qui veulent poursuivre leur grossesse. Mais c’est vraiment du cas par cas, c’est local, on oriente les personnes en fonction du choix qu’elles font. »

Poursuivre une grossesse est une décision importante qu’il faut prendre en toute connaissance de cause.

Poursuivre une grossesse est en effet une décision importante. Parce qu’au bout, c’est ta vie qui va être chamboulée — dans le sens où désormais, il faudra aussi s’occuper de celle de quelqu’un d’autre, avec tous les coûts que ça implique également.

Si tu prends cette décision, veille donc à la prendre en toute connaissance de cause.

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  • À qui je m’adresse ?

Pour le suivi d’une grossesse, on peut se tourner vers un•e médecin, gynécologue, ou une sage-femme si tu en connais déjà un•e. Il est bon de savoir que les sages-femmes sont tout à fait habilité•es à faire le suivi d’une grossesse, comme nous l’expliquaient Sonia et Anthony en interview, et pas seulement à mettre au monde.

Si tu n’as vraiment aucune idée de l’endroit où t’adresser, Véronique Sehier explique que les centres du Planning Familial ne s’occupent pas du suivi mais peuvent informer les patient•es souhaitant poursuivre leur grossesse sur les différentes solutions existantes – et ce ne sera pas juste de l’information vague, parce que ces professionnel•les ont une connaissance du tissu local.

« On leur donne toutes les informations, y compris concernant les allocations auxquelles elles peuvent prétendre, et après c’est leur choix. »

Dans les centres de Protection Maternelle et Infantile on trouve des médecins, des sages-femmes, des assistantes sociales.

Les centres de Protection Maternelle et Infantile existent dans tous les départements, c’est une obligation légale, et ils peuvent être de bons points d’ancrage. « On y trouve des médecins, des sages femmes, des assistantes sociales » : de quoi vous aiguiller, en particulier si vous êtes dans une situation compliquée au niveau financier par exemple.

Cependant, « beaucoup de femmes préfèrent être suivies par leur médecin traitant, c’est parfois même l’occasion d’en trouver un si elles n’en ont pas, et il existe aussi des sages femmes exerçant en libéral », précise Véronique. Concernant ces sages-femmes libérales, un annuaire existe pour savoir laquelle est proche de chez toi – mais n’hésite pas à demander dans ton entourage pour vérifier la bienveillance de celles-ci (ou à te référer à Gyn&Co comme précisé plus haut).

  • Comment ça se passe ?

Une fois que tu as établi quel suivi te paraît correspondre à tes envies et à ta situation, il faut contacter l’un•e de ces professionnel•les de santé avant la fin du troisième mois de grossesse pour procéder au premier examen médical prévu.

On t’y prescrira différents examens et notamment la première échographie, pour déterminer la date exacte du début de la grossesse. Ce sera aussi l’occasion de déclarer légalement la grossesse, mais tu seras accompagné•e dans cette démarche qui est vraiment très simple – pas de panique.

À partir du troisième mois, tu auras un rendez-vous par mois pour surveiller le bon déroulement de la grossesse.

Toute les étapes suivantes sont résumées et expliquées sur ce site du service public, mais l’essentiel est de savoir qu’à partir du troisième mois, tu auras un rendez-vous par mois pour surveiller le bon déroulement de la grossesse.

C’est au cours de ces rendez-vous que trois échographies seront pratiquées, au 3ème, 5ème et 8ème mois, pour contrôler l’évolution de la taille du foetus, puis sa position dans l’utérus. Des séances de préparation à l’accouchement et à la parentalité ont aussi lieu à partir du 7ème mois de grossesse, mis à part le premier qui a lieu lors du 4ème mois.

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  • Combien ça coûte ?

Avoir un enfant ça a un prix que nous n’allons pas calculer ici. En revanche, concernant le prix de la grossesse, les examens obligatoires mentionnés précédemment sont pris en charge par la Sécurité Sociale. Pour le détail du financement, le site de la Sécu te renseignera.

Maintenant que tu sais tout, on espère que tu as pu prendre la décision qui te convient, celle qui correspond à ta situation, sans avoir eu à subir de jugements de la part de qui que ce soit.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Ayrshire
    Ayrshire, Le 30 août 2016 à 16h31

    @Khopesh oh, c'est pas très récent, pour elles en particulier ça va mieux, et certaines ont réussi à avoir un enfant depuis. mais les liens que tu cites sont très intéressants, je vais les lire pour ma culture personnelle ^^

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