L’empouvoirement, le concept féministe qui manquait à la langue française

L'empouvoirement, c'est quoi ? Une traduction française de l'empowerment, tout un concept mêlant acceptation de soi, confiance, estime, ambition et pouvoir.

L’empouvoirement, le concept féministe qui manquait à la langue française

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« Empowerment », c’est un mot anglais dont je n’ai pas trouvé de traduction française satisfaisante. En général, je le traduis différemment en fonction du contexte — « capacitation », « responsabilisation »… mais aucun de ces choix ne transmet selon moi l’entièreté du concept « empowerment ».

Alors quand le contexte, c’est le monde dans lequel je vis, et que le sujet c’est moi, il me manque tout de même un mot qui rassemble toutes les significations de ce concept d’empowerment.

« Em-pouvoir-ement, processus de développement de pouvoirs, de possibles et de capacités »

Désormais, chez madmoiZelle, on dira « empouvoirement ». Sa construction est la même qu’en anglais : « pouvoir » en radical, aux sens de puissance ET de capacité, et en préfixe, l’idée d’un processus, d’un mouvement, d’une transition en cours. « Em-pouvoir-ement », « processus de développement d’un pouvoir », en quelque sorte.

Mais c’est pas beaucoup plus clair, je vous l’accorde. Alors détaillons.

L’empouvoirement, c’est connaître sa valeur

Connaître sa valeur, c’est la base de l’empouvoirement. Ce sont les fondations qui permettent de résister aux affres de la vie, et de s’élever. C’est le socle sur lequel on peut s’appuyer pour aller décrocher ses rêves, ce sur quoi on peut prendre de l’élan pour poursuivre ses ambitions.

À lire aussi : L’ambition et moi : histoire d’une révélation

Si tu veux approfondir ce premier point, je te conseille de (re)lire cet excellent article de Mymy, qui raconte sa propre prise de conscience à ce sujet.

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L’empouvoirement, c’est se chercher et se trouver soi-même

L’empouvoirement, c’est refuser d’utiliser les étiquettes qu’on nous présente pour seuls moyens de se définir. C’est créer et choisir ses propres étiquettes, même si elles sont à usage unique. C’est en changer à mesure qu’on grandit, qu’on évolue, qu’on change, tout simplement.

C’est refuser de se laisser définir par d’autres, et se connaître soi-même

C’est avoir conscience que la réponse à la question « qui suis-je » est susceptible d’évoluer, sans pour autant que ma valeur n’en soit affectée ! C’est aussi, en corollaire, apprendre à faire abstraction de l’avis des autres, lorsqu’il attaque cette valeur.
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En 2014, Lafastod confrontait sa mère homophobe. Parce que son bien-être est plus important que le respect d’une « bienséance » que personne n’est en droit d’exiger d’elle. Deux ans plus tard, ça va mieux.

L’empouvoirement, c’est prendre le pouvoir sur sa vie

L’empouvoirement n’est pas un concept théorique : sa traduction concrète est une réelle prise de pouvoir sur sa propre vie.

L’empouvoirement, c’est faire et assumer ses propres choix

C’est faire ses propres choix et réussir à les assumer, envers et contre les jugements, les reproches, les attentes et les déceptions de ceux qui nous aiment, ou ceux qui veulent nous voir échouer, ceux qui veulent notre bonheur et notre épanouissement. Ceux qui nous soutiennent, comme ceux qui nous détestent.
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En 2014, j’avais pris la bonne résolution de ne plus essayer de vivre la vie que mes parents voulaient pour moi. J’ai vraiment commencé à construire la mienne, en écoutant mes envies et mes ambitions. J’ai pas dit que c’était facile, juste que ça en valait vraiment la peine.

C’est s’écouter soi-même avant d’écouter les autres, pas parce qu’on est PLUS important•e, mais parce qu’on est important•e AUSSI !

Et que ça n’est pas enlever de l’espace à l’autre que d’en prendre pour soi. La confiance, l’estime, la patience, la bienveillance, l’écoute et l’empathie ne sont pas des ressources finies, bien au contraire ! En avoir pour soi n’en retire pas aux autres.

L’empouvoirement, c’est une conviction auto-réalisatrice

« S’empouvoirer : être actrice du processus d’empouvoirement »

S’empouvoirer (parce qu’à ce stade, autant inventer le bon verbe), c’est prendre une part active dans ce processus libérateur. Je la refais : on en bave, non ? Dans la vie, je veux dire ?

Quand on est une femme, qu’on a une orientation sexuelle autre que hétéro, qu’on a un genre ou une couleur de peau différente de l’idée que certain•es se font de la normalité, quand on vient d’un milieu social moins favorisé, moins ouvert ?

Je veux dire, il suffit de relire Ce monde sexiste m’épuise, le témoignage révélateur de Mircéa Austen, pour se représenter l’étendue et l’emprise du sexisme ordinaire dans nos vies quotidiennes ! Combinés à d’autres oppressions, cela revient à faire son chemin avec autant de poids qui nous appuient sur les épaules.

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Ce témoignage anonyme illustre à la fois l’insupportable pression qui pèse au quotidien sur de trop nombreuses femmes, ET le refus de se laisser arrêter, ralentir par cette menace omniprésente.

S’empouvoirer, c’est comme une routine sportive : au début ça fait mal, puis on gagne en puissance

Il faut avancer, malgré tout. Et ce n’est pas facile, non. Mais ce n’est pas un chemin de croix. S’empouvoirer, pour moi, c’est comme une routine sportive. Au début ça tire partout dans tout le corps, je me demande pourquoi je m’inflige ça, à quoi ça sert parce que ça ne se voit pas à l’extérieur mais que ça continue de faire mal à l’intérieur.

Mais petit à petit, ma posture se redresse, mon port de tête aussi, je trouve mon souffle devant un public et j’ai confiance en moi.

À lire aussi : Ma colère (face au sexisme) et moi, de la noyade à la délivrance

S’empouvoirer, c’est se donner les moyens d’escalader les montagnes qui obstruent le chemin, de franchir tous ces obstacles qu’on ne peut pas déplacer. C’est refuser d’attendre que la voie se libère, et se dire : puisque cette route est bouchée, je vais tracer la mienne.

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Ces femmes cherchaient juste à se frayer un chemin, et sans le réaliser, elles ont ouvert la voie aux autres.

L’empouvoirement, c’est dépasser les paradoxes dans lesquels on cherche à t’enfermer

Parfois, les montagnes à gravir n’obstruent pas l’horizon, mais sa propre pensée. J’ai mis beaucoup trop longtemps à réaliser toutes les limitations que j’avais intégrées, toutes celles que mon éducation « de fille » dans une société sexiste m’avait fait accepter. J’ai subi tant d’injonctions contradictoires, que j’en finis criblée de paradoxes.

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Entre obéir à tout et ne céder à rien, j’ai failli me débarrasser d’un oppresseur pour me jeter dans la gueule d’un autre : rejeter « les trucs de meufs » ne m’a jamais libérée du joug du patriarcat, ça m’a juste enfermée un peu plus dans d’autres injonctions.

Mais la vie n’est pas une succession de questions fermées. C’est pas « tu préfères ne jamais mettre de vernis à ongles, ou qu’on te parle uniquement d’actualité sportive » ? C’est plutôt : en fait, t’as envie de quoi, dans la vie ?

S’empouvoirer, c’est recomposer le tableau avec sa propre palette, tant pis pour les règles de l’art : c’est écrire et suivre les siennes ! C’est assumer de vouloir se faire du bien, ET refuser qu’on définisse à ta place ce que « bien » devrait être. C’est toi qui décides.

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Sophie avait fait ce chemin, en réconciliant son envie de prendre soin d’elle et de son corps, tout en continuant à envoyer bouler les diktats de la minceur. Ce n’est pas incompatible !

L’empouvoirement, c’est vivre ses convictions

L’empouvoirement, c’est vivre ses convictions, pas les proclamer.

S’empouvoirer, c’est devenir soi-même, pour soi-même, l’exemple qu’il nous a manqué, en grandissant. La preuve que tout est possible, qu’en se donnant les moyens, l’envie, le courage et la persévérance, on peut atteindre nos objectifs, réaliser nos rêves et nos ambitions. Qu’on n’attendra la permission de personne pour prendre la parole, ou changer le monde.

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C’est pas facile, d’incarner son propre modèle. Marie nous a donné ses précieux conseils pour développer sa confiance en soi, dans un monde ou « être une femme » n’était pas le ticket gagnant au tirage.

Si on n’exploite pas notre potentiel, qui le fera à notre place ?!

Parce que c’est pas les Avengers qui sauveront la Planète (même si je veux bien le 06 d’Iron Man, juste au cas où). C’est nous. Et « nous », c’est la somme de chacun•e d’entre nous !

Si on n’a pas conscience, individuellement, de notre valeur, de nos forces, si on n’écoute pas nos aspirations, qu’on ne suit pas nos ambitions, qu’on n’agit pas selon nos convictions, si on ne prend pas conscience de notre pouvoir et qu’on ne l’exploite pas, pourquoi est-ce que ce monde changerait ? Et pourquoi changerait-il en notre faveur ?

L’empouvoirement, pour moi, c’est tout ça. C’est les moyens de trouver sa place dans ce monde, et de le faire évoluer jusqu’à ce qu’elle nous convienne, et que chacun•e y trouve la sienne. Ça fait beaucoup, effectivement, pour un mot qui n’existait pas.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • PoussiM
    PoussiM, Le 12 juin 2016 à 13h11

    Je viens juste de voir cet article , je ne sais pas comment j'ai pu passer à côté il y a une semaine, le jour de sa sortie :hesite:
    Sans avoir mis des mots sur mon état d'esprit ces derniers temps, je suis dans une phase très positive de l'empouvoirement. Je commence à avoir un peu plus confiance en moi, à m'accepter et m'assumer comme je suis et ça fait du bien ! Merci @Clemence Bodoc pour cet article :top:

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