Les homosexuels devraient bientôt être autorisés à donner leur sang

La FDA lèverait en 2015 l'interdiction pour les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes de donner leur sang. Retour sur l'actualité et la situation en France.

Mise à jour du 31/12/2014 par Audrey Hepbrune :

Pour rappel, le don du sang par des homosexuels ou des bisexuels est interdit depuis 1983 aux Etats-Unis, mais aussi en France. Ils sont marqués d’une interdiction à vie, c’est à dire qu’il n’y a pas de prescription. La mise en place de cette mesure correspond à l’époque où le sida faisait des ravages au sein de la communauté homosexuelle : alors mal connue, cette maladie était associée à cette sexualité, aux rapports entre hommes et aux toxicomanes. Aujourd’hui le sida est toujours considéré par certains comme “la maladie des gays et des drogués”, alors que 56 % des personnes ayant découvert leur séropositivité en 2012 ont été contaminées lors de rapports hétérosexuels (98 % des femmes et 37 % des hommes) (chiffres). Proportionnellement, les homosexuels sont plus contaminés mais en terme de chiffres, il y a plus d’hétérosexuels contaminés que d’homosexuels.

Rappelons que la contamination par le VIH n’est pas une affaire d’orientation sexuelle mais de pratiques qui sont plus à risques et d’usage de préservatifs. Stigmatiser la sexualité est une erreur, alors que les précautions sanitaires devraient être prises sur les comportements sexuels, homosexuels, bisexuels ou hétérosexuels à risque (on lit encore des horreurs du genre « les gays sont des obsédés volages pratiquant exclusivement la sodomie, à l’inverse des hétérosexuels ». C’est faux et chez Madmoizelle, on a plein de témoignages qui prouvent que les hommes et femmes de tous bords peuvent apprécier cette pratique, et que la prise de risques n’est pas un comportement exclusivement homosexuel mais touche de manière universelle).

Pour prévenir l’épidémie du sida, ces mesures médicales restrictives envers les hommes qui ont des rapports sexuels avec d’autres hommes avaient été prises dans le monde au début des années 80. Mais trente ans plus tard, des pays comme les états-unis ou la France semblent continuer de laisser penser que les homosexuels sont les seuls vecteurs de l’infection. Hors, ces mesures ne correspondent pas à la réalité des diagnostics récents. Ainsi, alors que la France devait faire quelques avancées sur le sujet déjà en 2012, la FDA annonce la levée future de ces interdictions à vie, sous une condition : ne pas avoir eu de relations sexuelles pendant un an. Si elle recommande de ne pas stigmatiser l’orientation sexuelle mais de questionner le comportement sexuel du doneur, les homosexuels restent traités différemment).

Les associations de défense des droits des homosexuels s’insurgent contre cette mesure qui semble en décalage avec un monde où l’on peut détecter une contamination deux semaines après le rapport sexuel et l’abstinence sexuelle impossible à confirmer ou à infirmer par le cadre médical.

Concrètement, en France, des interdictions existent pour les hétérosexuels dans le cas où ils auraient eu des relations non protégées avec un ou plusieurs partenaires, contracté une infection ou pas. Les délais sont entre 4 et 2 mois pour ces cas. Mais pour les hommes ayant eu un rapport avec un homme, que ça ait été une fois ou tout plein, ils sont supposés plus à risque et le don du sang leur est interdit.

Aux Etats -Unis, l’interdiction à vie serait levée en 2015. Mais pas de date exacte.

Cependant, cette inégalité devant le don du sang cache bien d’autres restrictions médicales et des réalités différentes pour de nombreux pays. Rappelons que le don d’organes est lui aussi soumis à des restrictions.

Aux US, les hommes ayant eu des relations homosexuelles au cours des cinq dernières années ne sont pas éligibles au don d’organes ou de tissu.

En France, ils ne peuvent pas donner leur sang mais ils peuvent donner leurs organes : ce qui nous a été rappelé par l’histoire de Virgile Porcher, 25 ans,décédé mardi 23 décembre après qu’un chauffard fou ait lancé sa voiture sur les passants au milieu du marché de Noël de Nantes. Il souhaitait faire don de ses organes, et six personnes ont pu en bénéficier. Ce fait divers faisant la une de l’actualité car il a rappelé la contradiction de la loi qui interdit le don du sang mais pas des organes pour les homosexuels et bisexuels.

Comme le rappelle le Courrier International :

«En France, les hommes homosexuels ou bisexuels n’ont toujours pas le droit de donner leur sang. Le Royaume-Uni, lui, a levé cette interdiction en 2011, avec une « période probatoire » d’abstinence de dix ans. Quant au Canada, qui a levé l’interdiction en 2013, il impose cinq ans d’abstinence pour pouvoir être donneur.»

Alors que le don du sang est ouvert aux homosexuels et bisexuels au Portugal, en Espagne et en Italie.

Il est impossible de ne pas constater qu’il y a deux ans, nous espérions une levée de ces restrictions et que la situation n’a absolument pas changé depuis.

Sources / pour aller plus loin :

– Article initialement publié le 14 juin 2012

En février dernier, nous publiions ce témoignage dans lequel un homme homosexuel racontait qu’il était obligé de mentir pour pouvoir donner son sang. Ce n’était pas de gaieté de coeur qu’il fabulait pour se faire prélever un peu d’hémoglobine.

Bonne nouvelle : ce très bon témoignage anonyme n’aura bientôt plus raison d’être puisque Marisol Touraine, ministre de la Santé, a annoncé que l’orientation sexuelle ne peut pas être prise en compte et que les hommes ayant eu des rapports sexuels avec d’autres hommes devraient bientôt être autorisés à donner leur sang.

Rappelons que si les homosexuels hommes avaient l’interdiction de donner leur sang depuis 1983, c’était tout d’abord parce qu’ils étaient jugés plus à même d’être contaminés par le VIH. La ministre de la Santé a ainsi déclaré, à l’occasion de la Journée mondiale du don du sang :

« Le seul critère, c’est celui du risque et de ce point de vue-là, nous allons avancer pour faire en sorte que les hommes, qui ont des relations sexuelles avec d’autres hommes, soient en mesure de donner, puisque ce n’est pas, en soi, un facteur de risque ».

Selon les dires de la ministre, il y a de chances pour que la situation évolue dans ce sens d’ici quelques mois.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Jùne -The shadow
    Jùne -The shadow, Le 25 juin 2012 à 1h37

    cool sa avance :) j'espere qu'on va bientot pouvoir se marier aussi ! :)

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