J’ai appris à consentir, et gagné une vie sexuelle épanouie !

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Dans ses relations sexuelles, cette mamdoiZelle a réalisé qu'elle jouait inconsciemment un rôle stéréotypé imposé par la société sexiste. Elle a décidé d'en sortir et apprendre à dire oui à ce qu'elle aime sexuellement.

La première fois que j’ai couché avec un homme, je ne sais toujours pas si j’ai couché avec lui. J’avais tellement bu que je ne sais pas s’il était en moi, à côté, s’il avait mis une capote, ou pas, s’il a joui, ou pas.

Je ne l’ai jamais revu après, je n’osais pas trop lui demander sur Facebook pour savoir.

Une amie m’a dit « trop cool, t’es plus vierge ! ». Au moins j’avais gagné ça, du haut de mes 17 ans.

J’avais peut-être perdu ma virginité et, déjà, j’avais l’impression que c’était beaucoup trop tard et que je partais avec un handicap par rapport à celles qui avaient « de l’expérience ».

Jusqu’à il y a seulement quelques mois, le sexe était quelque chose que j’avais beaucoup de mal à appréhender, et encore plus de mal à aimer. Je savais que beaucoup de gens ne pouvaient pas s’en passer, je trouvais ça un peu fascinant, mais moi, ça me faisait surtout peur.

Pourtant, j’avais des partenaires sexuels. Il se trouve seulement que je n’ai jamais eu de « relation longue », et que mon expérience sexuelle jusqu’à aujourd’hui est une suite de « 3 fois avec lui », « rien pendant 8 mois», «5 fois avec lui », etc.

Pas forcément le genre d’expérience où l’on construit de la confiance avec quelqu’un, et où le sexe est le prolongement d’un amour fusionnel…

Mon attitude visait avant tout à éviter qu’il ne se passe des choses qui me mettent trop mal à l’aise. J’étais beaucoup sur mes gardes et je disais a priori non à presque tout, par automatisme, juste pour m’assurer que c’était possible de refuser et qu’on n’allait pas m’embarquer dans quelque chose que je pourrais ne pas vouloir.

Je disais oui par petits paliers, en me laissant convaincre par les hommes — « allez, t’es sûre que tu veux pas ? Ça va être bien, je te jure… »

Je ne demandais jamais rien, de peur que mon envie soit mal comprise et que je ne puisse plus dire stop, une fois que les choses se seraient accélérées.

Ma vie sexuelle imposée et passive

Il y a quelques mois, j’ai commencé à prendre un peu de recul et me suis demandée si ça se passerait comme ça pour toujours. Je me rendais bien compte que quelque chose clochait, et qu’une partie de ce qui clochait était dans ma tête.

Il se trouve que j’étais — et je le suis encore, mais ça commence à changer — attirée par les hommes au physique un peu stéréotypé : grands, larges, musclés, anguleux.

Simultanément, je me heurtais à l’autre moitié de ce cliché, qui est que ces hommes-là semblent souvent jouer un rôle dominant et actif.

En termes de sexe, je me retrouvais donc régulièrement dans des relations dans lesquelles je me faisais « retourner dans tous les sens » par des « gros bras », prendre à la gorge par un gars qui me disait que lui, il est « un peu dominant ».

Pire, parfois j’acceptais d’avoir des relations non protégées parce qu’un mec n’aimait pas les capotes et insistait un peu.

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Sur le coup, je ne disais rien, trois jours plus tard je culpabilisais de ne pas m’être protégée contre cet homme, et ensuite, rebelote, parce que j’allais pas non plus ne jamais coucher avec personne.

Et parce que dans ces relations stéréotypées, les hommes dits cliché ne vont pas sans les femmes dites cliché, je me suis rendue compte que face à mes partenaires, je prenais assez naturellement la position d’une fille qui minaude, passive, qui fait ce qu’on attend d’elle, qui se laisse ballotter dans tous les sens, qui ne dit rien et espère que lui, au moins, il passe un bon moment.

Et notons quand même que j’ai fait des études en sciences sociales, que ces sujets n’étaient pas nouveaux pour moi.

On discute de consentement avec mes ami·es autour de l’apéro, j’avais lu des textes sur la question — j’étais intellectuellement informée qu’il y avait souci.

Mon éducation au rapport femmes/hommes et au consentement

J’étais donc aussi fâchée (sans jamais rien dire, évidemment) contre ces hommes qui ne prenaient pas soin de moi.

J’avais bien lu qu’il faut prendre son temps dans la relation pour qu’une femme jouisse. J’avais lu qu’il fallait que j’exige qu’on prenne soin de moi. Mais comme toujours, c’est plus facile à dire qu’à faire.

Quand j’ai réussi à prendre du recul sur la question, notamment en me demandant qui j’étais, en tant que femme, ces paradoxes me sont apparus de façon encore plus claire.

Ensuite, j’ai lu un peu de littérature féministe de base (Bourdieu et La domination masculine, Eve Ensler et Les monologues du vagin).

J’ai commencé à lire beaucoup d’articles sur le sexe, l’influence du porno, etc. J’ai doucement pris la mesure de l’influence des rôles genrés sur ma socialisation, et sur la façon dont moi-même je conçois la relation, et encore plus la relation sexuelle.

Mais le consentement, c’est pas si simple !

Le consentement, dans beaucoup d’articles que je lis et en particulier dans la vidéo de la tasse de thé, je le comprends comme quelque chose que la personne qui risque d’agresser (souvent un homme), doit demander à la personne qui risque d’être agressée (souvent une femme), pour s’assurer qu’il n’agresse pas.

Et si demander le consentement est évidemment une part cruciale de la question, je trouve qu’on oublie trop souvent l’autre élément, ô combien complexe, du consentement : le fait de le donner.

Dans mes relations sexuelles, ne sachant pas ce que je voulais, ni ce que je ne voulais pas, j’adoptais assez naturellement ce rôle genré qui était pour moi la solution de la facilité : la passivité. J’étais avant tout là pour satisfaire les désirs de mon partenaire, sans vraiment consentir, ni vraiment s’opposer.

Ça m’évitait de devoir prendre des initiatives, de risquer de m’exposer à un jugement, ou de faire quelque chose qu’il n’apprécierait pas.

Ce faisant, je donnais à l’homme la responsabilité de façonner la relation sexuelle, de prendre du plaisir, de me donner du plaisir, de faire ce dont j’avais besoin, et de me demander mon consentement. En effet, ça fait beaucoup !

Et doucement, j’ai réalisé que pour moi, consentir était quelque chose que je devais apprendre. Ça ne pouvait pas se limiter à attendre qu’on me pose une question, puis répondre par oui ou non à la proposition qui m’était faite.

D’autant plus qu’il fallait encore que ma réponse soit sincère, et que j’arrive à ne pas dire oui simplement pour ne pas passer pour « la fille super ennuyeuse au lit qui veut juste qu’on se fasse des câlins ».

La communication, ça requiert deux personnes qui communiquent. Rester dans une relation où l’homme demande systématiquement et la femme répond, c’est justement rester dans les rôles actifs / passifs.

Ça ne pouvait pas suffire à résoudre le problème.

Apprendre à consentir et à dire non

Il me fallait donc de toute évidence apprendre à dire un « non » franc et clair, et dieu sait que parfois ça demande du courage, en plus du fait que ça requiert de savoir ce qui est bon pour soi.

En plus de ça, il fallait apprendre à dire « oui », « j’aimerais ça, ça ou ça » et comprendre qu’une fille qui a du désir n’est pas une horrible catin.

Et finalement, il fallait que j’apprenne à dire ça au moment précis où je voulais le dire, et pas seulement après qu’on me demande « Ça va ? T’es bien ? Tu veux faire…? »

Même les hommes n’ont pas tous l’air d’aimer être responsables du sexe.

Une chose que j’ai commencé à comprendre seulement très récemment, c’est que les hommes qui me ballottaient dans tous les sens ne prenaient pas forcément leur pied en faisant ce que je pensais être « ce qu’ils veulent ».

Certes, ils jouissaient, parce que c’était plus facile pour eux, mais on ne pouvait pas parler de relations sexuelles incroyables.

Une histoire qu’une amie m’a fait lire cette histoire qui raconte un date on ne peut plus banal. La fille finit par coucher avec un mec qui ne lui plaisait pas tellement.

En résumé, elle passe un moment un peu nul, se fait retourner dans tous les sens, hésite à partir mais finit par rester et supporte tant bien que mal. Il jouit et c’est fini.

Je parierais qu’une bonne partie de mes amies ont connu ce genre de plan.

Pourtant, ce qui a le plus étonné l’un de nos amis dans cet article, c’est le fait que la fille n’adore pas vraiment cette relation de « retournement dans tous les sens ». Sa question : « mais c’est pas de ça dont vous avez envie ? » Et bien non !

L’idée que le sexe doit être tout à la fois un show acrobatique et romantique et rapide et fort et impressionnant et plein de passion et muet (mis à part des gémissements), m’a l’air très répandue.

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Dire aux hommes ce que je veux et ce que j’aime

Et donc, je me suis dit seulement très récemment que si des hommes faisaient des choses pendant le sexe que je trouvais nulles, ça pouvait aussi être parce qu’ils essayaient de me prouver à quel point ils étaient un bon coup.

Ou parce qu’ils ne savaient pas comment me donner du plaisir. Ou parce que dans les pornos tout le monde fait comme ça.

En somme, qu’il pouvait y avoir des moments où mes partenaires étaient encore moins sûrs d’eux que moi et essayaient de le masquer par l’action, quand moi, je prenais plutôt l’option inaction.

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Et dans ce cas, ce n’est pas seulement la responsabilité de cet homme de me demander si j’aime bien, si je suis bien, si c’est cool, etc (même si, bien sûr, il doit en faire sa part).

Pour qu’on arrive le plus rapidement possible à une relation cool et d’égalité réelle, c’est aussi à moi d’apprendre à dire « stop », « non », « on peut faire une pause s’il te plait ? », et surtout « tu ne préférerais pas ça, plutôt ? » et « j’ai vraiment très envie de ça, ça te dit ?»

Bon, ça suppose évidemment d’être face à un partenaire qui soit à l’écoute, ce qui n’est pas du tout toujours le cas.

Avec des hommes qui n’ont pas envie d’écouter ou qui sont carrément violents, ou avec des femmes vraiment intimidées, traumatisées pour X raisons, la question se pose très différemment.

Elles auront probablement tout le mal du monde à s’exprimer et on ne peut pas attendre ça d’elles. Je parle bien ici d’une relation relativement équilibrée et avec un minimum de confiance mutuelle.

La fin du « sexe cool » et de l’emboîtement magique

À mes yeux, il faut absolument déconstruire ce mythe selon lequel le sexe cool, c’est une sorte de cohésion innée entre deux personnes, qui sont faites pour avoir du bon sexe ensemble, sans parler, juste en s’emboîtant parfaitement du premier coup.

Alors certes il y a des questions d’alchimie, mais l’emboîtement magique, j’ai l’impression que ça n’existe pas. Et de même pour les compétences en sexe, le fait d’être un bon coup.

Les seuls prérequis, c’est d’avoir un corps, de pouvoir écouter et formuler ce qui nous fait du bien, et de vouloir être à l’écoute d’une autre personne.

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La vraie égalité, c’est si les deux sont acteurs, non ?

Le début de ma nouvelle vie sexuelle

J’ai eu un petit déclic lorsqu’un homme, avec qui j’avais pas mal discuté de ce sujet, s’est allongé sur le lit nu avec son érection et m’a dit plus ou moins « vas-y, fais-toi plaisir ».

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Ce serait peut-être le fantasme de certains hommes qu’une femme leur propose ça, mais pour moi, c’était absolument déconcertant.

On me demandait de prendre des initiatives et moi, je n’avais aucune idée de ce dont j’avais besoin pour me faire plaisir.

Ça me semble de fait bien plus facile pour un homme, de toute façon — moi, j’ai besoin qu’on soit deux, et qu’on fasse ça ensemble.

C’était une provocation de sa part qui reflétait la façon dont je vois le rôle d’« allié du féminisme » que peut prendre un homme.

Il me donnait l’occasion de prendre mes responsabilités tout simplement en ne faisant rien. Il me donnait le temps de me demander ce que je voulais, si je le désirais.

Je ne pouvais plus me contenter de répondre « oui » à ses envies en me disant à moi-même « ouais, ça peut être pas mal, et puis il a l’air d’en avoir envie donc allons-y ».

Et j’ai commencé, récemment, à devenir un peu plus actrice de ma vie sexuelle.

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Je fais de mon mieux pour détendre l’atmosphère, je fais des blagues un peu nulles, je fais des efforts pour ne pas trop minauder, je demande des choses, et je demande à l’autre si c’est cool, si je ne lui fais pas mal, s’il aime bien.

D’ailleurs, les hommes à qui je demandais tout ça ne semblaient pas avoir l’habitude qu’on leur pose ces questions. Je me suis dit qu’en les posant moi, elles deviendront plus naturelles pour eux.

Je fais de mon mieux pour transformer le sexe en un grand terrain de jeu et de découverte du corps, et ça m’amuse beaucoup plus !

Peu à peu, je me défais de la culpabilité et du jugement négatif attachés au fait d’avoir du désir en tant que femme et j’essaie de prendre une part de la responsabilité pour la « réussite » de la relation.

Je te recommande la lecture de cet article très très cool : « Les hommes féministes sont-ils de meilleurs partenaires sexuels ? »

Eh oui, un homme peut donc inciter une femme à se masturber pendant la relation, et ce sera bon pour elle ET pour lui !

Mais il faut pour ça que les deux n’aient pas peur que l’autre prenne plus qu’il ou elle ne donne et ça, c’est sacrément difficile…

D’ailleurs, j’ai été surprise de constater que soudainement, les hommes (qui correspondaient malgré tout pas mal au cliché physique de l’homme grand et fort et un peu dominant) prenaient leur pied avec moi.

Ils ne semblaient pas m’en vouloir de ne pas être une fille mignonne passive et dans l’attente, qui s’accorde à ce qu’ils font. Au contraire.

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J’ai l’impression qu’en sortant de mon rôle genré, j’aidais un peu ces hommes à sortir de leur rôle d’homme responsable de tout, qui gèrent le sexe et doivent assurer.

J’ai pu entendre : « Ah mais c’est fou que tu aimes faire les choses lentement, j’avais l’impression que plein de femmes voulaient que ça aille vite et fort, mais moi aussi j’aime trop quand c’est lent ! ».

Après, il se pourrait aussi que, demandant davantage de respect envers ce que je veux et ce que je suis, je choisisse moins naïvement mes partenaires sexuels.

Peut-être que je suis dans une bonne phase, et que par la suite, je vais encore me tromper… Tout ça reste compliqué parce que pour moi, le fait de savoir ce que je voulais m’a poussé vers de meilleures relations sexuelles.

Mieux consentir pour mieux s’épanouir

Finalement, ce que j’essaie de dire avec tout ça, c’est sûrement que le consentement, ça doit forcément aller au-delà d’une histoire de « oui » ou de « non » prononcés en réponse à une question.

Ce type de consentement « simple », avant et pendant une relation sexuelle, permet d’être dans la légalité et la non-agression, ce qui est déjà pas mal !

Mais pour vraiment prendre mon pied, il faudra que je continue à m’attaquer à toute ma socialisation, aux rôles genrés que j’ai intériorisés, à ressentir de quoi j’ai envie et à être en phase avec mon corps pour avoir des relations d’égalité réelle où chacun·e est responsable à part égale de son bien-être et de celui de l’autre.

Il faut que j’arrête de vouloir jouer ce rôle de « bon coup » dont la représentation complètement fictive s’est fixée au fond de mon cerveau.

L’objectif devrait être de réussir à être pleinement moi-même et que la façon dont je mène mes relations sexuelles soit imprégnée de ce qui me définit réellement.

Et pour ça, je dois m’exercer à établir une vraie communication et une écoute bienveillantes et constantes, dans les deux sens, avec des hommes qui, idéalement, comprennent l’enjeu et m’aident à sortir de mes retranchements.

Ça a surpris un homme quand je lui ai dit ça, mais « le féminisme, ça se joue aussi au lit ».

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Commentaires
  • Kiha
    Kiha, Le 9 juin 2018 à 21h37

    Je me reconnais beaucoup aussi.
    C'est trop intéressant. Merci pour ce témoignage.

    Spoiler

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