Collègue, mon amour

Almira Gulsh continue ses petites chroniques sur les joies de la vie au bureau. Cette semaine, petit zoom sur sa collègue, qui est également sa chef.

Collègue, mon amour

Le bureau. 8h par jour. 5 jours par semaine. Plein de semaines par an.

Le bureau, on y passe la majeure partie de nos journées. Une grande partie de notre vie.

Malheureusement, on est rarement seul dans le bureau. Moi en tout cas, mon bureau, je le partage, avec P., ma collègue et supérieure hiérarchique directe.

Autant dire que P. et moi, on est un peu en couple. Mais un couple à l’ancienne. Comme quand les mariages n’étaient que des arrangements économiques entre deux familles, ou l’amour, la tendresse, voire même l’entente cordiale n’entraient pas en ligne de compte. Si on avait de la chance, ça venait après, avec le temps. Sinon, ben tant pis pour ta gueule.

P. et moi, on vit désormais ensemble, on partage la même pièce alors qu’on ne se connaît même pas. Alors au début on s’est jaugées. On s’est regardées du coin de l’oeil par-dessus l’écran de nos ordinateurs respectifs. Elle a dû briser la glace quand elle a dit :

“Tu veux que je te montre où le chef cache les Côte d’Or aux écorces d’orange ?”

C’est là que j’ai compris que P. n’était pas hostile.

Par contre, quand je l’ai surprise à regarder la manière dont je classais les dossiers en faisant une moue bizarre avec sa bouche, j’ai réalisé qu’elle n’était peut-être pas hostile, mais qu’elle restait ma chef malgré tout. Maintenant, faut trouver le juste milieu.

Partager son bureau avec quelqu’un qu’on ne connaît pas, c’est aussi dévoiler au grand jour les pires de nos petits travers.

Exemple : mon cerveau a une capacité incroyable à retenir les mauvais morceaux de variété française et internationale de ces trente dernières années.
Je suis un puits sans fond de connaissance dans le domaine, ce qui est, vous en conviendrez, parfaitement inutile. Sauf que la fourbe a aussi un talent incroyable pour faire des fixettes sur les plus belles perles des années 80, et pour me les passer en boucle toute la journée.

Ce qui a pour conséquence de me faire fredonner presque inconsciemment les pires merde que l’industrie musicale a pu produire. En ce moment, mon cerveau a jeté son dévolu sur Philippe Lavil. Et c’est comme ça que concentrée sur l’écran de mon PC, je me suis mise à chantonner que j’aimais ta Jamaïque jamaïcaine, sans même m’en rendre compte. (Petite pause musicale)

Chargement du lecteur...

Enfin jusqu’à ce que mes yeux se posent par hasard sur le bureau d’en face, d’ou P. m’observait, sa petite moue bizarre barrant son visage.

Autre exemple : je voue un culte sans limite à toutes sortes d’aliments qui puent. J’aime les graines de tournesol. J’aime l’aïoli. J’aime l’époisse et le camembert coulant. J’aime les oeufs dur. J’aime les fruits de mer. Alors le midi, dans ma bento box, je suis du genre à y mettre une bonne potée de choux à l’ancienne. Parce qu’il n’y a pas de mal à se faire du bien. Et lorsque vient l’heure du déjeuner, et que je dégaine ma gamelle, le visage de P. se décompose. Parce que non content d’être délicieux mais de sentir le mort, le chou vert a d’autres propriétés sur le moyen terme que nous connaissons tous. Des propriétés qui font quelque peu paniquer P, et on la comprend.

Tout ça, entre autres, ne fait pas de moi la colocataire de bureau idéale, nous en conviendrons. Mais P. n’est pas en reste. Elle a elle aussi de nombreuses manies relativement horripilantes. En tête desquelles arrive son Nokia 3310 (oui, en 2011. N’empêche, on peut dire ce qu’on veut, mais au moins, son téléphone, depuis 1998, il marche nickel). Elle est gentille, elle le met en vibreur. Sauf que le vibreur des 90’s ressemble peu ou prou au décollage d’un Boeing 745. Même les murs tremblent. Alors tant qu’à faire, P. reçoit beaucoup d’appels perso, auxquels elle ne répond jamais. Notre bureau ressemble donc à une usine à sextoys située sur les pistes d’atterrissage de Roissy.

S’ajoute à ce léger désagrément la manie que beaucoup de gens ont de dire tout haut ce qu’ils sont en train de faire sur leur ordinateur. Ce qui donne donc :

“Alors, ça voilà, c’est bon, c’est fait… je vais donc répondre à monsieur Duschmoll qui m’a envoyé un mail ce matin, voilà, répondre, voilà, cher monsieur Du-schm-oll, mer-ci de vo-tre ré-pon-se, cor-di-ale-ment, voilà, c’est bon, hop, envoyé, c’est bon, donc maintenant, le tableau, alors Excel, voilà, pof, ouvrir, pof, ah oui c’est très bien, pof, ça c’est ok, et ça c’est bon, ça ça va aussi, merde y’a un truc qui va pas, zut ça marche pas, mais qu’est-ce qu’il a lui, pourquoi il plante, merde, fais chier, ouh putain, mais tu vas marcher oui, ‘culé, ALMIRA, viens m’aider, j’y comprends plus rien”. (Oui parce que pour couronner le tout, P. est une quiche avec les ordinateurs. Et depuis qu’elle m’a vu zipper un dossier, elle croit que je suis un hacker de l’espace).

Pour terminer, nous évoquerons cette curieuse manie qu’a P. de me demander d’effectuer un certain nombre de tâches afin de la soulager un peu, mais qui, pour être sûre que je les fasse bien, vient se coller derrière moi en me corrigeant au fur à mesure. Ce qui est effectivement très utile, puisqu’à partir du moment où je me sens observée, je suis plus fichue d’écrire mon prénom sans y faire une faute.

Certes, entre P. et moi, même si ce n’est pas définitivement perdu, c’est pas encore gagné.

Malgré tout, on s’entend plutôt bien. Je dirais même plus : une certaine complicité s’est installée entre nous. La preuve, quand le grand chef est entré dans le bureau pour nous saluer, on a fait exactement la même tête en constatant qu’il était allé chez le coiffeur pour se faire une coupe de cheveux mi punk, mi gomina, le tout dans l’espoir de cacher une calvitie plutôt flagrante.

Cet article t'a plu ? Tu aimes madmoiZelle.com ?
Tu peux désormais nous soutenir financièrement en nous donnant des sous !
Big up
Viens apporter ta pierre aux 6 commentaires !

Voici le dernier commentaire en date :

  • Nilujettte
    Nilujettte, Le 18 janvier 2012 à 12h19

    Callie.;2839022
    Le titre de l'article m'a interpellé puisque je suis en couple avec mon ex-collègue de boulot :shifty: (j'ai quitté l'entreprise il y a quelques mois mais on a été durant 3 mois un couple caché là bas :P d'ailleurs la plupart des employés ne doivent toujours pas être au courant qu'on est ensemble :P) comme quoi travailler ensemble ça rapproche :happy:
    Bienvenue au club !
    Mon cher et tendre a eu l'outrecuidance de coucher avec sa "secrétaire"... Moi ! on a bossé ensemble pendant 1 an, on s'est planqué pendant 3, et on est en couple depuis 9 ans et demi maintenant ;-)

    Sinon, Almira, chouette article ! Je suis un peu dans la même situation au bureau, on se jauge encore... Pourtant, je suis ici depuis 3 ans ! (mais je ne bosse qu'avec des femmes, et on est 8 dans l'open space...)

Lire l'intégralité des 6 commentaires

(attention, tu dois être connectée pour participer — tu peux nous rejoindre ici !)