Les premières femmes qui… — Spécial cinéma

Alice Guy-Blaché, Charu Khurana, June Mathis, Ava DuVernay et Retta Scott Worcester : voici cinq femmes de l'industrie du cinéma qui ont été les pionnières de leur catégorie !

Les premières femmes qui… — Spécial cinéma

Différence de salaire, discrimination selon l’âge, traitement sexiste, et j’en passe… La place des femmes au cinéma, à Hollywood comme à Saint-Denis, n’est pas toujours au beau fixe, comme en témoignent de nombreuses interviews d’actrices et un Tumblr créé récemment, Shit People Say to Women Directors (« les conneries que les gens disent aux réalisatrices »). On a d’ailleurs tendance à oublier un peu les femmes dans cette industrie du cinéma qui met en avant et récompense essentiellement des hommes, surtout dans les postes à responsabilité !

Pourtant, à l’écran comme derrière la caméra, ces mesdames gèrent à fond. Voici donc cinq femmes qui ont marqué l’histoire du cinéma en devenant des pionnières dans leur domaine !

À lire aussi : Le Festival de Cannes 2015 rend hommage aux femmes dans le cinéma

La première femme réalisatrice

Son nom composé ne te dit peut-être rien, et pourtant, Alice Guy-Blaché, née en 1873, est souvent citée comme la première femme réalisatrice de cinéma. En 1896, alors qu’elle n’avait que 23 ans et s’appelait Alice Guy, elle a réalisé La Fée aux choux, son premier film narratif. Tout a commencé en France, lorsqu’elle est devenue la secrétaire de Léon Gaumont des studios du même nom. Elle a pu assister à des démonstrations de caméras 60 et 35 mm, et a demandé à son patron de pouvoir les essayer. Bingo.

Après son premier film, elle a réalisé des centaines de courts-métrages muets pour les studios Gaumont, et a également pris la tête de la production. Elle a démissionné de ce poste en 1907, lorsqu’elle a épousé Herbert Blaché, qui était lui aussi un employé de Gaumont et avait été choisi pour aller représenter l’entreprise aux États-Unis. Elle a alors déménagé avec lui, et a arrêté son métier pendant deux ans pour s’occuper de sa première fille.

Mais en 1910, elle a repris le fil de la caméra et a fondé son propre studio, la Solax : elle a d’ailleurs aussi été la première femme à construire et diriger ce type de structure. Au total, elle a écrit, réalisé et produit plus de 1000 films, muets et parlants, qui ne sont pas tous sortis sous son nom. Alice Guy-Blaché n’a pas été pionnière que sur ce point : elle a aussi été la première à réaliser un film avec un casting entièrement afro-américain.

En 1953, la France l’a décorée de la Légion d’honneur, et en 2012, elle a reçu à titre posthume le « Lifetime Achievement Award » (un prix pour l’ensemble de sa carrière) de la Director’s Guild of America, qui récompense depuis 1949 les réalisateurs des États-Unis. Après s’être séparée de son mari en 1920, elle a peu à peu arrêté le cinéma et vendu son studio. Elle est décédée à 95 ans dans le New Jersey, presque oubliée de tous.

La première femme officiellement maquilleuse de cinéma à Bollywood

Charu Khurana ne fait pas de cinéma à proprement parler. Formée en Californie, elle travaille à Bollywood, la grosse industrie du cinéma indien basée à Mumbai. Son job à elle, c’est de maquiller les actrices et acteurs. Le 20 avril 2015, elle a été la première femme à obtenir sa carte professionnelle de maquilleuse autorisée à travailler à Bollywood. Ca peut paraître plus simple que d’étaler du fond de teint, et pourtant, cette reconnaissance se s’est pas faite sans mal.

Tout a commencé en 2009, lorsque Charu Khurana s’est vue refuser sa demande de carte professionnelle à cause d’une clause de l’Association des maquilleurs et coiffeurs de l’industrie du cinéma et du costume, qui, depuis une soixantaine d’années, interdisait aux femmes d’exercer le métier de maquilleuse à Bollywood. Elles étaient obligées de se dissimuler ou étaient requalifiées en « coiffeuses ».

En 2013, Charu Khurana a saisi le tribunal avec huit autres professionnelles du maquillage. Et elle a gagné : en novembre 2014, la cour suprême a demandé à ce que la fameuse clause, jugée sexiste, soit retirée. Cette année, enfin, la jeune femme a été officiellement intégrée au registre des professionnel•le•s.

Charu a d’ailleurs bossé pour parfaire le grain de peau des plus grand•e•s, puisqu’elle a par exemple maquillé le premier ministre indien Narendra Modi, ou le président des États-Unis Barack Obama ! Elle est aussi l’une des rares parmi les professionnels locaux de cette industrie à savoir utiliser les prothèses employées pour certains maquillages.

La première femme cadre d’une société de production de cinéma

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Née en 1887, June Mathis venait d’une famille de théâtre, et elle a joué dans des vaudevilles étant petite. Mais son truc à elle, c’était l’écriture. Elle a rejoint en 1918 l’équipe de scénario de la société de production Metro Golwyn-Mayer (qui s’appelait encore la Metro), et en 1920, elle a carrément été nommée chef de département. Ce qui a donc fait d’elle la première femme à un poste de cadre dans l’industrie du cinéma hollywoodien ! Et son pouvoir n’était pas uniquement administratif : elle était aussi l’une des personnes les mieux payées de cette industrie à l’époque.

Mais avant cela, elle a suivi des cours de scénario à New York, où elle avait déménagé en 1914. Plus tard, elle a cru au potentiel de Rudolph Valentino, un acteur italien qui n’était alors que danseur, et l’a propulsé au rang de superstar. Elle notamment travaillé sur une version de Ben-Hur (antérieure à celle, kitschissime, avec Charlton Heston que tu connais peut-être)… qui a été un échec total, ce qui l’a menée à perdre son travail. Elle a ensuite travaillé comme scénariste pour l’actrice Colleen Moore.

On considère aussi que June Mathis a été l’une des premières scénaristes à inclure les indications scéniques et physiques dans son travail, et que sa volonté d’unité dans l’intrigue influence encore le cinéma actuel. Bref, un palmarès tout bien rempli. June Mathis s’est éteinte en 1927, juste après une représentation de théâtre à laquelle elle assistait.

La première femme noire sacrée meilleure réalisatrice à Sundance

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Ava DuVernay, née en 1972, est une réalisatrice indépendante américaine à qui on doit l’excellent Selma, un film qui retrace la vie de Martin Luther King. En 2012, elle a été la première femme noire à remporter le titre de meilleure réalisatrice au festival du film de Sundance, qui se tient chaque année aux États-Unis, pour Middle of Nowhere. En 2015, elle a aussi été la première réalisatrice noire nommée aux Golden Globes Awards.

AvaDuVernay est une femme active et engagée : elle a créé en 2011 le African American Film Festival Releasing Movement, une compagnie de distribution qui met en avant les films indépendants des réalisatrices et réalisateurs indépendant•e•s noir•e•s. Cette année, elle s’est indignée de la non-nomination des acteurs de Selma aux Oscars, qui ne l’étonne malheureusement pas, mais selon elle, viendrait du fait que les jurys recherchent le consensus et que moins les jurys présentent de diversité, moins le résultat de ce consensus a de chances de lui aussi présenter de la diversité.

Mais avant cette carrière de réalisatrice, Ava DuVernay a été diplômée de l’Université de Californie à Los Angeles, et a travaillé pendant quatorze ans comme publicitaire et dans le marketing, notamment pour le cinéma. Elle a bossé pour la télévision, et s’est fait remarquer en 2008 avec un documentaire sur le hip-hop.

La liste des premières n’est peut-être pas terminée pour Ava DuVernay, puisque selon le site The Wrap, Marvel serait actuellement en train de la démarcher afin qu’elle réalise un des films de sa franchise. Si le projet se concrétise, elle deviendrait la première femme noire à réaliser un Marvel !

La première femme animatrice créditée dans un film Disney

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Le blaze de Retta Scott Worcester risque malheureusement, encore une fois, de ne pas te causer beaucoup. Et pourtant, il est exceptionnel, puisqu’il a été mentionné en 1942 au générique de Bambi, ce qui a fait d’elle la première femme créditée en tant qu’animatrice dans un long-métrage d’animation de Disney !

Cette caractéristique est d’autant plus remarquable quune célèbre lettre de Disney laisse entrevoir que le papa de Mickey n’était pas exactement avancé en matière de féminisme. En 1938, il aurait refusé une formation en animation au sein de son école à une jeune femme sous le prétexte que seuls les hommes pouvaient créer les personnages. Les femmes, elles, étaient préposées au coloriage.

Il serait ensuite revenu sur ses propos en 1941, en déclarant que si les femmes faisaient le travail aussi bien qu’un homme, elles avaient leur place pour contribuer à ses projets, et pouvaient même leur apporter quelque chose de nouveau.

C’est d’ailleurs en 1938 que Retta Scott Worcester a débarqué aux studios Disney, où elle a d’abord travaillé au département où étaient créées les histoires. Ses collègues ont ensuite découvert ses dessins de chiens méchants à l’occasion d’un remaniement des bureaux, lors duquel le département dans lequel elle travaillait a été rapproché de celui des créatifs. Elle a obtenu une place en animation et a ensuite joué du crayon sur bien d’autres films, comme Fantasia et Dumbo.

En 1946, l’animatrice a quitté les studios Disney, puis a travaillé comme animatrice free-lance et a enfin exercé ses talents créatifs pour Pixar. Elle a disparu en 1990.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • RadioLu
    RadioLu, Le 10 septembre 2015 à 19h39

    Hop hop, il me tarde de rentrer pour pouvoir regarder le docu sur Alice Guy ! :puppyeyes:
    Genial cet article, merci @Lea Bucci ! :caprice:

    Jane Campion, l'unique, et magnifique, m'a un peu manquée dans ce top, cela dit ! :tears: C’est la première, et à ce jour la dernière, femme qui ait jamais remporté une Palme d’Or au Festival de Cannes en 1993 pour son troisième long-métrage La Leçon de Piano ! Et encore, elle a dû la partager avec un homme (bah ouais, faudrait pas non plus exagérer, quoi... Grrr !)

    Jane, on t’aime ! :jv:
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