Ces reprises dans les films qui n’ont rien à envier aux originales

Parfois, dans le cadre d'un film, les acteurs interprètent des titres déjà existants. Et il arrive que ce soit aussi bien, voire mieux que les originaux.

Ces reprises dans les films qui n’ont rien à envier aux originales

Certains films ne seraient que peu de choses, ou en tout cas bien moins cultes, sans leur bande-originale. Celle-ci peut être composée spécialement pour le long-métrage, comme c’est le cas chez Christophe Honoré et Tim Burton. Elle peut être le résultat d’une playlist si le réalisateur est mélomane, jeu auquel excelle Quentin Tarantino. Mais la musique de films peut aussi être concoctée à base de chansons déjà existantes qu’on rafraîchit en peu en les faisant fredonner par les acteurs, ou en remodelant la mélodie avec une nouvelle orchestration.

Parfois, la reprise est aussi bien, même meilleure que l’originale, comme quand tu files une recette de gâteau à quelqu’un et qu’en fait il a un batteur électrique alors que tu ne disposes que d’un fouet pour faire des grumeaux. La preuve par cinq dans tes oreilles.

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Pitch Perfect et le sauvetage de David Guetta

Le deuxième opus de Pitch Perfect est prévu pour juillet 2015. Raison de plus, donc, pour se faire une cure de révision musicale des mille « pourquoi » ce film est efficace contre la morosité, autre que son scénario qui sent la praline, ses personnages plus que légèrement stéréotypés et sa fin archi-prévisible. Beca (alias Anna Kendricks) arrive à la fac’ avec un look semi grunge et dans le crâne enfoncée l’idée de devenir DJ. Malgré son amour pour les platines, elle refuse d’intégrer un groupe de filles un peu trop proprettes qui chantent des reprises de titres connus a capella, parce qu’elle se sent un peu plus badass. Sauf que l’une des deux meneuses (Brittany Snow) est bien décidée à la ramener à la raison, et pour cela, la coince dans les douches. Sur le principe, ça peut sembler un peu flippant, mais au final, ça donne un instant de grâce 2013 où les deux actrices interprètent Titanium en hamoniques qui résonnent sur le carrelage.

La version plus connue de Titanium est signée en 2011 par David Guetta, alias le DJ français probablement plus célèbre à l’étranger que prophète dans son pays. Elle bénéficie pour sa part de la voix de Sia, qui ne faisait pas encore tourner les chandeliers, mais avait écrit le titre et souhaitait d’abord laisser la place à Mary J.Blige, avant de se laisser convaincre par Guetta pour l’enregistrer.

Quoiqu’il en soit, la version dépouillée d’artifices en tout genres de Pitch Perfect est bien plus sensible que son aînée. Et si tu aimes ce genre de reprises de pop façon acoustique, le film en déborde : Don’t stop the music (Rihanna), Since U been gone (Kelly Clarkson), No Diggity (Blackstreet featuring Dr. Dre et Queen Pen)…

Moulin Rouge! nique The Police

En 2001, Baz Luhrmann ne craignait pas les anachronismes. La comédie musicale Moulin Rouge! , qui narre la rencontre et la passion (si soudaine) entre le poète fauché Christian (Ewan McGregor) et Satine (alias Nicole Kidman), la star du cabaret parisien du Moulin Rouge, se déroule à la Belle Epoque, autrement dit avant la Première guerre mondiale. Et pourtant, le film enchaîne les reprises de titres pop rock des années 1980 à 2000, et va même jusqu’à grattouiller la chanson française des années 1950 : tu peux y trouver en vrac Madonna, La Complainte de la butte, et Children of the Revolution. Mais le plus impressionnant reste sans doute la reprise de Roxanne en version tango agressif, interprétée par un Ewan McGregor lyrique face à Jacek Koman alias l’Argentin narcoleptique, avec le chanteur et guitariste américain José Feliciano. La séquence est d’ailleurs digne d’un clip bien chorégraphié.

De son côté, la version de Roxanne écrite par The Police a fait couler beaucoup de stylos. L’histoire veut que Sting, le leader du groupe, en ait eu l’idée en 1977 à Paris en découvrant dans le hall de son hôtel une affiche de la pièce d’Edmond Rostand Cyrano de Bergerac. La Roxanne de la chanson (en plus de porter le même prénom, à un « n » près, que la demoiselle dont Cyrano est fou d’amour au point de tartiner des lettres en vers) est en fait un personnage de prostituée que le chanteur essaie de sortir de son quotidien. Pas très éloigné de celui de Satine donc, alors à toi de voir si tu es plutôt tango ou rock.

8 femmes ou pleurer plus que France Gall

Fabriquer un film entre le polar et la comédie musicale à partir d’une pièce de théâtre : c’est ce qu’a fait François Ozon dans 8 Femmes, avec un casting plus Deluxe que ton Big Mac, où il a réuni en 2001 à peu près tout ce que le cinéma français comptait d’actrices connues. Catherine Deneuve, Danielle Darrieux, Virginie Ledoyen, Fanny Ardant… cherchent le coupable et les petits secrets de famille dans une maison bourgeoise où l’homme du foyer a été tué façon Cluedo. Bref, chacune a le droit à sa séquence façon comédie musicale, et c’est plutôt agréable de voir Emmanuelle Béart s’éclater habillée en bonne sur Pile ou face, ou Ludivine Sagnier en sale gamine expliquer à Papa qu’il est plus dans l’coup. Mais c’est de l’émotion qu’il nous faut ma bonne dame et mon bon monsieur. Et pour cela rien ne vaut un Message Personnel murmuré avec le voile dans la voix d’Isabelle Huppert, en vieille fille un peu sèche mais tendre.

Avant 8 Femmes, Françoise Hardy et France Gall ont susurré le Message Personnel dans le micro. Michel Berger avait écrit la chanson en 1973 pour la première, peut-être inspiré par Véronique Sanson. Françoise Hardy, de son côté, a rédigé l’introduction qu’elle déclame avant de chanter. Elle était en couple avec Jacques Dutronc et serait bientôt enceinte de Thomas Dutronc qu’on connaît comme chanteur. Oui, ça ressemble à un scénario de série un peu tiré par les oreilles, mais il s’agit tout simplement de la petite histoire de la chanson française.

La Vie aquatique, caution exotique de David Bowie

Non pas une mais plusieurs reprises parfaites, c’est ce que propose La Vie Aquatique, et je pèse le poids de chacune de mes voyelles. Le long-métrage est réalisé par Wes Anderson, ce qui assure déjà une image joliment vintage et une histoire loufoque mais toute émotionnée. Son personnage principal est incarné par Bill Murray, en océanographe fortement looké façon commandant Cousteau, qui fait son dernier voyage. Mais le membre de l’équipage qui nous intéresse le plus est Pelé dos Santos, expert en sécurité et musicien incarné par Seu Jorge, un musicien et acteur brésilien. Tout au bout du Belafonte, il chante du David Bowie en portugais façon bossa nova. Et David Bowie dans la langue de Fernando Pessoa, ça peut sembler totalement surréaliste, mais c’est très, très bien. Que ce soit sur Life on Mars ?, Starman, Rebel Rebel, ou Five Years. Le clip de Rock’n’roll Suicide pantalon flottant au vent est particulièrement fort, parce que très simple et très agréable d’écoute.

Il est vrai que La Vie aquatique est partie avec une longueur d’avance dans le bassin des reprises, puisque la version originale est interprétée par l’immense David Bowie, qui est bien plus l’homme qui a inspiré le maquillage éclair de Lady Gaga. Au début des années 1970, il se crée le personnage de Ziggy Stardust, un androgyne glam rock qui vient délivrer à la Terre un message de paix et d’amour (pas de drogue, pas de drogue) dans l’album The Rise and Fall of Ziggy Stardust and the Spiders from Mars. Rock’n’Roll Suicide est le titre qui signe le décès de ce double : il figure à la fin de l’album, et Bowie l’a chanté au Hammersmith Odeon de Londres en 1974 en symbole de la fin de la tournée.

Volver pour ne pas revenir à Carlos Gardel

Volver est un film de Pedro Almodovar, et l’on pourrait le résumer ainsi, tant le nom du cinéaste trimballe avec lui tout un imaginaire de folklore espagnol, de décors et de costumes aux couleurs vives, d’événements tragiques, d’humour noir, de relations familiales complexes et de femmes. « Volver » signifie revenir en espagnol. C’est donc l’histoire d’un retour d’entre les morts pour trois femmes que le quotidien a éprouvé : Raimonda (Penelope Cruz) qui se tue au travail pour son adolescente de fille et son homme ingrat, sa soeur Sole, et leur mère Irene, à priori portée disparue. Et tout le film ne tourne que pour cette scène où Penelope Cruz s’assied avec des musiciens dans le restaurant, et chante ce retour. Tout le monde est heureux et triste à la fois, car telle est la magie du flamenco. Magie qui, je l’espère, n’est pas ternie si je te révèle que ce n’est pas l’actrice qui donne de la gorge, mais la chanteuse de flamenco Estrella Morente.

En plus de perdre violemment ta naïveté l’interprète de Volver, il faut savoir qu’Estrella Morente n’en a pas eu non plus la primauté. Le tango de base, dont les paroles ont été écrites par Alfredo Lepera en 1934, est interprété par Carlos Gardel, un chanteur de tango qui serait en fait né à Toulouse. Et le titre est déjà apparu dans El día que me quieras, un film américano-argentin de 1935 dans lequel Carlos Gardel incarne le film d’un homme d’affaires qui désire vivre de son art, en l’occurrence la chanson.

À lire aussi : Comment une musique de film entre dans la pop culture ?

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Saucisson.
    Saucisson., Le 3 février 2015 à 11h21

    Allaes
    J'allais justement citer celle-ci :



    C'est mes amours adolescentes pour ce film et Jim Sturgess qui parlent. <3
    Dans Across the Universe, celle qui m'avait assez marquée c'était la jeune fille asiatique (Prudence? j'ai plus revu ce film depuis longtemps) qui reprenait "I want to hold your hand" je trouve qu'elle donnait un sens différent à la chanson, c'était touchant.

    Par contre celle de "Let it be" m'avait semblée vraiment cliché.

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