Le burnout : quelques explications psychologiques

Le burnout au travail peut toucher tout le monde, toutes professions confondues. Comment le reconnaître ? À qui demander de l'aide ? Justine vous guide.

Le burnout : quelques explications psychologiques

suicide

Article initialement publié le 15 mai 2013

Récemment, une madmoiZelle partageait avec nous son expérience douloureuse du burnout – je vous propose aujourd’hui d’aborder quelques aspects psychologiques du sujet.

Le burnout, c’est quoi ?

Le burnout, également nommé « syndrome d’épuisement professionnel » (ou « mort par sur-travail », « Karoshi », au Japon), désigne un syndrome caractérisé par un épuisement mental et physique. Pour Herber Freudenberger, chercheur à l’origine du burnout, le terme fait référence à un « incendie intérieur » : vus de l’extérieur, les gens sont intacts… Mais ils sont vidés et dévastés à l’intérieur.

Entre travail répétitif, supérieure agressive et vie personnelle en miettes, Wesley, dans le film Wanted, perd les pédales…

Comme l’a parfaitement souligné notre madZ, le burnout semble tomber sur ses victimes soudainement, « d’un coup », mais il résulte en réalité d’un processus lent, progressif et d’un stress permanent et prolongé. Progressivement, l’épuisement professionnel aliène la personne touchée et impacte sa vie professionnelle et personnelle, sa santé physique et mentale. Pour Christina Malasch et Susan Jackson, le burnout serait caractérisé par un épuisement émotionnel (les ressources émotionnelles sont épuisées, le travail pèse de plus en plus lourd, la situation paraît inextricable), une dépersonnalisation (la personne développe des attitudes impersonnelles, détachées ou négatives vis-à-vis de l’environnement de travail) et une réduction de l’accomplissement personnel (l’estime de soi diminue, la personne s’auto dévalorise).

La chercheuse Ayala Pines ajoute la notion de lassitude ; pour elle, le syndrome d’épuisement professionnel désignerait « des états de fatigue physique, émotionnelle et intellectuelle, se traduisant généralement par un affaiblissement physique, une exténuation émotionnelle, des sentiments d’impuissance et de désespoir, ainsi que par le développement chez le sujet d’une attitude négative aussi bien vis-à-vis de lui-même que de son travail, de la vie et des gens ».

Dans les premiers temps, les études concernant le burnout ont essentiellement été réalisées auprès des professions dites « aidantes » – mais le burnout touche toutes les professions.

…et finit par craquer.

Quels sont les indices d’un burnout ?

Le burnout peut prendre un tas de formes différentes – c’est là toute sa complexité : les symptômes varient énormément d’une personne à l’autre. Le syndrome d’épuisement professionnel pourra à la fois impacter votre état physique (maux de tête, maux de dos, troubles de la digestion, insomnies, problèmes de peau…), émotif (irritabilité, pessimisme, désespoir, anxiété…) et intellectuel (troubles attentionnels, pertes de mémoire, confusion, baisse de l’estime de soi…). Le symptôme le plus simple à identifier est la sensation continue de fatigue. Vidé de son énergie, l’individu en souffrance pourra peu à peu se replier sur lui-même, réduire les interactions sociales, se sentir perdu, confus, pas soutenu…

Tous ces signes ne sont toutefois ni nécessaires ni suffisants – insistons : on peut être irritable sans être en burnout… et être en burnout sans ressentir ce symptôme.

Peut-on identifier les causes d’un burnout ?

Dans l’avant-propos de la seconde édition de son ouvrage Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés, Marie Pezé explique que « la souffrance au travail est une pathologie à l’interface de la psychologie individuelle, des modèles économiques prévalents, de l’organisation du travail, des choix éthiques de notre société. Pour la comprendre et la prendre en charge, il faut convoquer de nombreux savoirs : l’économie, le droit, la psychologie, la sociologie, la philosophie, l’ergonomie, la médecine ». En d’autres termes, une personne en épuisement professionnel n’est pas un maillon faible, n’a pas spécifiquement un psychisme plus fragile que les autres (des personnes en burnout peuvent avoir un « terrain » psychologique fragile, mais toutes les personnes en burnout ne l’ont pas – vous voyez ?). Les causes d’un burnout sont multiples, complexes et vont bien au-delà d’une simple vulnérabilité individuelle.

Le personnage de Caroline, animatrice de colonie dans Nos Jours Heureux, perd patience et traite un gosse de « Cooonnaaaard ».

L’épuisement professionnel peut être induit par un travail trop sollicitant, comme par un travail trop monotone ou peu stimulant, par un stress répété, des compétences non reconnues, une porosité entre vie professionnelle et vie privée, un management par la pression, une « convivialité stratégique » (instaurer une convivialité d’apparence), des persécuteurs (qui peuvent être eux-mêmes les instruments d’un système)… Le climat actuel pointe aussi le bout de son nez : lorsque le chômage grimpe à une allure folle et qu’avoir un job, n’importe lequel, est perçu comme « une chance », peut-on aborder sereinement le travail ?

Selon Truchot, les causes potentielles de burnouts pourraient être regroupées en trois catégories principales :

  • Les causes individuelles (caractéristiques sociodémographiques, psychologiques, aspirations…)
  • Les causes interpersonnelles (conflits avec les collègues et/ou client-e-s, harcèlements, mauvaise ambiance de travail)
  • Les causes institutionnelles, c’est-à-dire liées à l’organisation même du travail (exigences irréalistes, conflits de rôles, rapports conflictuels entre employeurs-ses et employé-e-s…).

Dans Don’t Trust the B in Apartment 23, Chloe terrorise et agresse ses collègues pour conserver son poste dans un magazine de mode.

Parfois, lorsque l’on est confronté à quelqu’un qui souffre du travail, au suicide d’un-e employé-e sur son lieu de travail, une question résonne : pourquoi ne sont-ils/elles pas parti-e-s ? Mais partir pour quoi ? Partir comment ? Démissionner, avec le couperet de la perte des droits sociaux ? Contrer la situation et risquer la « faute grave » ? Au-delà de ces considérations « pratiques », psychiquement, la situation peut être vécue comme une impasse… D’autant plus que lorsqu’on travaille, on s’investit, on investit sa subjectivité, « on se travaille » : selon les mots de Christophe Dejours, « […] aucun travail de qualité n’est possible sans engagement de la subjectivité tout entière. […] Travailler ce n’est jamais uniquement produire, c’est dans le même mouvement se transformer soi-même. ». On s’engage dans le travail, donc, et la mise en échec bouleverse l’estime de soi, amène un sentiment d’impuissance, de honte, d’indignité, de perte des compétences… Peu à peu, les forces et ressources s’épuisent et le découragement apparaît.

Pour Marie Pezé, la « perte des solidarités », les pressions morales et l’effacement de la subjectivité existants dans certains modèles organisationnels constitueraient également d’autres facteurs probables de l’augmentation des burnouts. Dans l’épilogue de Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés, la docteure en psychologie note « [qu’] éloignés, nous sommes moins forts, car moins solidaires, renvoyés au chacun pour soi. Renvoyés aussi à une solitude complète pour exécuter le travail ». Pour faire face et participer à la construction de modèles organisationnels sains et non délétères, chacun-e d’entre nous peut et doit prendre ses responsabilités : collègues, managers, médecins, entourages… Réagissons.

La souffrance au travail peut être « prévenue » – en tout cas, quelques indicateurs permettent d’identifier des situations « à risques » (l’équipe de l’association Souffrance et Travail revient ici sur quelques indicateurs).

Excédée jour après jour par ses élèves, Sonia, dans La Journée de la Jupe, les prend en otage.

Qui peut vous aider ?

Votre médecin généraliste, a priori, vous connaît et peut identifier les symptômes d’un burnout. Il saura vous appuyer et/ou vous orienter vers des personnes ressources.

Le médecin du travail joue un rôle essentiel dans la prévention et l’identification de situations potentiellement dangereuses. Il/elle est soumis-e au secret médical et sa fonction est de vous conseiller – vous pouvez lui expliquer votre situation, afin que celle-ci soit inscrite dans votre dossier médical (ce dossier pourra constituer par ailleurs une preuve d’une aggravation de votre état de santé). La première démarche sera faire cesser la souffrance – si nécessaire, en prescrivant un arrêt de travail, un traitement médicamenteux, un suivi thérapeutique…

Avec votre consentement, et sans vous mentionner personnellement, le médecin du travail peut interpeller l’entreprise (via la direction, les DP, le CHSCT) sur les facteurs présentant des risques pour la santé des salariés (de votre côté, si vous le souhaitez, vous pouvez également expliquer votre situation aux Délégués du Personnel, Délégués Syndicaux et membres du CHSCT). Ensuite, s’il/elle constate une situation dangereuse et une dégradation mentale et physique d’un individu en lien avec ses conditions de travail, il pourra effectuer une étude de poste, puis demander un changement d’affectation ou une adaptation de poste.

Le médecin généraliste, comme le médecin du travail, pourra prescrire un arrêt de travail, afin de vous permettre de comprendre ce qui vous arrive et de pouvoir construire avec vous des solutions.

Des consultations spécialisées dans les pathologies professionnelles existent et peuvent venir appuyer les différents acteurs (vous pouvez consulter une liste de professionnel-le-s établie par l’équipe de Souffrance et Travail ici).

À titre individuel, le psychiatre et/ou le psychologue peuvent également vous aider afin d’éviter et de traiter les souffrances et traumatismes.

Pour aller plus loin :

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Yasmilady
    Yasmilady, Le 25 avril 2016 à 17h37

    Quand on est en burnout, c'est une chance de pouvoir s'appuyer sur ses collègues. Je suis "heureuse" de lire des témoignages partagés par les un-e-s et les autres.

    Je n'étais pas dans le monde de l'entreprise avec des des objectifs de folie et des deadlines, mais dans un contexte associatif où ma place, mes compétences et mon travail n'ont pas du tout été respectées. Je parle pas des luttes de pouvoir et de cette massue constamment brandie parce qu'on craint qu'on leur prenne la place. Bon et la seule femme, directrice au milieu d'une équipe de salariés et bénévoles essentiellement hommes, je vous laisse imaginer.

    Un jour je me suis levée en me disant, je vais pas bosser, je vais chez le médecin parce que je peux plus, je veux plus, ça m'a fait tilt (je suis plutôt battante donc me dire ça était plutôt inattendu pour moi). Effectivement ce n'est pas arrivé du jour au lendemain, mais j'ai eu besoin de ce flash. Je suis quand même allée au boulot, voir mon chef direct en lui disant que je n'étais plus en capacité d'assumer mes fonctions, que je n'avais pas voulu lui mettre un arrêt maladie sous les yeux mais que je voulais m'absenter, on m'a autorisée à poser des RTT et congés sans souci. Une semaine de repos c'est rien quand on est épuisée moralement et physiquement mais je me suis dit que j'avais 2 solutions: aller voir le médecin (qui me connait bien et qui m'aurait arrêtée en 1/2 seconde en voyant l'état dans lequel j'étais), ou négocier mon départ. J'ai opté pour la deuxième option et eu une rupture conventionnelle dans de bonnes conditions. Grâce à mon entourage perso qui m'a alertée, j'ai eu la chance de réaliser assez tôt que la ligne de la santé morale et physique était atteinte et que de sauvegarder ça était non négociable pour moi. Les derniers mois ont été très difficiles, certaines collègues ont compris ma détresse et m'ont donc soutenue et je me suis sentie moins seule, je pense être sortie par la grande porte en laissant les choses propres derrière moi.

    Mais il a fallu plusieurs mois pour m'en remettre physiquement et moralement il m'a fallu un temps avant de réaliser ce dont j'avais envie, et reconstruire une confiance en mes capacités et mes compétences. J'ai encore des séquelles -deux ans après- en terme de confiance et l'envie qui sont fragiles mais je vais de l'avant. J''ai même décidé de lancer mon activité pour ne plus à dépendre d'un patron mais de faire ce dont j'ai envie et ce pour quoi je me sens compétente et pour des projets qui auront du sens pour moi. Je me serai jamais crue entrepreuneure mais cette mauvaise expérience m'aura au moins permis de faire ça.

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