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Société

J’ai été éboueuse avant d’être promue agent de maîtrise propreté, et j’adore mon métier, merci

Collecter les déchets des autres est un métier physique et qui n’est pas toujours considéré à sa juste valeur. C’est pourtant en tant qu’éboueuse, puis comme agent de maîtrise propreté de la ville de Paris que Laura a trouvé sa voie. Elle nous raconte ce qui lui plaît tant dans cette profession.

Je m’appelle Laura, j’ai 28 ans et depuis 2017, je travaille dans le secteur de la propreté à Paris. D’abord éboueuse, je suis aujourd’hui agent de maîtrise propreté, la « cheffe des chefs ». Et j’en suis très fière

J’ai arrêté l’école à 16 ans, je n’avais pas de diplôme. Pour trouver du travail, je suis montée à Paris où j’ai été serveuse pendant 6 ans. 

Puis j’ai rencontré mon ex-mari, qui était alors éboueur. C’est lui qui m’a fait découvrir le métier. Quand on a eu un petit garçon, j’ai vite déchanté face aux horaires infernaux de la restauration. Je ne voyais presque plus mon enfant, je l’ai très mal vécu. C’est à ce moment-là que j’ai décidé de faire comme lui. Après tout, pourquoi ne pas essayer ? C’est un job actif en extérieur. Moi qui ai la bougeotte, ça m’allait parfaitement. Je me suis donc inscrite au concours éboueur, et je l’ai obtenu.

Éboueuse : un travail à responsabilités

J’ai commencé ma carrière en tant que stagiaire dans le 9e arrondissement de Paris, avant d’être affectée dans le 5e arrondissement, toujours pour faire de la collecte de déchets. J’ai ensuite passé des concours internes. L’an dernier, j’ai d’abord réussi le concours de cheffe d’équipe : je suis devenue la cheffe des éboueurs. Et, dans la foulée, je me suis dit pourquoi pas essayer le cran au-dessus, en devenant agent de maîtrise. Là encore, j’ai réussi et je suis donc devenue cheffe des chefs

Désormais, j’ai en charge deux arrondissements de Paris centre, le 3e et 4e. Cela inclut l’île Saint-Louis, l’île de la Cité, l’Hôtel de Ville, Bastille… C’est à moi que revient la responsabilité de répondre aux demandes des mairies d’arrondissement, mais aussi à la mairie centrale. J’ai quand même l’Hôtel de Ville sur mon secteur ! 

Je dois être présente pour pouvoir répondre aux questions de mes chefs, pour vérifier le travail des agents… Je suis aussi amenée à aller sur le terrain pour voir comment ça se passe. Le week-end, quand je suis de permanence, je chapeaute les quatre arrondissements de Paris centre. J’exerce donc un travail à responsabilités

Un métier exaltant mais pénible

Quand j’ai commencé à travailler en tant qu’éboueuse, j’ai tout de suite été attirée par la collecte. Ce que je préférais, c’était être derrière un camion : on vous donne votre plan, vous êtes avec votre chauffeur, votre binôme, et vous partez faire votre travail. Il n’y a pas de chef pour vous courir après. À partir du moment où les directives sont suivies, où le travail est fait, vous êtes tranquille. Et puis être dehors à 6 heures du matin quand tout le monde dort encore, avoir la ville pour soi, c’est très agréable. Vous êtes maître de vous-même, c’est hyper gratifiant. 

Si j’apprécie beaucoup ma profession, il ne faut pas non plus oublier qu’être éboueur est un métier pénible. Physiquement, c’est épuisant : quand on est derrière la benne, ce sont 8 à 10 tonnes de déchets que l’on soulève à deux, chaque jour. Il faut pousser, soulever… Et faire ce geste répétitif 100 fois par jour, oui, ça abîme le corps

Il y a aussi le fait de respirer dans la benne. Outre les odeurs – auxquelles on s’habitue très vite et qu’on finit par oublier – on est exposés à des éléments toxiques. C’est le cas des halogènes qui émettent des gaz extrêmement corrosifs quand ils explosent. On travaille également sur la chaussée, donc on respire en continu la pollution émise par les voitures, les camions… Sans compter qu’on prend chaque jour le risque de se faire renverser. Les trottinettes, les voitures, les vélos ne font pas toujours attention à nous. Et enfin, on est exposés aux intempéries. Se lever tous les matins à 4 heures, voire plus tôt pour certains, et être exposé à -10°C l’hiver avec de la neige ou à 40°C l’été, ça n’a rien d’évident. 

À lire aussi : Carla Bruni ironise sur la souffrance des éboueurs et sur leur grève contre la réforme des retraites

Une grève des éboueurs nécessaire

C’est aussi pour cette raison que j’ai soutenu en 2023 la grève de mes collègues contre la réforme des retraites. J’invite chacun et chacune à faire notre métier une semaine dans sa vie pour comprendre qu’aller jusqu’à 64 ans, ça n’est clairement pas possible. D’un point de vue physique, c’est très délicat d’arriver à un âge avancé et de continuer de collecter des déchets. Beaucoup d’éboueurs souffrent de tendinites, ont des problèmes de santé pulmonaire… Notre espérance de vie, quand on a une longue carrière dans cette profession, est quand même moindre que la moyenne. Je connais énormément de gens qui ne sont pas arrivés jusqu’à la retraite, malheureusement. Ou bien qui ont eu une retraite très courte. Me dire que demain, il y a des gens qui ont fait toute leur carrière en tant qu’éboueur, et qu’ils vont partir à la retraite à 64 ans, je ne pense pas que ça soit faisable. Et malheureusement, le seul moyen de se faire entendre, c’est de ne pas ramasser les déchets. 

C’est vrai que ça apporte de l’insalubrité et une mauvaise image de la ville de Paris. Mais on est loin d’être les seuls à utiliser ce mode d’action dans le monde. À Londres, à New York, quand il y a des grèves, c’est exactement la même chose. 

Après, honnêtement, les éboueurs ont quand même une conscience professionnelle. En général, on fait tout de même en sorte de dégager les points de passage importants, d’enlever les ordures au fur et à mesure. Par exemple, au niveau de la Seine, on sait très bien que les rats risquent de devenir un problème. Les éboueurs et les chauffeurs prennent donc régulièrement leurs responsabilités. 

Quant aux réquisitions annoncées par la préfecture, c’est selon moi de la poudre aux yeux. Certes, il y a des camions qui sortaient, mais les centres de vidage ont été pendant plusieurs jours à l’arrêt. Ce n’est pas parce que les camions ont été réquisitionnés que le problème s’est tout de suite résolu, car ils ne pouvaient pas ensuite être vidés. Aujourd’hui, les centres de vidage sont à nouveau ouverts, mais jusqu’à quand ? 

« Je n’ai jamais eu honte de mon métier »

Ça ne m’a jamais dérangée de ramasser les poubelles des gens, je n’ai jamais eu honte de mon métier. J’aime me dire que mon travail est utile à la communauté, que je sers à quelque chose. C’est un métier gratifiant. 

C’est aussi pour casser les préjugés sur le métier que j’ai lancé un compte Instagram. En médiatisant ma profession, je veux contribuer à casser les codes. À mon sens, notre secteur d’activité n’est pas encore suffisamment connu, ni suffisamment encensé. Il arrive qu’on nous félicite dans la rue, mais aussi qu’on nous presse, qu’on nous insulte, comme ça peut arriver quand on bloque une rue pour ramasser les poubelles. Ça ne sert à rien de nous klaxonner : on n’est pas en train de s’amuser, mais de faire notre travail. Et, malheureusement, on ne peut pas bouger le camion à chaque voiture qui arrive. Il faut juste prendre son mal en patience. En général, quand les gens sont polis et patients, on fait tout notre possible pour les laisser passer le plus rapidement possible. 

Un secteur masculin par choix

C’est vrai, le secteur dans lequel j’évolue est très masculin. Mais c’est un choix. J’adore travailler dans cet environnement, je trouve les hommes plus cool et finalement assez ouverts d’esprit. Mes collègues n’ont aucun problème à travailler avec les femmes. Ils les trouvent souvent plus maniaques, plus bosseuses et plus investies dans leur métier. 

En tant que rare femme dans ce métier, je n’ai jamais rencontré de problèmes de misogynie. Alors, certes, le sexisme existe – on ne va pas se mentir. J’ai déjà entendu des phrases telles que « les femmes, ça n’a pas de force ». Mais quand on leur prouve que c’est faux, les hommes avec qui je travaille savent aussi reconnaître leurs torts. 

J’ai une anecdote très parlante à ce sujet : quand j’ai commencé la collecte dans le 9e, ils avaient pris pour habitude de placer un homme et une femme derrière la benne, « au cas où il y aurait un problème ». Or, avec une collègue, on a insisté pour bosser ensemble parce qu’on s’entendait très bien. On savait qu’on pouvait l’assumer. Un de nos chefs a finalement décidé d’accéder à notre demande. Résultat, alors que c’était un jour de grève et que toutes les bennes sont revenues en retard, la nôtre a été la première à revenir de la collecte ! Le plus drôle, c’est qu’elle était, en plus, conduite par une femme. Ça a été notre petite revanche, on leur a prouvé que les femmes savaient très bien se débrouiller quand on leur en laissait l’opportunité !

Susciter des vocations

Comment rendre ce métier attractif auprès des femmes ? C’est justement un sujet que l’on évoque avec la direction de la propreté et de l’eau. 

Je pense qu’il est important de souligner qu’être éboueuse n’est pas du tout un métier dévalorisant et qu’on peut même tirer une certaine satisfaction. C’est un métier où on ne s’ennuie jamais, un métier utile. Il est aussi important de rappeler que les horaires peuvent être aménagés. Il y a tellement de plages horaires différentes que même si vous avez une vie de famille, vous pouvez trouver des horaires qui vous satisferont. 

Pour celles qui n’aiment pas la benne, il y a d’autres métiers possibles et surtout, plein de possibilités d’évolution – j’en suis la preuve. Il ne faut donc pas avoir peur de commencer à la base pour comprendre le métier et ensuite monter en grade pour aider les prochaines à évoluer.

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Les Commentaires

3
Avatar de Neverland90
28 mars 2023 à 18h03
Neverland90
Merci pour le témoignage et c'est cool que dans les milieux masculins ça puisse bien se passer.
5
Voir les 3 commentaires

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