Born to Die, le premier album de Lana Del Rey : review

Born to Die, le premier album de Lana Del Rey, sort officiellement aujourd'hui. L'occasion pour tous les aficionados de la chanteuse de confirmer leur amour indélébile... et pour les sceptiques de renouveler leurs critiques.

Born to Die, le premier album de Lana Del Rey : review

Aimée, détestée ou aimée puis détestée : Lana Del Rey, « icône marketing d’une Amérique déchue » pour certains, « vraie voix indie-pop » pour d’autres, est jugée par le public comme on juge un jeu vidéo. Pour Tekken 3, on a : les gamers qui ne jurent que par ce jeu de baston, ceux qui ont toujours trouvé son esthétique « bas de gamme » et les autres, qui ne l’aiment plus après avoir découvert la version 2011 de Mortal Kombat.

Pour Lana Del Rey, il y a les early-adopters, ceux qui l’ont immédiatement aimé, pour la soutenir encore aujourd’hui ou pour la décrier en cours de route. Et il y a les autres, ceux qui se drapent dans le refus du produit pré-mâché et vendu, ceux qui accusent Lana d’être une escroquerie, un produit censé nous vendre du passéisme sous papier plastifié.

Privilège de la profession, j’ai reçu Born to Die à la maison ce week-end, et l’ai écouté en boucle jusqu’à aujourd’hui (Merci Coralie !).

Chronique en 5 points, garantie sans jeux de mots foireux du type « Lana, le disque Rey-é » et autres « l’album Rey-onne » (voilà, comme ça, c’est fait).

Un ensemble, une ligne éditoriale, un univers

Ce que l’on enlèvera pas à l’album, c’est le constat qu’il forme effectivement un ensemble. De Born to Die qui ouvre le disque à This is what makes us girls qui le clôt, les 12 titres s’enchaînent de façon presque cartésienne. Bien sûr, il y a les morceaux qui relèvent plus de la balade (Carmen, Million Dollar Man, Summertime Sadness) et ceux qui ont tout du hit radio (Diet Mtn Dew, Off to the Races, Dark Paradise) – mais le tout à la suite constitue un univers cohérent.

À l’arrivée, les caractéristiques de l’album peuvent être perçues à la fois comme des qualités et des défauts. L’exploitation d’une seule et même thématique, par exemple :

Là où je parle volontiers d’harmonie globale, d’autres parleront de « facilité ». En effet, Born to Die ressemble à un vaste story-telling : de sa voix chaude et fragile à la fois, Lana Del Rey semble raconter l’histoire d’une jeune fille (en perdition) dans une Amérique (en perdition aussi), du glamour sur fond de générique de films, la trajectoire d’un Hollywood qui tourne sur lui-même.

Sans surprise, toute l’imagerie Tumblr s’y retrouve questionnée : la célébrité, le rêve américain (Radio), la nostalgie (Summertime Sadness), l’amour (Dark Paradise), l’amour de la virilité (Off to the Races), la tragédie (Born to Die). L’album n’est pas construit en dissonance : il dépeint un paysage, le même, du début à la fin.

Une construction classique du titre pop

Les chansons de l’album présentent toutes une carrure de hit :

intro / couplet 1 / refrain / couplet 2 / refrain / pont / solo / refrain (2x) / final

Elles sont donc des entités parfaites à l’oreille, ce que certains qualifieront de commodité facile.

This is what makes us girls :

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Personnellement, je ne suis pas forcément pro « cherchons midi à 14 heures » : oui, les squelettes de ces 12 morceaux sont bateau. Mais si ça marche et plaît à l’écoute, alors c’est que c’est efficace. La beauté ne passant pas forcément par la nouveauté.

Victime du buzz

S’il est certain que son exploitation vintage est en très grosse partie à l’origine du succès de Lana Del Rey, je trouverais dommage que l’on ne se mette à juger cet album que pour ce qu’il « représente » dans l’industrie du disque. Je ne vais pas vous sortir le discours pompeux de « l’art pour l’art », mais quelque part, c’est un peu ça : et si, pour une fois, on mettait de côté Lana Del Rey en tant que buzz, et essayait de juger l’album pour ce qu’il est ? Consommer des icônes ou des non-icônes est une chose, se dépêtrer des considérations presque people-isantes à l’écoute d’un album en est une autre. Pour donner un exemple : je déteste ce que représente Jay-Z, mais je reconnais qu’une bonne partie de sa discographie est excellente.

Autrement dit : aimons ou détestons cet album de Lana Del Rey, mais faisons-le pour les bonnes raisons. Pas juste parce que « aimer Lana Del Rey, c’est pas un truc de puriste » ou « Lana Del Rey, c’est devenu mainstream ». À l’heure où encenser un artiste est aussi facile que faire du bashing, ne réduisons pas Lana Del Rey aux quelques griefs dont elle peut être victime : qu’elle soit bonne ou mauvaise en live, c’est de Lana en studio qu’il s’agit ici.

Lana Del Rey est, à mon sens, symptomatique de notre société ultra rapide où tout s’aime puis se déteste la seconde qui suit (Internet étant le pilier de cette ère nouvelle de la « consommation » musicale). Aussi, m’est d’avis que quelque soit l’album produit, Lana Del Rey aurait eu dans tous les cas à essuyer les critiques de ses « détracteurs structurels » (ceux qui ne lui reprochent pas sa musique mais ce dont elle est prétendument l’avatar – le « indie en plastique »). Ainsi, l’album Born to Die aurait pu être très différent de Video Games, chanson qui l’a consacré, que des auditeurs lui auraient de toute façon reproché de mal se renouveler ; de la même façon que cet album cohérent, lui, est aujourd’hui accusé par certains de n’être que le « recyclage d’une soupe sans saveur ».

11 titres sur le même modus operandi que Video Games

Si vous avez aimé son premier titre phare, Video Games, il y a de fortes chances pour que vous appréciez également cet album.

Diet Mountain Dew :

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Lana Del Rey y déploie les mêmes tricks vocaux : des lyrics tantôt susurrés, tantôt scandés, une voix tour à tour grave (pour le glamour) et aiguë (pour le dramatique).

Emile Haynie à la production

Les quelques accents de bad girl de cet album, Lana Del Rey les doit à Emile Haynie, producteur de la quasi-totalité des tracks. Sur le morceau qui suit, la patte d’Emile se ressent bien.

Million Dollar Man :

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Emile Haynie, si vous ne le connaissez pas, est le producteur qui se cache derrière les plus gros bangers de Kid Cudi. Il a également travaillé avec les grands Snoop, Ghostface Killah, AZ, Ice Cube, Raekwon et Eminem. Bref, un grand ponte du hip hop.

À l’arrivée, Born to Die est un bel objet musical qui confirme la trajectoire empruntée par Lana Del Rey, entre imagerie Super 8 et désillusions sur grande avenue.

À coup de mélodies lascives et de refrains nostalgiques, l’album est un prolongement efficace des titres que l’on connaissait déjà (Video Games, Born to Die, Blue Jeans). Loin d’être une parade qui s’essouffle, Born to Die a tout pour plaire à ceux qui étaient déjà séduits par l’esthétique Hollywood langoureux.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Ielosubmarine
    Ielosubmarine, Le 7 février 2012 à 14h47

    Personnellement j'adore cet album, les textes me parlent, les mélodies sont joliment retros... Après le personnage qui est derrière je m'en tamponne l'oreille avec une babouche. Je ne la connais pas personnellement donc je ne me permettrais pas de la juger, même si c'était l'impératrice des morues je m'en fiche. Sa musique me fait frétiller les oreilles et c'est tout ce qu'on demande à une musicienne non?

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