Au festival d’Angoulême 2016, aucune femme n’est nommée pour le Grand Prix [MISE À JOUR]

Au Festival d'Angoulême 2016, 30 auteurs de BD sont en compétition pour le Grand Prix. 30 nommés, et pas une seule femme. Le monde de la bande dessinée grince des dents. Suite et fin de cette polémique.

Au festival d’Angoulême 2016, aucune femme n’est nommée pour le Grand Prix [MISE À JOUR]
Article mis à jour avec les réactions des auteur•es, et la réponse du festival, à lire en bas de page !

Article du 5 janvier 2016 — Chaque année, le festival d’Angoulême réunit le monde de la bande dessinée française et internationale, des jeunes talents aux superstars du genre. L’édition 2016 se tiendra du 28 au 31 janvier et la liste des nommés pour le prestigieux Grand Prix vient d’être dévoilée. Vous pouvez y accéder en cliquant sur l’image ci-dessous.

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Trente noms bien connus, de Riad Sattouf à Stan Lee en passant par Naoki Urasawa. Trente noms issus du meilleur de la bande dessinée française, japonaise, belge ou encore américaine. Trente noms aux résonances diverses mais à l’importance indéniable.

Trente noms d’hommes.

Aucune femme n’est nommée au Grand Prix d’Angoulême 2016, comme si aucune femme n’avait sa place parmi les grands de la bande dessinée. D’ailleurs, en plus de quarante ans de festival d’Angoulême, le Grand Prix n’est allé à une femme qu’une seule fois. Vous me direz, si elles ne sont pas en compétition, dur de gagner…

BD Égalité, le collectif des créatrices de bande dessinée contre le sexisme, s’est saisi du sujet dans une lettre ouverte percutante et appelle au boycott du festival.

« Il n’est plus tolérable que des créatrices de renom, dont la carrière est reconnue par tous et toutes, soient absentes des nominations de ce Grand Prix. Si les autrices et auteurs sélectionnent un trio dans une liste décidée par le FIBD, cette liste doit impérativement être une représentativité réelle de ce qu’est la bande dessinée aujourd’hui. Les autrices sont elles aussi des références de ce champ littéraire. »

Sur Twitter, via le hashtag #WomenDoBD, des professionnel•le•s du secteurs comme des anonymes partagent des planches de bande dessinée créées par des femmes qui mériteraient à leurs yeux une nomination au Grand Prix d’Angoulême.

Des nommés ont également fait part de leur indignation face à cette sélection 100% masculine — en premier lieu Riad Sattouf, qui s’est purement et simplement retiré de la compétition.

Mise à jour du 6 janvier 2016 — Ils sont désormais 10 auteurs à avoir suivi l’exemple de Riad Sattouf. Après Joann SfarDaniel Clowes , Charles Burns et Etienne Davodeau, Chris Ware, Pierre Christin, Christophe Blain, François Bourgeon et Milo Manara ont également demandé leur retrait de la liste des auteurs sélectionnés.

Plusieurs membres du Gouvernement ont manifesté leur soutien aux auteures de BD, et salué la démarche de Riad Sattouf, comme Laurence Rossignol, Marisol Touraine et Pascale Boistard.

Mise à jour du 6 janvier, 16h30 — Le délégué général du festival, Franck Bondoux, a réagi aux protestations exprimées par le collectif BD égalité, appuyées par les auteurs sélectionnés pour le Grand Prix. En effet, il a annoncé à France TV infos que :

« Les responsables du festival vont proposer une nouvelle liste dans laquelle figureront des auteures ».

C’est une bonne nouvelle, et une bien meilleure réaction que les deux premières, relayées ce matin dans la presse :

  • Lorsque Franck Bondoux a déclaré au Monde que « Il y a malheureusement peu de femmes dans l’histoire de la bande dessinée. C’est une réalité. Si vous allez au Louvre, vous trouverez également assez peu d’artistes féminines. » (Sur #WomenDoBD, on a pourtant beaucoup d’exemples…)
  • Ou lorsqu’il répond à Télérama : « On peut reprocher au Festival de ne pas avoir trouvé deux ou trois femmes, pour le symbole. »

Ce n’est pas « pour le symbole » que des femmes ont leur place dans cette sélection, M. Bondoux. C’est par mérite, et c’est pour l’exemple qu’elles représentent face aux jeunes créatrices ! La tribune de Joann Sfar répond parfaitement à cette analyse biaisée de « l’absence de femmes » dans l’histoire de la bande-dessinée :

« Trente noms sans aucune femme, c’est une gifle à celles qui consacrent leur vie, à créer, ou à aimer les bandes dessinées. »

— Épilogue —

Mise à jour du 12 janvier 2016 — Finalement, le festival d’Angoulême ne présentera pas une nouvelle sélection d’auteur•es — mixte, cette fois-ci, en compétition pour le Grand Prix. Le moins qu’on puisse dire, c’est que les explications présentées par Franck Bondoux, le délégué général, ont été insultantes pour les auteures de BD, que ce soit dans ses premières réponses relayées dans la presse, où il parlait de « trouver une ou 2 femmes pour le symbole », ou encore lors de son passage au Grand Journal, le 6 janvier

La voix officielle a beau asséner que « le festival aime les femmes », ce n’est ni ce qu’attend la profession, ni une réponse aux revendications portées par le collectif contre le sexisme dans la bande dessinée.

Comme le souligne Diglee dans son résumé en BD de la polémique, mauvaise foi et mépris ont entaché les réponses officielles, qui se sont faites attendre : il aura en effet fallu que plusieurs auteurs, un tiers d’entre eux, renoncent à figurer dans la liste des nommés pour le Grand Prix pour que l’organisation du festival se décide à prendre en compte les revendications de plus de cent auteures, membres du collectif BD Égalité.

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Pour son édition 2016, le festival ne présentera donc pas une nouvelle liste : l’organisation ouvre le choix du ou de la lauréate à l’ensemble de la profession, normalement appelée à voter pour l’un des noms sélectionnés par le jury. Pas de sélection cette année, donc. C’est loin d’être une victoire, vu la manière dont cette « polémique » a été traité, comme le souligne Julie Maroh chez Slate :

« Franck Bondoux a gratifié toutes les femmes auteures de son mépris et de sa condescendance sur le plateau de Canal+ mercredi 6 au soir, « immergé, dit-il, dans ces problèmes féminins », incapable de reconnaître le bien-fondé de l’émoi que l’absence de femmes dans la liste de nominés avait suscité, et ce, alors même qu’une rétrospective de Claire Bretécher déplace les foules à Beaubourg. Il ne fait aucun mea culpa. Ses réponses sont très décevantes voire choquantes. »

Cette année, ce sera donc aux auteur•es de désigner le ou la gagnant•e du Grand Prix 2016, librement. Contrairement aux dires de Franck Bondoux, les auteures de talent à la carrière prolifique ne manquent pas. Le hashtag #WomenDoBD relaie les suggestions en continue depuis le 5 janvier.

Les organisateurs entendent ainsi donner « la parole aux auteur•es » :

« Le Festival espère ainsi que le processus d’évolution en cours de féminisation de la création dans le domaine de la bande dessinée trouvera, au moment que les auteur.e.s eux/elles mêmes jugeront opportun, une forme de reconnaissance via ce Grand Prix. »

C’est sûr que ce n’était pas du jury que « une forme de reconnaissance » allait gratifier le travail des auteurEs de bande dessinée en 2016.

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Nous sommes en 2016, et exclure la moitié de l’humanité d’un évènement, ça fait de plus en plus gronder.

À lire aussi : Pénélope Bagieu nous parle de « California Dreamin’ » en interview

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Moonshade
    Moonshade, Le 13 janvier 2016 à 20h07

    Par ailleurs, je ne comprends pas du tout pourquoi nominer des artistes tels que Alan Moore, Franck Miller, ou encore Stan Lee. OK, ce sont de grands artistes, qui ont beaucoup apporté au cours de leur carrière, mais ils ont déjà énormément de reconnaissance et surtout ils n'ont rien fait de neuf depuis plusieurs années.

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