Interview d’Ange, duo de scénaristes éclectiques

Ange est un duo de scénaristes de BD, mais aussi de romanciers, qui ont donné naissance à plusieurs très belles oeuvres du 9ème Art. À l'occasion de la sortie de deux nouveautés, « Le Collège Invisible » tome 11 et « La Geste des Chevaliers Dragons » tome 16, Elsa les a interviewés !

Interview d’Ange, duo de scénaristes éclectiques

Ange. Derrière ce pseudonyme se cache un duo de scénaristes, auteurs, notamment, de plusieurs séries à succès chez l’éditeur Soleil comme La Geste des Chevaliers Dragons, le Collège Invisible ou encore Marie des Dragons. Ils écrivent aussi des romans, et ont travaillé sous divers pseudonymes. Prolifiques, ils publient chaque année plusieurs titres, dans des univers très riches et variés.

Le tome 11 du Collège Invisible et le tome 16 de la Geste des Chevaliers Dragons sont parus récemment, et j’ai pu poser quelques questions au duo. L’occasion d’en apprendre un peu plus sur la genèse de ces deux séries et leur manière de travailler à quatre mains.

Le Collège Invisible est une série jeunesse (mais qu’on prend plaisir à lire même quand on est grand) qui prend place dans un collège de magie.

La Geste des Chevaliers Dragons est une série composée d’histoires complètes (on peut donc lire indépendamment n’importe quel tome) qui prennent place dans un univers d’heroic fantasy où seules des guerrières appartenant à la Geste peuvent vaincre les dragons. Les intrigues de chaque volume se déroulent à des périodes différentes et mettent en scène de nouvelles héroïnes. L’une des autres particularités de la série, c’est que chaque tome est réalisé par un dessinateur différent.

Ange (Anne et Gérard), l’interview

Qui se cache derrière le pseudonyme de Ange ?

Deux paires de lunettes et quatre mains. Anne et Gérard, deux scénaristes/auteurs qui travaillent ensemble depuis un peu plus de 25 ans — tout cela ne nous rajeunit pas…

Et pendant tout ce temps, nous avons écrit de la BD, bien sûr, mais aussi des romans, du jeu de rôle… nous avons également été traducteurs de plus de 50 romans ; bref, de l’écriture, sous toutes ses formes et dans des styles qui peuvent aller de la grande saga de fantasy comme Ayesha (roman paru chez Bragelonne) à Les Blondes (BD chez Soleil), en passant par La Geste des Chevaliers Dragons et Le Collège Invisible.

Comment est née votre collaboration ?

Nous nous sommes rencontrés dans une librairie de comics, il y a bien longtemps, et par l’intermédiaire d’un de nos copains, on a eu l’occasion d’écrire un « livre dont vous êtes le héros » pour un gros éditeur. En fait, le gros éditeur en question n’avait aucune intention de nous publier, mais on y a pris goût.

Et comme personne ne nous avait dit que c’était impossible de mener une carrière d’auteur, alors on s’est lancés ! Dès notre premier album, il a fallu prendre un pseudonyme : nous n’étions pas mariés et le gentil éditeur ne voulait pas trop de noms sur la couverture. Alors on a trouvé G.E. Ranne, pour Gérard et Anne, mais en jouant avec les initiales comme J.R.R. Tolkien, George R.R. Martin ou encore A.E. Van Vogt. C’était le premier d’une longue série de pseudos (on en a eu jusqu’à sept en même temps) ; ces jours ci, nous avons réduit la voilure pour ne garder que Ange et Gaby.

Comment s’organise votre travail à quatre mains sur un scénario ?

C’est un peu de la cuisine en fait, et plus précisément de la pâtisserie. On travaille par couches, comme un mille-feuille. Une couche d’Anne, une couche de Gérard, etc. Anne est plus dans le ressenti, Gérard dans la mécanique. Quand tout va bien et que c’est réussi, un mille-feuille c’est très bon !

Après, il y a des projets qui sont plus des projets d’Anne et Gérard et d’autres qui sont plus des projets de Gérard et Anne : les recettes sont parfois un peu différentes, on teste des ingrédients, des épices, plus de sucre par là, plus de couches par ci…

Vous avez deux actualités toutes récentes. Commençons par Le Collège Invisible dont le onzième tome vient de paraître. Comment résumeriez-vous cette série ?

Cachée au fond du placard à balais d’un lycée parisien se trouve l’entrée d’un collège de magie. Un des élèves, Guillaume, est un cancre fini et décide de tricher pour réussir ses examens. Il est alors choisi par les représentants du petit peuple, les lutins, les trolls et autres gobelins pour les défendre contre le Mal absolu puisque s’il a les meilleures notes, c’est forcément le meilleur magicien.

À partir de là, ça dégénère et ça fait douze tomes que ça dure ! Au début de ce dernier tome, Guillaume trouve Excalibur, la légendaire épée du roi Arthur, plantée dans une poubelle. Ses copains n’ont pas réussi à la retirer, mais lui y parvient tout naturellement… et comme dans les tomes précédents, à partir de là, tout s’emballe.

Comment est née l’idée de cette série ?

En fait, Le Collège Invisible était un projet de série jeunesse, des romans beaucoup plus sombres que la BD. Il s’agissait d’un collège de magie dont les élèves défendaient notre réalité au prix de leur santé mentale. C’était beaucoup plus Cthulhu que Harry Potter.

Mais justement, quand nous avons présenté le projet aux éditeurs, Harry Potter commençait à décoller et ils n’ont pas cherché plus loin, le rangeant dans la pile des « projets pompés sur Harry Potter qu’on reçoit dix fois par jour ». Comme nous avons un peu de suite dans les idées — doux euphémisme pour qualifier notre caractère assez tenace — nous avons retravaillé le projet pour la BD après notre rencontre avec Régis Donsimoni.

Quelles ont été vos influences pour créer cet univers ?

Paradoxalement pas Harry Potter même si on adore la série, mais plutôt les mêmes œuvres qui ont influencé J.K. Rowling, ou certains de ses contemporains, comme Neil Gaiman par exemple. Ce corpus de littérature anglaise qui fraye avec le fantastique et le merveilleux et qui explique, avec un petit raccourci, pourquoi les anglais avaient Doctor Who et Chapeau Melon et Bottes de Cuir quand nous avions au même moment L’Homme du Picardie

L’autre influence, et non des moindres, est notre fils Guillaume — qui entrait au collège quand nous avons commencé la série — sur lequel s’est basé Régis pour dessiner le héros et dont les résultats à l’époque auraient bien nécessité un coup de pouce magique. D’ailleurs, tous les copains de Guillaume, le héros, sont des copains de classe de Guillaume, le vrai.

Il y a également le seizième tome de La Geste des Chevaliers Dragons. Comment raconteriez-vous cette série en quelques mots ?

Dans un monde d’heroic fantasy, des dragons apparaissent, sans explication apparente, déformant le monde autour d’eux, rendant fous tous les humains. Tous ? Non. Un petit village résiste encore et toujours à… Heu, non, pardon, rendant fous tous les humains, donc, sauf les femmes vierges, qui ainsi, sont les seules à pouvoir approcher et tuer la bête.

Ainsi a été fondé l’Ordre des Chevaliers Dragons, composé entièrement de guerrières qui sont les seules à pouvoir lutter contre la menace.

La Geste joue sur deux registres principaux. L’épique, bien sûr, l’aventure : de jolies filles combattant d’immondes dragons… mais aussi la politique. La brusque montée en puissance d’un Ordre entièrement féminin, dans un monde très misogyne, bouleverse la société. Les rois, les empereurs sont obligés de faire appel à l’Ordre des Chevaliers Dragon, donc aux femmes.

Mais en parallèle, cet Ordre devient, au fil des siècles, militaire, puissant, et dangereux… Et ce n’est pas parce que des femmes le dirigent qu’il est toujours du bon côté de la Force.

Comment est née l’idée de cette série ?

Dans un restaurant, convoqués par notre éditeur de l’époque qui nous aimait bien mais qui était un peu malheureux qu’on ne vende pas plus (surtout pour lui) et qui nous a fait une suggestion qu’on ne pouvait laisser passer : « Et si vous nous faisiez un truc qui marche ? ». À la sortie du resto, on avait le concept et pratiquement le déroulé du premier tome.

Quelles ont été vos influences pour la créer ?

Plutôt des influences littéraires (Tolkien, Zelazny, Dumas) ou cinématographiques (Conan). Il faut voir qu’à l’époque, en 1998 quand sort le tome 1, il n’y avait pas Le Seigneur des Anneaux au cinéma ou Games of Thrones à la télé. Ce qui semble évident à présent était en train d’être défriché par des pionniers.

Nous voulions de la low-fantasy, sanglante, dure, boueuse. Adulte. Et nous voulions une série où les lecteurs ne soient pas en terrain conquis. Les albums racontent tous pour l’instant des histoires indépendantes, qui ne se suivent pas chronologiquement : les personnages ne sont pas sûrs de survivre. Si la crise est trop importante, ils risquent d’y passer, la survie du monde est plus importante qu’eux.

L’histoire se déroule dans un univers d’heroic fantasy qui s’inspire du Moyen Âge : avez-vous effectué des recherches sur cette période pour construire l’univers de la série ?

Des recherches, non, mais nous adorons tous deux l’Histoire, et il suffit de quelques souvenirs de la Cour de France pour trouver des intrigues et des horreurs à foison.

Le dessinateur change à chaque album. Pourquoi ? Et comment choisissez-vous les illustrateurs qui vont travailler sur la série ?

Sur une longue série, un dessinateur peut s’essouffler ou se dire qu’il se rattrapera au tome suivant. Par contre, quand il sait qu’il n’a que 46 pages à faire, la plupart du temps, il donne tout ce qu’il a, même si ce n’est pas une science tout à fait exacte. Et chaque dessinateur apporte une couleur différente, des points forts différents et c’est une partie de notre travail de déterminer ces points forts pour les mettre en valeur.

Détail de la couverture du tome 11, dessiné par Look

Cela nous permet aussi de sortir deux albums dans l’année, ce qui serait pratiquement impossible avec un seul dessinateur. Quant au choix, ce sont soit des rencontres avec les dessinateurs, soit des mariages arrangés par l’éditeur. Il faut juste que le dessinateur prenne conscience qu’il est là pour marquer de son empreinte une partie du monde de La Geste.

Les personnages principaux de plusieurs de vos séries — La Geste des Chevaliers Dragons mais aussi Marie des Dragons, Belladone… — sont des femmes, chose assez rare en heroic fantasy. Est-ce une volonté de leur redonner le premier rôle, ou cela s’est-il simplement imposé selon les histoires ?

Déjà, les dessinateurs aiment dessiner des femmes, et surtout des « bad girls » — de jolies femmes violentes, voire un peu sauvages. C’est, honnêtement, déjà 75% de l’explication: nous aimons rendre les dessinateurs heureux. En plus, l’avantage d’être un couple de scénaristes féminin/masculin est que nous aimons « raconter » les femmes autant que les hommes.

C’est intéressant de projeter des femmes guerrières dans un monde classique d’heroic fantasy et de tenter d’imaginer ce que ça donnerait, vraiment. En tentant d’être réaliste. Sans imaginer un monde moyenâgeux idéal où les femmes chevaliers seraient acceptées. De voir les conséquences sociales et politiques d’une telle arrivée…

Et puis, des femmes en armures, c’est sexy, non ?

Merci beaucoup aux auteurs pour leurs réponses !

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