J’aime l’opéra, et non, ce n’est pas ringard !

Lorinda n'avait pas de très bons a priori sur l'opéra, jusqu'à ce qu'elle découvre que ce n'était pas ce qu'elle pensait : c'était bien plus varié.

J’aime l’opéra, et non, ce n’est pas ringard !

Cela fait déjà quelques années que je suis devenue une fan d’opéra, presque par hasard. Peu de gens autour de moi comprennent cet intérêt, et je le note d’ailleurs aussi dans les générations actuelles. Pour beaucoup, il faut dire que l’opéra est associé à un côté vieillot, snob, élitiste, peu agréable, qui braille, bref… un truc pour les vieux !

Et ce n’est pas franchement en cours de musique au collège qu’on essaye de nous le faire découvrir. L’image de la Castafiore dans Tintin (personnage d’ailleurs  inspiré d’une vraie cantatrice selon ActuaLitté) n’aide pas non plus.

De mon côté, rien ne me destinait à aimer l’opéra. Comme tout le monde, je connaissais quelques airs, mais niveau musique, j’étais très à la traîne : j’ai mis longtemps à écouter autre chose que des CD de musique de films et à aimer davantage que deux-trois groupes précis. Un jour, j’ai emprunté un DVD d’opéra dans ma bibliothèque : Carmen, de Bizet, l’un des plus célèbres au monde.

Je ne garde que très peu de souvenirs de ce visionnage, à part que c’était long, horrible, incompréhensible et sans charme aucun, ou presque. Autrement dit, ça suffisait à ne pas pousser mon exploration de l’opéra plus loin.

Ça aurait pu s’arrêter là, mais non.

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La découverte

Un ou deux ans plus tard, dans ma ville étudiante, je suis allée voir Carmen avec des amies. Par curiosité, parce que pourquoi pas, qui sait, c’était peut-être mieux en live ! Alors oui, c’était mieux en live… mais avec le recul, je crois que ça ne m’avait pas plu tant plus que ça, ce spectacle.

L’histoire en elle-même, oui, mais beaucoup moins le show — il faut dire qu’on n’était pas très bien placées. Car après tout, c’est bien une histoire passionnée que celle de cet officier militaire qui abandonne sa vie, sa carrière, pour une bohémienne qui ne l’aime pas plus qu’un autre ! Mais je n’étais toujours pas très convaincue… Toutefois, dans la semaine qui a suivi, j’ai retrouvé sur YouTube quelques-unes des musiques que j’avais le plus aimées dans l’opéra.

Et là, avec une vidéo parmi d’autres, BIM, j’ai eu le coup de cœur.

Comment Carmen séduit Don José juste pour sortir de prison : Près des remparts de Séville, interprété par Elina Garanca et Roberto Alagna au Metropolitan Opéra de New York, en 2010.

Avec cette vidéo, dont je n’ai pas tardé à regarder la production entière, fascinée, j’ai enfin compris pourquoi Carmen faisait partie des opéras les plus populaires, pourquoi son héroïne était devenu un mythe. La chanteuse en donnait une vision moderne sans pour autant trahir ce personnage aux multiples facettes, à la fois crédible, attachante, amoureuse, manipulatrice, capricieuse et cruelle.

J’ai compris comment on pouvait trouver de l’intérêt à l’officier insipide qui est en fait un amoureux passionné, perdu, manipulé, jaloux, qui essaye de s’en sortir. J’ai vu comment la musique servait autant de contexte et de cadre que les décors, comment, même sans comprendre clairement tous les mots, c’est aussi la voix des chanteurs qui donnent les émotions des personnages.

Wagner décrit l’opéra comme un « art total » parce qu’il s’agit d’un tout : il y a de la musique, une histoire, du chant, des décors, un jeu de scène, des effets de théâtre… c’est du théâtre, mais en musique. Ce qui, du coup, donne une sorte de rêve éveillé (parce que les opéras durent rarement moins de deux heures) qui fascine, qui raconte une histoire, qui nous fait ressentir de l’empathie envers des personnages, qui nous met la pression même parfois, ou fait rire. Bref, c’est de l’art, et c’est aussi puissant et prégnant qu’un film, qu’une pièce de théâtre, qu’une comédie musicale.

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L’opéra, c’est des histoires bien chantées

À partir de là, j’ai décidé de découvrir plus d’opéras et de me plonger un peu plus dans ce domaine. J’ai profité d’une année à l’étranger dans un pays au niveau de vie moins élevé que la France pour voir plusieurs opéras sur scène, ainsi qu’au cinéma, avec des retransmissions live de l’Opéra de New York (c’est d’une de ces retransmissions que provient la vidéo du dessus).

J’ai continué en revenant en France, à un rythme plus léger. J’ai vu des opéras très populaires, d’autres beaucoup moins, j’ai entendu chanter en pas mal de langues – français, italien, allemand, anglais et même russe et tchèque ! J’ai vu des spectacles pour lesquels j’ai eu de vrais coups de cœur, d’autres que j’ai bien aimés, d’autres qui m’ont inspiré un véritable ennui (beaucoup plus rare, heureusement).

Et j’ai survécu à deux opéras de Wagner de six heures — bon, faut prendre un peu à manger quand même. Six heures assise dans une salle de cinéma, c’était au final un vrai bonheur parce qu’on se laisse totalement happer par l’univers et que c’est juste magique.

C’est ça qui est super dans les opéras : il y a de quoi faire et c’est très très diversifié. Bien sûr, les plus populaires datent souvent du XIXe siècle, comme Carmen, La Traviata, Madame Butterfly, Don Giovanni, Le barbier de Séville, Rigoletto… mais la production est aussi actuelle.

J’ai ainsi vu une adaptation anglaise de la pièce de théâtre La Tempête de Shakespeare, plutôt bien faite, et dans les autres opéras produits rien qu’au XXIe siècle, on trouve des sujets aussi divers que la vie de Walt Disney, la carrière d’une playmate ou bien la transposition du film Brokeback Moutain et du musical Starmania ! Il existe même un opéra en klingon, la langue issue de Star Trek — si, si.

Et les histoires qu’on découvre sont d’autant plus nombreuses. On peut passer de la vie d’une prostituée du XIXe siècle (La Traviata) à celle d’Anne Boleyn, reine d’Angleterre (Anna Bolena), au Faust de Goethe, en croisant une version de La petite sirène (Rusalka) ou de Cendrillon (La Cenerentola). Nombre d’opéras viennent de romans, que ce soit Hugo, Dumas fils, Walter Scott ou des auteurs de contes.

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Floria Tosca & Scarpia de l’opéra Tosca de Puccini – une intrigue située en Italie, à la fin du XVIIIe siècle, un huis-clos oppressant autour d’un peintre et de son amante cantatrice, qui se font torturer et manipuler par un officier de police psychopathe pour des raisons prétendument politiques. Un autre coup de cœur, qui ne dure que deux heures, très dramatique et happant !

Voir un opéra, ce n’est pas juste regarder des chanteurs empêtrés dans leurs costumes donner l’impression d’être égorgés à mort avec leurs hurlements : c’est avant tout se faire raconter des histoires en musique, et les voir jouées sur scène, dans des décors d’origine ou résolument modernes, décalés. Comme des comédies musicales, mais avec un niveau vocal un peu plus élevé.

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L’opéra, c’est aussi une question d’ouverture d’esprit

Contrairement aux idées reçues, les chanteurs d’opéras ne chantent pas en restant sur place avec impassibilité ; non, ils bougent, dansent, ils jouent – comme au théâtre.

Par contre, c’est vrai qu’au début, il faut un temps d’adaptation pour nos oreilles, parce qu’on peut avoir l’impression qu’ils crient des choses incompréhensibles, surtout dans une langue qu’on ne comprend pas, d’où l’utilité des sous-titres. Mais cela reste de la musique et des chansons, juste à un niveau vocal plus élevé que celui dont on a l’habitude, et c’est vrai qu’il faut s’y accoutumer.

Toutefois, comme pour tout goût musical, on peut tout à fait ne pas aimer la voix de tel ou tel interprète, ou le style de tel ou tel compositeur. Et c’est normal, même si ce sont des noms très connus. D’ailleurs, j’ai essayé Mozart, mais je ne l’aime pas beaucoup. L’important, c’est en fait d’aimer ce qu’on entend, et ce qu’on voit.

Par ailleurs, l’opéra, ce n’est pas non plus que des histoires sanglantes et amoureuses, même s’il faut bien avouer que c’est la majorité des intrigues. Je ne m’y connais pas assez pour faire une typologie, mais vous avez des opéras chantés du début à la fin (Don Giovanni par exemple) et d’autres dont les chants sont entrecoupés de dialogues (Carmen). D’autres encore mêleront le chant et un phrasé rapide, mélodieux (Tosca). Et enfin, certains opéras sont des opérettes, soit des opéras plus légers, tant en chant qu’en sujet (Les contes d’Hoffman).

Il y a aussi des opéras qui intègrent des ballets, selon une tradition née sous Louis XIV, d’autres qui se finissent bien, d’autres qui font très contes de fées, d’autres carrément comiques… Bref, il y a vraiment beaucoup de variété, et on y trouve forcément un peu son bonheur.

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Les autres préjugés (vrais et faux)

Écouter de l’opéra, aller en voir, ce n’est pas snob, ni « vieillot ». Les productions sont plus modernes maintenant, plus dynamiques, certaines avec des décors WTF par moments (et ne parlons pas des costumes), et d’autres très traditionnelles.

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Il y a par exemple ce genre de bizarreries – Ariadne auf Naxos, Opéra de Vienne, 2014.

Bon, certes, je ne vous cache pas qu’en allant à l’opéra, vous risquez d’être parmi les plus jeunes dans la salle. Mais justement, il y a de plus en plus de jeunes. Et il n’y a même pas besoin d’être bien habillé (sauf peut-être si vous êtes au premier rang) tant que c’est « correct »… même si cela peut être l’occasion de sortir ses plus belles tenues !

Au niveau du prix, qui vient souvent comme argument, il faut bien avouer que c’est cher. Mais pour les jeunes des tarifs avantageux existent. Vous ne serez pas toujours bien placés, mais cela en vaut la peine. Les opéras font beaucoup d’efforts en ce moment pour attirer un public plus jeune, et ça se sent dans le prix. Et puis en fin de compte, une place d’opéra, c’est dans la même fourchette de prix qu’une place de concert.

Et s’il n’y a pas d’opéra dans votre ville ou que le programme ne vous intéresse pas, il y a plusieurs cinémas qui retransmettent des opéras (et ballets) de New York (le MET, Metropolitan Opéra) ou bien de Paris live et des enregistrements d’autres grands théâtres (Viva l’Opera, dans les UGC) pour une trentaine d’euros, voire moins si vous avez moins de 26 ans. Cependant, je suis d’accord avec ce que beaucoup disent : rien ne vaut une représentation en direct, dans une salle, et cela reste cher. Restent ensuite les DVD, ou Youtube.

Dans une salle, vous risquez aussi d’entendre des commentaires (surtout si votre entourage est d’une moyenne d’âge respectable) sur les chanteurs, la mise en scène, etc., et d’entendre dire que « c’était mieux avant » ou que « la voix est mauvaise » alors que vous trouverez ça bien.

Si l’opéra paraît élitiste, c’est souvent à cause de ce genre de personnes qui étalent leur science comme la confiture sur une tartine, alors ne les écoutez pas et contentez-vous d’apprécier le spectacle comme bon vous semble ! Personne n’a besoin d’être un spécialiste de la musique, des voix de mezzo, soprano ou ténor, pour apprécier un opéra. Comme personne n’a besoin de savoir faire tourner une caméra pour trouver un film sympa.

En bref, l’opéra, non, ce n’est pas inintéressant, ni snob. Il recèle au contraire de merveilleuses perles et histoires, de très belles voix et musiques dont vous connaissez déjà certains airs (et ça fait plaisir de comprendre d’où ça vient !) et je ne peux que vous conseiller d’essayer d’en découvrir quelques-uns, ne serait-ce que par curiosité !

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Les opéras, c’est aussi de très beaux lieux.

Quelques opéras choisis pour ceux souhaitant commencer quelque part :

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Amphitrite
    Amphitrite, Le 23 octobre 2015 à 10h59

    Salut les madz !
    Je voudrais demander un conseil aux fans d'opéra ici... Je suis sur Paris et je voudrais offrir a une amie des places d'opera pour son anniversaire, mais d'une, étant une inculte complète, je ne sais pas trop quoi lui prendre, et de deux, étant une étudiante fauchée, j'aimerais bien trouver des places pas trop chères... Mais j'ai un peu de mal à en dénicher en dessous de 40€, alors que je vois partout sur les topics des explications sur les tarifs étudiants/jeunes... Dans l'ideal ce serait sur la période janvier/février ^^.
    Une bonne âme pour m'orienter dans mes recherches sivouplait ?:fleur:

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