N’en déplaise aux puritains, la campagne Sexosafe n’a rien à se reprocher [MAJ]

La campagne de prévention contre le SIDA et les IST, Sexosafe, a fait réagir au point d'être interdite dans plusieurs villes. La Manif pour Tous et Robert Ménard diffusent une contre-affiche... promouvant la fidélité, avec un couple hétéro.

N’en déplaise aux puritains, la campagne Sexosafe n’a rien à se reprocher [MAJ]

Mise à jour du 28 novembre 2016 — Robert Ménard a réagi à la campagne de prévention contre le SIDA, Sexosafe (lire ci-dessous).

Pour le maire de Béziers, le souci semble donc être que cette campagne prend en compte différentes sexualités, y compris hors mariage, hors relation stable, c’est-à-dire que le ministère de la santé conçoit parfaitement que des inconnu•es puissent avoir envie d’une relation sexuelle sans lendemain.

Une nouvelle affiche a donc été publiée par Robert Ménard sur ses réseaux sociaux (Facebook et Twitter), qui met l’emphase sur la fidélité : #FIDÉLITÉ peut-on lire en bas de l’image.

Bon. Revenons deux minutes sur le principe de la campagne Sexosafe, parce que son but n’est pas de « promouvoir » tel ou tel type de sexualité, en couple ou non, homo ou non.

Il s’agit d’informer sur les protections disponibles contre la propagation du virus du SIDA, et ce quel que soit le type de relations sexuelles qu’on pratique ; et si la campagne vise précisément les hommes gays, c’est parce que cette population est particulièrement exposée (elle connaît un fort taux de nouvelles contaminations, notamment).

Ironie de la vie : le modèle est gay

On notera que la version revisitée par Robert Ménard ne se contente pas de mettre en avant la fidélité, mais elle met en scène un couple hétéro, contrairement à la campagne Sexosafe.

L’auteur de la photo utilisée a été contacté sur Twitter, et devinez-quoi ? Attention, ça devient drôle : le modèle incarnant cette belle imagerie d’Épinal du couple parfait… est gay.

« L’ironie de cette situation est que le modèle masculin de cette photo est en réalité homosexuel. Donc, tel est pris qui croyait prendre pour l’auteur de cette image. »

Le photographe, Matthew Jake Kane, n’était pas au courant de l’utilisation de son cliché.

Derrière cette initiative : La Manif pour Tous

Si c’est Robert Ménard qui a retenu l’attention médiatique avec cette affiche, il n’est pas à l’origine de cette initiative. Libération pointe en effet que c’est La Manif pour Tous, en la personne de Louis Ronssin, responsable pour l’ouest de la France, à qui l’on doit cette « riposte  ».

— Article du 23/11/2016 —

Article initialement publié le 23 novembre 2016 — C’est l’histoire d’une campagne de prévention contre le SIDA, commanditée par le ministère de la Santé, qui a beaucoup tourné sur les réseaux sociaux. Mais pas toujours pour les bonnes raisons… 

Elle cible les hommes ayant des relations sexuelles entre hommes, particulièrement exposés aux nouvelles contaminations. Les affiches représentent donc : des hommes enlacés, histoire de suggérer l’imminence d’un rapport sexuel.

La campagne Sexosafe, « indécente et homophobe » ?

C’est ce point qui a suscité l’indignation notamment de Jean-Frédéric Poisson, président du parti chrétien-démocrate : il a lancé une pétition pour le retrait de cette campagne, la qualifiant de « indécente et homophobe ». Bien essayé de jouer la carte « homophobie », mais ça on ne me la fait pas, Jean-Frédéric…

C’est encore Alison Wheeler qui résume le mieux cette polémique « indécente et homophobe », dans sa chronique sur France Inter.

La campagne Sexosafe, c’est quoi ?

Alors résumons les faits. Quelle est cette campagne, d’où vient-elle ? C’est le gouvernement et plus particulièrement l’agence nationale de santé qui l’a élaborée en collaboration avec des associations de lutte contre le SIDA, comme le rappelle Le Monde.

Les affiches représentent des hommes s’enlaçant ou s’embrassant, et qui expriment à travers quelques mots des situations que beaucoup ont connues, connaissent ou connaîtront : des relations qui peuvent être durables, et d’autres qui sont l’histoire d’une nuit.

Le message, c’est que quelle que soit la situation, il est important de se protéger contre le VIH (et contre les IST en général). Les préservatifs sont promus mais pas seulement, puisqu’il existe des traitements de prévention, des traitements en cas d’exposition, et même des vaccins pour certaines IST.

Si cette campagne vise plus spécifiquement les hommes qui ont des relations sexuelles avec des hommes (HSH), c’est parce que, comme il est expliqué sur le site de la campagne :

« Sur 10 personnes qui découvrent leur séropositivité chaque année, 4 à 5 sont des HSH. Soit 40 à 50% alors que la population des HSH sexuellement actifs est estimée à 1,5 % de la population générale. »

Que reproche-t-on à la campagne Sexosafe ?

Le problème donc, c’est que comme l’a expliqué Alison Wheeler, beaucoup se sont indignés devant cette campagne :

Sur Twitter, nombreux sont ceux qui ont partagé ce type de réaction, et certains maires n’ont pas tardé à leur emboîter le pas. Dix à quinze villes ont ainsi demandé le retrait de la campagne de prévention avec des justifications telles que celle-ci, entendue sur BFM TV, de la part du maire d’Aulnay-sous-Bois :

« Quand on met des messages subliminaux d’une aventure d’une nuit, d’accouplement sans parler d’amour de manière aussi lapidaire, sur un abribus sans contextualiser, j’imagine un enfant de cinq ans qui sans libre-arbitre peut avoir une certaine confusion dans l’esprit. »

Outre « les bonnes mœurs », Isabelle Le Callennec, députée Les Républicains, a sous-entendu que cette campagne incitait à l’homosexualité.

#LoveIsLove car nous sommes en 2016, et la campagne Sexosafe a le droit d’exister

Devant tant de propos réactionnaires, le gouvernement et la majorité ont réagi, en les personnes de Marisol Touraine et Marie Le Vern. La première, ministre des affaires sociales et de la santé, a annoncé avoir engagé dès le 22 novembre des poursuites à l’encontre des maires qui ont exercé une telle censure.

Marie Le Vern, quant à elle, a pris la parole dans l’hémicycle cet après-midi pour interpeller de nouveau la ministre, en mettant le doigt sur les problèmes posés par ces discours :

« Nous ne devons pas minimiser cette réaction puritaine et homophobe.

Que répondre à ces maires qui prétendent protéger les enfants en retirant ces affiches ? Que 150 000 personnes sont séropositives en France, qu’il faut organiser la prévention contre l’épidémie du VIH, que protéger nos enfants c’est les protéger de la maladie mais aussi de la haine.

Que répondre à ces maires qui prétendent défendre les bonnes mœurs ? Qu’en France, et nous en sommes fières, des personnes de même sexe peuvent s’embrasser dans la rue, devant une école, car l’amour entre deux êtres ce n’est pas laid, ce n’est pas honteux, c’est bien au contraire beau.

Que répondre à ces maires, qui en réalité tentent de surfer sur les relents rétrogrades de la primaire de la droite ? Vous avez le droit contre vous, et l’intérêt public est de notre côté. Vos décisions seront contestées devant la justice administrative et par les progressistes. Et j’appelle les associations et les citoyens à se mobiliser. »

Choquante, la campagne Sexosafe ?

Les affiches de Sexosafe sont vraiment sobres comparées à d’autres campagnes diffusées par nos voisins suisses, par exemple.

…Et si l’on compare les affiches de Sexosafe aux publicités très courantes que l’on trouve habituellement « dans les abribus sans contextualiser », il y a là encore vraiment de quoi choquer.

Mais il faut croire que pour certains, la nudité et la sexualisation à outrance des femmes n’est pas un problème aussi grave que la normalisation de l’homosexualité…

Edit à 19h30 — Guillaume Meurice aussi s’est intéressé à cette polémique, en donnant la parole au maire d’Aulnay-sous-Bois, Bruno Beschizza, qui a pris un arrêté municipal pour faire retirer les affiches de cette campagne. Un échange fort instructif…

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Melle Sosostris
    Melle Sosostris, Le 4 décembre 2016 à 20h35

    Sticbaou
    @Melle Sosostris Bien sûr :)
    Ca s'appelle Le rose et le bleu, La fabrique du féminin et du masculin, cinq siècles d'histoire. Il a été écrit par 2 historiennes. C'est super intéressant parce que ça traite des différences qui ont été faites depuis l'Antiquité, entre les sexes et les genres, à travers plusieurs thèmes (sciences, vie en société, comment on éduque les filles et les garçons, etc.). Après, au sein de chaque thème, c'est dans l'ordre chronologique.
    C'est assez complet et si tu veux un peu creuser les sujets, elles ont mis pleins de références.
    On comprend pas mal de trucs en lisant ça, notamment pourquoi y a encore du boulot. On a intégré tellement de trucs depuis tellement longtemps ...
    Merci infiniment pour ta réponse :)

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