Florence Cassez est libre

Pondu par Sophie-Pierre Pernaut le 24 janvier 2013     

Florence Cassez a été libérée, et elle est actuellement dans l’avion qui la ramène en France. Profitons-en pour revenir sur cette affaire vieille de 7 ans à rebondissements multiples.

Màj, le 24 janvier 2013 - La Cour suprême du Mexique a hier soir décidé « la libération immédiate et inconditionnelle » de Florence Cassez. La trentenaire est actuellement dans l’avion qui la ramène en France et devrait atterrir à Paris en début d’après-midi.

Comme l’a rappelée Maître Eolas sur Twitter, cette décision juridique ne signifie pas que Florence Cassez est reconnue innocente par la Cour, c’est juste que cette dernière a estimé que « la procédure est tellement viciée qu’aucun procès n’est plus possible ». Ce retournement de situation intervient deux jours après que le présentateur pour la chaîne Televisa Carlos Loret de Mola a reconnu que la prétendue arrestation de Florence Cassez diffusée en direct était une mise en scène et qu’elle avait été interpellée plus tôt sur une route. Le journaliste affirme ne pas s’en être rendu compte, dans le feu de l’action, en profitant pour faire son mea culpa :

« Rétrospectivement, avec une analyse plus minutieuse de toutes les images, je crois que j’aurais pu découvrir la tromperie. Dans l’information à chaud, comme l’arbitre de football qui n’a pas accès au ralenti et doit décider sur le coup, je ne l’ai pas fait et je le regrette. »

Màj, le 21 mars 2012 à 21h28 - Florence Cassez reste en prison : la proposition de libération « absolue et immédiate » d’Arturo Zaldivar a été rejetée par 3 juges sur 5 (2 d’entre eux se présentent comme favorables à un nouveau procès).

Le 21 mars dans la journée - Florence Cassez, jeune femme détenue au Mexique depuis décembre 2005 qui n’a jamais cessé de clamer son innocence, attire régulièrement l’attention des médias et a reçu des soutiens divers à travers le monde. Aujourd’hui, un projet de sentence va être présenté devant la première chambre de la Cour suprême. Ce projet de sentence a été rendu par Arturo Zaldivar, qui demande la libération « immédiate et absolue » de la Française en raison d’irrégularités dans la procédure qui a mené à l’arrestation de Florence Cassez, à son procès et à sa condamnation.

Parmi ces dysfonctionnements, on compte par exemple la mise en scène de l’arrestation ou le non-respect des droits consulaires (puisque les forces de l’ordre ont mis plus d’une journée à contacter le consulat alors qu’ils devaient le faire le plus rapidement possible), de la présomption d’innocence ainsi que la non-mise à disposition devant le ministère public. Arturo Zaldivar souligne également les contradictions dans les témoignages des victimes. Ces vices de procédure pourraient bien être la clé de la liberté pour Florence Cassez.

Mais pour mieux comprendre les tenants et les aboutissants de ce projet de sentence, revenons sur les grandes lignes de cette affaire.

Florence Cassez est libre florence cassez

(source : sipse.com)

Florence Cassez au Mexique

En 2003, Florence Cassez quitte son job de directrice dans un Eurodif de Calais pour rejoindre son frère qui a refait sa vie au Mexique. C’est là qu’elle rencontre Israel Vallarta Cisneros, dont elle tombe amoureuse. En avril de l’année suivante, elle quitte ce dernier et revient au domicile familial avant de retourner au Mexique. Jusque là, tout va bien et rien ne cloche ; ce n’est ni plus ni moins qu’une idylle un peu compliquée entre deux êtres nés à des milliers de kilomètres l’un de l’autre.

Le souci, c’est qu’Israel est le chef des « Zodiaques », un gang spécialisé dans les enlèvements – un véritable fléau au pays des mariachis. Il a par ailleurs reconnu pas moins de dix enlèvements et un meurtre. Des actions que Florence Cassez (dont son ex assure l’innocence) affirme ignorer depuis le début.

Que s’est-il passé le 8 décembre 2005 ?

Tout bascule en décembre 2005. Le 8 de ce mois, ils sont tous deux arrêtés sur une route qui mène à Mexico et la jeune française est soupçonnée d’être au courant des agissements de son ex. Fait des plus étranges : l’arrestation est reconstituée devant des caméras et présentée comme se déroulant en direct aux téléspectateurs des chaînes TV Azteca et Televisa le lendemain matin. Le but de la manoevre étant faire croire à l’opinion publique à un flagrant délit. Trois personnes enlevées sont alors « sauvées en live » : Ezequiel Yadir Elizalde Flores, Cristina Rìos Valladares ainsi que le petit garçon de cette dernière.

Pour des millions de mexicains, Florence Cassez n’est plus Florence Cassez : elle devient « Florence la diabolique ».

Quelques mois plus tard, en février 2006, Florence Cassez témoigne en direct de sa prison pour l’émission Punto de Partida et interpelle le directeur de l’Agence fédéral d’investigation pour qu’il avoue que l’interpellation était un montage. Ce qu’il fait, en précisant que ce détail ne rentrera pas en compte dans la jugement de la française expatriée.

La condamnation

En octobre 2007, soit environ un an et demi après le début de son procès, Florence Cassez est condamnée à 96 ans de prison pour enlèvements, séquestration, associations de malfaiteurs, possession d’armes à usage exclusif des forces armées et possession de munitions. Ce qui l’a entre autres faite condamnée, ce sont les témoignages des personnes enlevées retrouvées dans le ranch d’Israel le jour de l’arrestation, qui ont tous trois reconnus la jeune femme à sa voix et son accent. Pourtant, il a été noté par la presse et certains acteurs de la justice mexicaine que ces témoignages manquent de fiabilité (l’exemple le plus anecdotique, c’est la tâche de naissance que présente l’une des victimes comme étant la preuve que Florence Cassez lui a fait une piqûre).

En mars 2009, cette peine de 96 ans d’emprisonnement est réduite à 60 ans en appel.

Un pays divisé

Au Mexique, les soutiens à Florence Cassez sont de plus en plus nombreux. Le 14 mars dernier, une réunion a eu lieu à Mexico ; des juristes et des anciens ministres mexicains y ont exprimé leur soutien à la trentenaire détenue dans la prison de Tepepan, comme le rapporte Le Monde. En outre, elle est également soutenue depuis fin 2010 par l’église catholique mexicaine, ce qui pèse fortement dans la balance, le pays étant très influencé par la religion. Rappelons également qu’elle est considérée comme un symbole des supposés « dysfonctionnements de la justice mexicaine », comme l’évoque Le Point.

En revanche, comme bon nombre d’activistes qui s’opposent à la libération de la Française et le ministère de la justice mexicain, le président Felipe Calderon souhaiterait la voir purger sa peine. Lundi 19 mars dernier, alors qu’il était en visite dans un établissement pénitentiaire, il en a profité pour se mettre du côté des victimes, faisant des allusions plus ou moins subtiles à la ressortissante française, et appelant à la « Justice pour les parents à qui on a enlevé leur enfants. Justice pour les enfants qui n’ont pas revu leurs parents kidnappés ou assassinés. Justice pour ceux qui subissent le racket. Justice pour ceux qui subissent un enlèvement » comme le note L’Express.

Qu’est-ce qui l’attend aujourd’hui ?

Aujourd’hui, les cinq juges de la première chambre de la Cour suprême mexicaine doivent se prononcer sur une potentielle libération. Comme le rappelle l’AFP, quatre scénarii sont envisageables :

>> La libération immédiate : il faudrait trois votes favorables sur cinq pour que cela arrive. Si deux juges de la première chambre se rallient à l’opinion de leur collègue Arturo Zaldivar, – l’auteur du rapport qui recense les vices de procédure dans l’affaire Florence Cassez -, elle sera libérée et pourra revenir en France si elle le souhaite.

>> Le report de l’examen du cas en plénière, ce qui reviendrait à reporter la discussion sur l’affaire en séance plénière, c’est-à-dire devant tous les membres de la Cour suprême.

>> Le renvoi de la procédure devant la justice dite ordinaire : compte tenu des irrégularités de la procédure, il serait possible que la condamnation à 60 ans de prison soit annulée. Toutefois, dans ce cas de figure, la détenue sera jugée devant la justice ordinaire pour les mêmes motifs.

>> La condamnation définitive : dans ce cas, Florence Cassez sera officiellement et définitivement condamnée à 60 ans de prison et n’aura comme recours que d’en appeler à la justice internationale à travers la Cour interaméricaine des droits de l’homme – ce qui prendrait plusieurs années.

Verdict cet après-midi vers 17h.

Rappelons au passage que Florence Cassez n’est pas un cas isolé, et qu’ils étaient 1958 français détenus à l’étranger en 2008, selon des chiffres du ministère des affaires étrangères.

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Sophie-Pierre Pernaut (dite SPP, dite Sophie) écrit pour madmoiZelle depuis l'an 2011. Elle s'est donnée pour mission de vous informer, de vous divertir et d'éventuellement vous faire rigoler avec son humour somme toute assez crétin. Elle aime la tartiflette et les chèques en blanc.

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  1. VIIVII

    Le 22 mars 2012 à 14:14

    Juste j'ai tiqué à la dernière phrase de l'article, c'est quand même plutôt logique que les gens soient jugés dans le pays ou ils sont suspects, sinon c'est un peu facile (je pense au GI meurtrier, aux pédophiles qui viennent en Asie du Sud etc).
    Ça dépend du pays (de toute façon un français "chopé" dans un pays anti-démocratique on en entendra pas parler) mais ça pose la question de la souveraineté nationale.
    C'est un peu confus et je ne suis pas juriste mais quand on vit au Mexique, pays gangréné par les enlèvements, trafics etc, qu'on sort avec un mec comme ça, peut on vraiment tout ignorer?
    Puis ça a souvent des relents de mépris pour les pays non occidentaux, genre en Israel il y avait un franco-palestinien incarcéré et la France n'a pas levé le petit doigt, parce que ce pays est considéré comme pouvant rendre la justice (alors que le sort des prisonniers palestiniens est contraire aux lois internationales). Toutes les ambassades africaines ne sont pas sur "le dos" de la France alors qu'il y a un grand nombre d'immigrés incarcérés.
    C'est juste des questions que je me pose, je ne juge pas le cas de Cassez
  2. wassissiwassissi

    Le 22 mars 2012 à 19:48

    j suis d'accord VII :)
  3. Lily Love PeacockLily Love Peacock

    Le 22 mars 2012 à 22:32

    Posted by mameha
    Coupable peut être pas mais complice surement, qu'elle ait été en couple avec un chef de gang sans être courant mouais … C'est sans compter l'ego surdimensionné de ce genre d'individus qui ne se cache pas et sont fiers de leurs acitivités. Elle vivait pas dans une case en tole, mais dans un palace mexicain la demoiselle …


    Vivant au Mexique depuis plusieurs mois je peux t'assurer qu'il peut être très compliqué de connaître les activités des personnes que l'on rencontre. Ceux qui ont des choses à cacher y parviennent très facilement et réussissent à se construire une autre vie complètement crédible, y compris pour les personnes dont ils sont très proches.
  4. MynetteMillerMynetteMiller

    Le 24 janvier 2013 à 13:56

    J'avoue que je suis plutôt agacée en regardant les news ce matin, les médias en parlent comme d'une martyr absolue.
    Effectivement, son innocente n'est pas prouvée, et est même douteuse.
    Donc je suis ravie que Madmoizelle, contrairement au reste, précise dès les premières lignes de son article qu'il s'agit bien d'une libération pour vice de procédure et rien d'autre. Je trouve ça bien, de rester modéré et ne pas tomber la liesse générale qui me parait un peu absurde à l'heure actuelle.
  5. babyfootgirlbabyfootgirl

    Le 24 janvier 2013 à 14:02

    bjr on ne connaîtra jamais la vérité de toute façon ! si elle avait vraiment sa part de culpabilité dans cette histoire cela lui aura servie de leçon ! c mon avis sinon  fallait éviter de suivre n'importe qui dans un pays étranger aussi …. allez bonne journée ! :test
  6. NimeYNimeY

    Le 24 janvier 2013 à 14:45

    C'est vrai que le traitement des médias (surtout à la télé) laisse à désirer, mais je peux pas m'empêcher d'être heureuse pour elle.

    On ne sait pas vraiment si elle est innocente ou coupable mais n'importe quel accusé mérite un procès équitable, en bonne et due forme, rien que cette histoire de "reconstitution" à la télé était grotesque. Et 60 ans de prison pour ces chefs d'accusation c'est ridicule, elle n'a tué personne. Quand on pense que Breivik n'a eu que 22 ans (certes reconductibles) alors qu'il a comploté et assassiné froidement des dizaines de personnes…

    Bref j'espère que on s'intéressera aussi à tous les gens emprisonnés injustement à l'étranger (je pense en particulier à beaucoup de personnes détenues à vie voire condamnées à mort en Asie pour drogue).
  7. o0july0oo0july0o

    Le 24 janvier 2013 à 17:27

    Posté par cesyle
    Posté par mameha
    Coupable peut être pas mais complice surement, qu'elle ait été en couple avec un chef de gang sans être courant mouais … C'est sans compter l'ego surdimensionné de ce genre d'individus qui ne se cache pas et sont fiers de leurs acitivités. Elle vivait pas dans une case en tole, mais dans un palace mexicain la demoiselle …

    Vivant au Mexique depuis plusieurs mois je peux t'assurer qu'il peut être très compliqué de connaître les activités des personnes que l'on rencontre. Ceux qui ont des choses à cacher y parviennent très facilement et réussissent à se construire une autre vie complètement crédible, y compris pour les personnes dont ils sont très proches.

    Je veux bien te croire sur le fait de pas savoir pour les personnes que tu rencontres mais par rapport à l'homme avec qui tu vis j'ai un peu de mal.

     Pour ma part je suis heureuse pour sa famille après j'ai un peu des doutes sur son innocence (ce n'est que mon avis)
  8. PalladiumPalladium

    Le 24 janvier 2013 à 19:06

    Et les autres ? Pourquoi ne parle-t-on que d'elle depuis des années sans médiatiser les autres ?
    Il y a des dizaines de français disséminés un peu partout dans des prisons à travers le monde qui clament leur innocence depuis des années et on en entends jamais parler… Je pense, par exemple à Michael Blanc ou encore Liana Guillon…
    Ces noms ne disent rien à personne alors que tout le monde connaissait Florence Cassez et son histoire depuis des années.
    C'est injuste…
  9. Lily Love PeacockLily Love Peacock

    Le 25 janvier 2013 à 11:17

    Le problème est qu'il n'y aura jamais de procès juste et équitable concernant cette affaire. Ses droits et sa présomption d'innocence ont été bafoués. Les mises en scène et les fausses déclarations sont trop nombreuses et trop ancrées pour pouvoir passer outre.
    On ne saura jamais si elle est coupable ou non, mais c'est en tout cas une belle victoire pour la justice et la présomption d'innocence dans un pays où les cas comme celui-ci arrivent bien trop souvent et où la corruption est reine.
  10. PalladiumPalladium

    Le 25 janvier 2013 à 11:19

    Posté par buttercup-2
    Posté par helium
    Et les autres ? Pourquoi ne parle-t-on que d'elle depuis des années sans médiatiser les autres ?
    Il y a des dizaines de français disséminés un peu partout dans des prisons à travers le monde qui clament leur innocence depuis des années et on en entends jamais parler… Je pense, par exemple à Michael Blanc ou encore Liana Guillon…
    Ces noms ne disent rien à personne alors que tout le monde connaissait Florence Cassez et son histoire depuis des années.
    C'est injuste…

    Pour ce qui est de Michael Blanc, et Liana Guillon (dont j'ai suivi les histoires via les reportages sur M6 et TF1), l'histoire est plus complexe, puisqu'ils ont, chacun de leur côté, été arrêtés en possession de drogue.

    On a entendu beaucoup parlé de Florence Cassez parce que son arrestation a été médiatisée, manigancée.

    Je pense que les autres personnes françaises incarcérées à travers le monde, à tort (peut être) et leurs familles sont en contact avec l’État français.

    Malheureusement, et on le sait assez bien, les transactions et les dialogues sont difficiles et fragiles avec les pays où ces personnes sont incarcérées.

    Prouver l'innocence de personnes arrêtées en possession de drogue doit être très ardue.
    Un petit article à propos de français incarcérés à l'étranger.
    Et celui-ci avec quelques chiffres permettant d'en savoir plus sur le pourquoi du comment des incarcérations de ces personnes.


    Je suis d'accord avec toi, sur le fait qu'il est très difficile d'innocenter une personne quand les faits qui lui sont repprochés ont des preuves indiscutables (possession de drogues dans leurs affaires personnelles).
    Mais, dans le cas, Florence Cassez, elle n'est pas innocentée non plus, son histoire est juste trop rocambolesque pour mettre en place un énième procès.
    Je vais me baser sur le cas l'affaire Michael Blanc, que je connais le mieux. Sa famille demande en priorité une incarcération en France, c'est-à-dire qu'elle met de côté une eventuelle liberté par reconnaissance de son innocence. Sa famille a bien conscience que la justice indonésienne n'est pas la même que la justice française (malgré un régime républicain, le fait que nos relations internationales devrait facilitées par le fait qu'on soit tous deux des membres de l'ONU…)

    Mais ce que je souhaitais mettre en avant dans mon post précédent, c'est la question qui est : "Pourquoi les médias ne parlent toujours que des mêmes cas ?" et j'ai bien peur que la réponse à ma question soit : "Parce qu'ils parlent de ce qu'il se passe… et que du côté des autres prisonniers français à l'étranger, il ne se passe rien…"
    Mes propos sont bien illustrés par la phrase de l'article "Déboires des français incarcérés à l'étranger" que tu mets en lien, quand le maître Courcelle Labrousse déplore : "celà dépend beaucoup du volontarisme de l'Etat français"
    D'autant plus qu'hier la famille de Michael Blanc à lancé un appel à l'aide
    Alors qu'est-ce qui fait peur aux services diplomatiques français pour apporter leur soutien, effectuer des visites ?
    C'est juste celà qui me dépite totalement…

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