L’addiction à Internet, mythe ou réalité ?

L'addiction à Internet, on en entend beaucoup parler... mais comment la définir ? Où commence la dépendance ? Et si ces comportements n'étaient que les symptômes d'autres troubles ?

L’addiction à Internet, mythe ou réalité ?

Depuis quelques années, nous entendons régulièrement parler d’un sujet qui agace, qui intéresse, qui passionne, qui énerve… bref, qui divise : existe-t-il une addiction au Web ?

Suite aux posts de blog par Fab L’impossibilité d’une coupure et Vacances déconnectées, le bilan, j’ai eu envie de faire un tour du sujet avec vous, ce qui nous permettra de répondre à une question qui nous taraude tou-te-s : le Big Boss est-il malade des Internets ? Ou bien accro au flamboyant magazine madmoiZelle ?

Plus sérieusement : peut-on être accro à Internet ?

Figurez-vous que la réponse à cette question est bien complexe et que nous pourrions commencer par expliquer qu’en sciences humaines, on pourrait dire que oui… il existe une addiction à l’Internet, et qu’en même temps, il n’en existe pas vraiment. Eh oui.

Les partisans du « oui » 

Pour certain-e-s chercheurs-es, il pourrait effectivement y avoir un moment où les pratiques d’Internet ne seraient plus « normales » et deviendraient « pathologiques », mais il n’existe pour l’heure pas de définition consensuelle du trouble.

Selon les auteur-e-s, on peut ainsi parler de « cyberdépendance », de « trouble de dépendance à Internet », ou encore « d’usage problématique d’Internet ».

Young définit le trouble comme une utilisation problématique d’internet en dehors d’un usage professionnel ou institutionnel.

La cyberdépendance n’est pas forcément liée au temps que vous passez devant un écran. En fait, le temps passé devant l’écran dépend de tout un tas de chose : de votre culture, de votre boulot, de vos études, de ce que vous faites devant l’écran (j’ai cru comprendre que lorsque mon bien-aimé joue à Arche Age ou WoW, il lui faut drôlement plus de temps que pour torcher une partie de Super Mario).

Pour que la pratique d’Internet soit considérée comme problématique, on ne se préoccupe pas seulement du temps passé devant un écran, mais plutôt de son impact sur la vie sociale, scolaire/professionnelle, personnelle.

Pour les psychologues, le trouble de dépendance à internet peut se traduire par des signes physiques (des yeux secs par exemple), des troubles du sommeil (insomnies, troubles de l’endormissement, privation volontaire de sommeil…), un isolement social (mise en danger ou perte de relations sociales ou familiales, perte de l’emploi)… Comme pour d’autres addictions, lorsque nous sommes accros, nous serions particulièrement préoccupé-e-s par le fait d’être en ligne, nous aurions besoin d’utiliser Internet de plus en plus longtemps afin d’être satisfait-e-s et nous ne parviendrions pas à contrôler, réduire ou arrêter notre utilisation.

Des tests pour diagnostiquer la cyberdépendance

Il existe plusieurs « tests » pour diagnostiquer cette dépendance, mais ils sont à prendre avec des pincettes, car ils sont très récents.

En 1996, Orman a mis au point un outil « d’autoévaluation » qui mesure le risque de développer une conduite addictive. Pour faire cette autoévaluation, Orman propose 9 questions :

  1. Généralement, quand vous vous connectez à Internet, est-ce que vous y passez plus de temps que prévu ?
  2.  Cela vous gêne-t-il de limiter le temps que vous passez sur Internet ?
  3. Des amis ou des membres de votre famille se sont-ils plaints du temps que vous passez sur Internet ?
  4. Est-ce qu’il vous est difficile de ne pas vous connecter à Internet plusieurs jours de suite ?
  5. Est-ce que le temps que vous passez sur Internet a perturbé votre performance au travail ou vos relations personnelles ?
  6.  Est-ce qu’il y a des sites sur Internet que vous trouvez difficiles à éviter ?
  7. Avez-vous du mal à résister à vos envies de faire des achats sur Internet ?
  8. Vous est-il déjà arrivé d’essayer de limiter le temps que vous passez sur Internet, et de ne pas y arriver ?
  9. Est-ce qu’à cause d’Internet, il vous arrive souvent de ne pas faire ce que vous aviez prévu ou aviez envie de faire ?

Lorsque les sujets ont de 0 à 3 réponses positives, Orman considère que le risque de dépendance est faible. Lorsqu’ils ou elles ont de 3 à 6 réponses positives, le risque de dépendance serait moyen. Enfin, lorsqu’il y aurait de 7 à 9  réponses positives, le risque de dépendance serait élevé.

Plus récemment, Laura Widyanto et Mary Mc Murran (2004) ont créé  « l’Internet Addiction Test », qui est l’échelle la plus validée pour le moment par la communauté scientifique – sur cette page, vous trouverez les 20 items évaluant votre degré de préoccupation lié à Internet.

I N T E R N E T

La dépendance à Internet comme symptôme

La psychologue Kimberly Young, ainsi que d’autres professionnels de la santé mentale, espéraient faire accepter ce trouble dans le DSM-V (le Manuel Diagnostique et Statistique des Troubles Mentaux) (mais bon, le DSM, c’est loin d’être la Bible). Mais par manque d’études et de données, l’addiction à Internet n’a pas fait partie des troubles ajoutés dans la dernière version du DSM.

Une partie de la communauté scientifique interroge cette dépendance à Internet. Pour ceux-là, il y a un hic : la cyberdépendance ne serait que rarement une pathologie isolée, et serait bien souvent associée à d’autres troubles. Ainsi, les cyberdépendant-e-s seraient également atteints de dépression, de troubles anxieux, de phobies sociales, de troubles du comportement alimentaire

Pour certain-e-s, la dépendance à Internet ne serait donc qu’un symptôme, et non un trouble. La cyberdépendance ne peut-elle pas être l’expression d’un autre trouble ?

Dans son ouvrage Cyberdépendance et autres croquemitaines (disponible ici), le psychologue Pascal Minotte note que la notion de cyberdépendance est bien « utile » : elle permet de diaboliser un outil, de trouver un bouc émissaire… et de ne pas se pencher sur une « réflexion plus profonde sur ce qui manque et/ou fait souffrance ».

Dans la préface de cet ouvrage, Serge Tisseron s’interroge sur l’engouement pour la cyber addiction. Il écrit :

« La notion d’addiction a été si étendue ces dernières années que plus aucune conduite ne semble pouvoir lui échapper. Les frontières entre dépendance, compulsion et passion s’effacent. De plus, de gros intérêts sont en jeu, car la médicalisation d’un comportement dans une classification psychiatrique entraîne aussitôt la création d’un nouveau marché. »

Pour le docteur en psychologie, Internet est un espace de socialisation — un espace réel, avec des socialisations réelles. Il questionne la notion « d’usage excessif » et, à ce sujet, il ajoute :

« Évitons de croire qu’être un peu sur le réseau serait bien, mais qu’y être très longtemps serait problématique. Parlera-t-on encore « d’addiction au virtuel » lorsque la connexion au réseau sera la norme en tous lieux ? »

Finalement, si Internet est un lieu réel et que ce que nous y vivons est tout aussi réel, alors le Web pourrait ne fournir qu’un nouveau support à des formes de dépendance déjà existantes…

Et toi, qu’en penses-tu ?

Pour aller plus loin…

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Voici le dernier commentaire en date :

  • North sea
    North sea, Le 3 octobre 2014 à 19h51

    J'ai 53/100 au test, je dois m'inquiéter ? :shifty:
    Il y a environ deux ans j'avais un rapport très conflictuel avec internet, ça a nuit à ma productivité, à mon humeur, j'ai rencontré des gens pas cool sur le net, et le fait que je ne faisais rien de ma vie à part traîner toute la journée et une partie de la nuit sur internet me faisait sentir que c'était mon "seul" lien avec l'extérieur ou presque et c'était ce qui me permettait de passer la journée sans penser à rien, ou presque. Hormis mon travail, la quasi totalité des problèmes que j'avais à l'époque provenaient d'internet. Un jour j'ai eu un gros ras le bol, j'ai supprimé toutes mes adresses emails, je suis parti des forums/tchats en supprimant mes comptes. Quelques jours plus tard, je suis revenu de façon plus modéré. J'ai eu un gros choc qui a quand même eu des conséquences positives sur mon rapport à mon ordinateur et à ma vie irl. Aujourd'hui, je squatte finalement très peu de sites, madmoizelle, youtube, adopte un mec (plus en ce moment), zéros sociaux, hotmail et bien sûr tumblr (<3), en plus d'autres de temps en temps. L'année passée j'ai trouvé du travail et je me suis rendu compte qu'à l'époque c'est vraiment mon chômage qui faisait que j'étais devenu accroc à internet. J'ai terminé mon travail au mois de juin et depuis la fin du mois d'août, je me surprends à repasser beaucoup de temps sur internet, ça fait également plusieurs jours que je me couche à 2h et que je me réveille à 11/12h. Une fois que j'aurais repris des études, je passerais beaucoup moins de temps en ligne.

    Bref, tout ça pour dire qu'il faut faire très attention à internet car non ce n'est pas anodin, et faire extrêmement attention à ce qu'on y fait dessus aussi car ça peut avoir de réelles conséquences sur la vie réelle. Aujourd'hui je m'avoue enfin que oui, j'étais devenu accroc à l'internet et je suis très contente d'avoir réussi à me détacher de tout ça et de m'être reconnecté à la vie réelle. :)

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