Sortir de la dichotomie « la vierge ou la putain », pour enfin s’épanouir

La vierge, ou la putain ? Deux rôles que la société voudrait imposer aux jeunes femmes, niant leur complexité et leur droit à être des humaines, tout simplement.

Sortir de la dichotomie « la vierge ou la putain », pour enfin s’épanouirLa Vierge en prière (Salvi) / Salma Hayek dans Dogma

En partenariat avec Ad Vitam (notre Manifeste)

Ce 28 août 2019 sort en salles Une fille facile, un film signé Rebecca Zlotowski qui a secoué Cannes, et dont madmoiZelle est fière d’être partenaire.

Dans l’un des deux rôles principaux, Zahia Dehar, ancienne escort-girl, interprète Sofia, une jeune femme fascinante et libre qui impressionne sa cousine de 16 ans, Naïma, avec son rythme de vie dit de « fille facile », fait de séduction, d’hommes plus âgés et de cadeaux luxueux.

J’ai voulu profiter de cette sortie très attendue pour te parler des filles que la société considère comme « faciles », et d’un mythe tenace, celui de la vierge ou de la putain.

La mère ou la putain, une dichotomie sexiste

On parle souvent de « la mère ou la putain », et ça fait notamment référence au regard que porte la société sur la sexualité des femmes, une fois qu’elles sont devenues mères.

Peut-on donner la vie et aimer le sexe tout en restant une maman « respectable » ? La réponse, à mes yeux, est bien évidemment oui.

Car on n’est jamais qu’une chose ou une autre. Les femmes ayant eu un enfant ne sont pas que des mères, elles restent des femmes, et ne perdent pas toute libido au moment de l’accouchement !

Cependant, avant même l’étape de la maternité, la dichotomie existe déjà. C’est le mythe de la vierge ou la putain.

La vierge ou la putain, un « choix » impossible

Si j’ai mis « choix » entre guillemets dans cet intertitre, c’est parce qu’il ne s’agit pas vraiment d’un choix… mais plutôt d’un piège.

Très jeunes, les femmes sont sexualisées et se retrouvent aux prises avec différentes façons d’incarner et d’exprimer cet aspect de leur vie — parfois trop tôt pour elles.

Sauf que le jeu est truqué, et qu’on ne peut pas gagner.

La vierge, un statut sexiste empoisonné

La vierge, certes, est dans l’imaginaire populaire une jeune femme pure et digne de confiance… mais elle est également ennuyeuse, coincée, aussi fermée d’esprit que ses cuisses le sont.

C’est peut-être celle qu’on épousera, mais pas celle avec laquelle on s’amusera. Et gare à elle si elle envisage d’offrir sa « si précieuse » virginité, car c’est là que réside sa valeur !

La « fille facile », un rôle peu enviable

La putain, ou plutôt la « fille facile » — car nous ne parlons pas ici de sexe tarifé — est elle aussi « trop ou pas assez ».

Trop libérée, trop sexuelle, trop en phase avec son corps, trop désirable, et pas assez discrète, pas assez propre sur elle, pas assez respectable, bref… vulgaire.

C’est celle avec laquelle on couche, mais qu’on ne présente pas à ses parents, ni à ses potes, et avec laquelle on ne s’engagera pas, car elle ne le mérite pas.

Le tout est parfaitement résumé dans cette chanson de Bénabar, qui continue à me briser le cœur à chaque écoute :

Au-delà de la vierge ou la putain

Tu l’auras compris, rien ne sert de « choisir » d’être la vierge ou la putain, car ce n’est pas un choix mais une étiquette piégée que le patriarcat nous impose.

Soit on est trop sexuelle, soit pas assez. Les injonctions contradictoires ne cessent de tomber.

Alors comment se libérer de cette dichotomie encore très présente (malgré son aspect franchement poussiéreux), dans l’inconscient collectif ?

Voici quelques pistes pour sortir de ce piège et incarner, en tes termes, ta sexualité… ou son absence.

Découvre la sexualité positive

La sexualité positive, c’est un regard dénué de jugements sur ce que tu fais de ton cul, avec très peu de contraintes :

  • Le consentement
  • La protection (notamment contre les MST, IST et grossesses non désirées)

C’est… environ tout.

Que tu aimes le missionnaire lumières éteintes du samedi soir ou les donjons BDSM débordants de sextoys, c’est pareil, c’est ta sexualité et tu as bien le droit de la vivre !

Que tu préfères te masturber à coucher avec quelqu’un, que tu sois sur le spectre de l’asexualité, que tu sois vierge ou que tu aies enchaîné les partenaires, on s’en fout.

La sexualité positive prône un rapport décomplexé, bienveillant et compréhensif au sexe en général. Perso, ça m’a sauvé le slip, et permis de m’amuser pleinement sans culpabiliser !

Trie ton entourage

Certaines personnes n’aiment pas parler de sexe, et c’est leur droit. Elles peuvent être mal à l’aise si tu leur racontes en détail ton cunni de la veille.

Mais ça ne leur donne pas pour autant le droit de te juger.

Si quelqu’un, dans ton entourage, suggère que tu « vaux » moins à cause de ta sexualité, que tu es moins respectable ou désirable, que ce soit parce que tu as « trop » d’expérience ou « pas assez »…

Eh bien cette personne n’a rien à faire dans ton existence, voilà !

La vie est trop courte pour la passer avec des gens qui jugent ce que tu fais (ou non) de ton cul. Crois-moi.

Nota bene : ça vaut aussi, peut-être même encore plus, pour tes partenaires sexuels, qui sont quand même gonflés ou gonflées de te donner des leçons.

Rappelle-toi que tu vas changer, et ta sexualité aussi

Comme beaucoup de pièges sexistes, le mythe de « la vierge ou la putain » voit les femmes comme des éléments monolithiques fixés dans des rôles rigides.

Alors que nous sommes des humaines, et donc en constante évolution.

Peut-être auras-tu une période d’activité sexuelle effrénée, puis plusieurs mois d’abstinence, suivis du nouveau vibro qui va changer ta vie, avant de connaître une chute de libido.

Peut-être vas-tu redécouvrir le désir en changeant de contraception, prendre conscience de ton orientation sexuelle ou dépasser enfin ce blocage au moment de la pénétration.

Peut-être vas-tu passer ta vie avec la même fréquence de rapports sexuels, peut-être vas-tu en changer toutes les semaines.

Je n’en sais rien, et probablement que toi non plus : c’est normal, TU ES UNE PERSONNE ! Et tu ne sais pas ce que la vie te réserve…

Je ne te souhaite qu’une seule chose : t’épanouir dans une sexualité qui te ressemble, te convient, et bâtir un futur dans lequel ces mythes poussiéreux seront bel et bien enterrés.

Signé, Mymy, vierge parfois, salope souvent, qui a hâte de discuter avec toi d’Une fille facile, au cinéma le 28 août, pour approfondir ces réflexions !

À lire aussi : Comment et pourquoi j’assume mon image de meuf sexy

Mymy

Mymy

Mymy est la rédactrice en chef de madmoiZelle et gère la rubrique masculinité (dont fait partie son podcast, The Boys Club). Elle est aussi dans la Brigade du Kif du super podcast Laisse-Moi Kiffer. Elle aime : avoir des opinions, les gens respectueux, et les spätzle.

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Commentaires

Cococinulle

Comme le sujet ressort, j'en profite pour copier mon message que j'avais mis dans "Une info à suggérer..."

France Inter - "Je me sentais un peu princesse" : quand les adolescentes se prostituent

"De plus en plus d'adolescentes françaises se prostituent, un phénomène qui inquiète les autorités judiciaires et les parents. Les affaires de proxénétisme sur mineurs ont été multipliées par six ces quatre dernières années, d'après le décompte de l'Office central pour la répression de la traite des êtres humains."

Etre escort girl, call girl, bref, se prostituer, ça n'est pas glamour, ça n'est pas empouvoirant, bien au contraire :erf:
 

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