Une vie cachée, le plus beau film de Terrence Malick, à travers les yeux de son actrice principale

Une vie cachée a été projeté au Festival du Cinéma américain de Deauville et sort aujourd'hui en salles. Un film sublime porté notamment par Valerie Pachner, étoile montante du cinéma indépendant. Celle-ci a raconté à Kalindi le tournage du film, lors d’une interview calme et philosophique.

Une vie cachée, le plus beau film de Terrence Malick, à travers les yeux de son actrice principale

Mise à jour du 11 décembre 2019 —

Une vie cachée, le tout nouveau film de Terrence Malick, sort aujourd’hui au cinéma.

L’occasion pour moi de te présenter de nouveau l’ITW de son actrice principale, que j’ai eu la chance de rencontrer en septembre au festival de Deauville, en septembre dernier.

Article initialement publié le 13 septembre 2019 — 

Je suis toujours au Festival du Cinéma américain, dans un Deauville actuellement recouvert d’un brouillard humide, qui ne décourage toutefois pas les festivaliers.

Cette nappe épaisse et blanche apporte une dimension dramatique à la ville, et par extension au festival. C’est tant mieux d’ailleurs, car hier l’ambiance était belle et bien au drame…

Valerie Pachner, star du nouveau Terrence Malick

C’est en effet le tout nouveau film de Terrence Malick qui a été projeté à 19h30, dans le grand cinéma qui fait face à l’océan.

Un décor que le grand Malick aurait sans doute apprécié, en sa qualité d’admirateur de natures vastes. Mais il n’était pas là hier soir, pour défiler aux côtés de son actrice principale sur le tapis rouge.

Laisse-moi te préciser une chose douce lectrice : je suis une fan inconditionnelle de Terrence Malick depuis qu’à 10 ans, j’ai inséré la cassette vidéo de La Ligne rouge dans mon magnétoscope.

Ensuite, j’ai accueilli chacun de ses films avec un cœur inassouvi, même les plus critiqués, même les plus étranges, les plus longs, les plus silencieux, les plus religieux.

Je passerais tout à Terrence Malick parce que son cinéma est celui des émotions, de la générosité et de la spiritualité. Il crée avec grandeur, réalise avec tout son cœur et le résultat est toujours sincère.

Une vie cachée, de quoi ça parle ?

Une vie cachée signe le grand retour de Terrence Malick dans le cœur (souvent sec) des critiques, qui partout l’acclament, depuis sa projection à Cannes.

L’histoire de Franz et Fani, un couple fou amoureux qui a donné naissance à trois petites filles. Leur vie à la ferme est simple et joyeuse, jusqu’au jour où Franz est appelé à s’enrôler sous Hitler.

Mais il refuse de prêter allégeance au dictateur.

Il paiera cette trahison au prix de sa vie, mais demeurera jusqu’au bout un homme libre.

À l’occasion de l’avant-première deauvilloise, j’ai eu l’immense plaisir de rencontrer Valerie Pachner, qui occupe l’écran avec son partenaire August Diehl pendant près de 3h de film.

Passer du temps avec celle qui en a tant passé avec Malick, c’était un vrai bonheur, une belle source d’émotions.

C’est au Normandy, dans une suite aux fenêtres très larges et aux fauteuil de velours froissé, que j’ai pu passer un bon quart-d’heure avec une femme humble, simple et lumineuse.

Le personnage complexe et bouleversant campé par Valerie Pachner

Valerie est de ces humains qui apaisent immédiatement, qui calment n’importe quelle agitation.

Elle s’est assise en face de moi, et c’est tout naturellement que nous avons discuté du rôle qui a changé sa carrière, sa vie.

Je suis partie d’un constat navrant, lui même découlant de It Changes everything, un documentaire que j’avais vu la veille : les femmes ont souvent des rôles de side-kicks au cinéma.

Elles sont les petites amies qu’on largue, des épouses aimantes, des voisines sexy, mais rarement des femmes complexes, nuancées, fortes ou vulnérables.

Certains réalisateurs toutefois, et heureusement, changent la donne.

Dans Une vie cachée, par exemple, Valerie joue certes l’épouse du personnage principal mais Terrence Malick lui laisse une belle place à l’écran, la filme dans toute ses nuances, toute sa complexité.

J’ai donc demandé à Valerie ce qu’elle pensait de la manière dont Malick écrivait, composait et filmait les personnages féminins.

Après un temps de réflexion, elle m’a répondu :

« J’ai beaucoup pensé à la place que mon personnage devait occuper à l’écran. Mon personnage dépend des actions de Franz mais a sa propre place dans le film, sa propre identité indépendamment de lui.

Pendant le tournage, j’ai réalisé que Terry laisse beaucoup de place, beaucoup de liberté, tu peux faire ce que tu veux pour imprégner ta patte, donner ton identité, tes idées au film.

J’ai donc composé mon rôle au-delà du script en notant toutes les idées relatives à mon personnage, pour lui donner encore plus de profondeur, encore plus de moi. »

Et a continué :

« Je me suis demandée : « Qu’est-ce qu’ELLE ressent ? »

Je savais qu’elle ne serait pas juste une épouse dévouée. Je savais qu’elle serait passionnée.

Je voulais que mon personnage et celui d’August soient sur le même niveau. Je ne voulais pas que Fani soit juste dévouée, qu’elle le suive sans réfléchir.

J’ai envoyé mes idées à Terry et il a adoré. C’est donc un travail collaboratif. Dans l’ensemble, je dirais que Terry laisse ses acteurs et actrices mettre un peu d’eux dans leurs personnages. C’est ce que j’ai adoré. »

Et ça se voit à l’écran ! Les comédiens semblent ne jamais jouer, et simplement évoluer au gré de leur inspiration. Ce qui rend le film vraiment saisissant de sincérité.

Valerie Pachner et August Diehl, une entente immédiate

Fani et Franz s’aiment d’un amour inconditionnel, un amour indéfectible qui résiste à leur séparation quand Franz est emprisonné pour trahison. Il fallait que je sache comment on crée une telle connexion à l’écran avec un partenaire que l’on ne connaît pas.

Valerie a souri et m’a répondu avec bonheur :

« Entre August (Diehl NDLR) et moi ça a été immédiat.

Il a été casté en dernier, moi j’avais été choisie depuis longtemps. Et nous avons tout de suite eu une alchimie, une complicité qui a rendu vraiment facile notre travail d’acteurs.

De toute manière, quand je dois jouer l’amour à l’écran, je finis par vraiment aimer les gens avec qui je travaille. Car quand je joue, je donne toute ma vie et je mets sur la table mes sentiments. »

L’implication de Valerie Pachner dans Une vie cachée

Valerie prend tellement son travail au sérieux qu’elle a même tenu à passer du temps dans une ferme avant de commencer à tourner avec Malick pour être sûre de maîtriser son personnage.

« Il fallait que j’aie l’air crédible à l’écran, il fallait que mes gestes soient naturels. Alors j’ai passé beaucoup de temps à me servir des outils de la ferme pour nourrir mon jeu.

Il fallait que je me sente à l’aise, non pas seulement avec les mots que je prononçais et avec les émotions mais aussi avec les gestes difficiles et inconnus que je devais effectuer. »

D’après moi, Une vie cachée est un film sur l’amour fou, sur la spiritualité, la religion, la désobéissance. Valerie m’a donné son point de vue :

« Je pense qu’avant d’être un film sur la désobéissance, Une vie cachée parle du libre-arbitre : du choix que l’on fait de répandre le mien ou le mal autour de nous.

Comme nous disposons du libre-arbitre, nous sommes responsables des actions que nous menons. Et la responsabilité, c’est un thème très puissant du film.

Il faut interroger nos cœurs sur ce qui est juste. Et ensuite, tu as raison, grâce à ce libre-arbitre, on peut choisir de désobéir… ».

Valerie n’a pas cessé de sourire, car parler du film l’anime. Sa passion pour Une vie cachée transparaît dans chacune de ses paroles.

Une vie cachée, un film longuement mûri

D’ailleurs, le film a été tourné il y a 3 ans mais ne sort sur les écrans que cette année. Valerie m’a expliqué pourquoi :

« Ce film a demandé un travail considérable en post-production. Nous avons beaucoup tourné, il y a eu énormément de rushes et surtout Malick voulait prendre le temps de peaufiner le film pour qu’il soit à la hauteur de ses ambitions.

Quand je regarde le résultat aujourd’hui, je sais pourquoi il a pris tant de temps à sortir. J’ai toujours senti que le film avait besoin de temps.

De toute manière, je vais te dire, sur le tournage, et même après, quelque chose a entouré ce film. J’ai eu la sensation tout du long que tout était juste, à sa place, que tout évoluait correctement, dans un sens, avec une vraie intention. Donc je me suis qu’il ne fallait pas se précipiter. »

Et le résultat vaut le coup.

Les presque 3h de film sont magistrales, tant et si bien que l’œuvre a fait la quasi-unanimité hier soir, dans l’immense salle de cinéma qui jouxte la mer.

Au sortir de mon interview, j’avais moi aussi l’impression que tout était à sa place. Car Valerie a ce petit quelque chose qui apaise immédiatement, qui supprime toute énergie négative.

Elle est presque cosmique, à l’image du cinéma de Malick, et aussi solaire en vrai qu’à l’écran.

Alors ne serait-ce que pour elle, fonce voir Une vie cachée le 11 décembre 2019. Et puis aussi pour August Diehl, pour l’histoire vraie de cet homme qui a tout sacrifié pour la justice, et puis pour la caméra de Malick qui capture le tout avec grandeur.

À lire aussi : Quelques pistes pour éradiquer le sexisme, à Hollywood et ailleurs

Kalindi Ramphul

Kalindi Ramphul


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Commentaires

Roonie

Merci pour l'article :)
 

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