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Un teen-movie français qui fait rugir de plaisir ? C’est « Teddy », le film de loup-garou actuellement au cinéma !

Teddy a le crâne rasé, le doigt d’honneur facile, un job qu’il hait et… un destin peu banal ! On a rencontré Anthony Bajon et Christine Gautier, les acteurs du teen-movie horrifique français le plus drôle de l’année, à l’occasion de sa sortie au cinéma.

Mise à jour du 29 juin 2021 par Alix Martineau

Celui qui fait rugir les salles de ciné en ce début juillet au temps breton, c’est Teddy, le loup-garou de Ludovic et Zoran Boukherma.

TEDDY - Bande-annonce officielle - Le 30 juin au cinéma

À l’occasion de la sortie du teen-movie horrifique français éponyme, on m’a invitée dans un merveilleux hôtel parisien, où j’ai rencontré les interprètes de Teddy et Rebecca, les deux personnages principaux : Anthony Bajon et Christine Gautier.

Anthony nous avait déjà époustouflées dans La Prière, Tu mérites un amour et Au nom de la Terre. Mais Teddy s’illustre comme l’occasion parfaite de le voir évoluer dans un registre totalement différent, et de rencontrer par la même occasion Christine Gautier dont c’est le tout premier long-métrage. Mais pas le dernier pour sûr ! On la retrouvera déjà dans le prochain film des frères Boukherma, L’Année du requin, entourée de Marina Foïs et Jean-Pascal Zadi.

Teddy, un projet pop et décalé porté par deux jeunes réalisateurs à suivre

Si Teddy s’amuse à mélanger les genres et à décoller les étiquettes, sa première particularité reste qu’il a été dirigé non par un mais bien par deux jeunes réalisateurs, Ludovic et Zoran Boukherma, deux frères jumeaux.

D’abord timides, les yeux d’Anthony et Christine se sont illuminés quand leur nom a dépassé mes lèvres.

Alix Martineau : J’aimerais vous parler d’abord des frères Boukherma. Qu’est-ce que ça fait de travailler avec un duo de réalisateurs, quelles différences existe-t-il avec un projet porté par une seule personne ?

Christine : Teddy est mon premier film, je n’ai donc jamais travaillé avec un ou une réalisatrice seule. Mais ils sont très impressionnants. Ils sont très coordonnés sur le tournage, ça ne part pas dans tous les sens, on ne reçoit pas deux fois les mêmes infos… Et c’est pratique aussi ! Il y en a toujours un de disponible. Par exemple, l’un donnait des indications à Anthony, l’autre à moi, en même temps. Donc c’est finalement un gain de temps !

Anthony : Je suis d’accord. Quand c’est un réalisateur qui nous dirige, c’est un point de vue unique auquel on propose des variantes. Avec eux, il y a une remise en question perpétuelle, ils intellectualisent tout ce qu’ils voient pour les personnages, pour le décor, pour tout… Et comme c’est deux gros cerveaux, ça va très, très vite. Et ce qui en ressort à l’image est très stylisé, pop et coloré, et pour nous c’est super, parce qu’on sait qu’on peut y aller les yeux fermés.

Christine : Et puis ce qui est marrant, c’est qu’ils approfondissent leurs idées ensemble. Ils s’amusent beaucoup dans le travail, et ils s’alimentent l’un l’autre. Il y en a un qui dit un truc, l’autre va amener son idée encore plus loin.

Anthony : Ils se complètent en fait ! Ils n’ont pas tout à fait la même sensibilité. C’est un travail formidable à faire avec eux.

La figure du loup-garou est récurrente des films d’horreur et des teen-movies ou teen-séries ! On pense à Twilight, Teen Wolf, etc. En quoi trouvez-vous que Teddy allie savamment les deux genres ?

Anthony : Et c’est vrai que les frangins [les frères Boukherma, ndlr] ont été biberonnés à ça, aux films de genre, donc ça fait partie de leur énergie et de leur culture.

Christine : Disons que ça parle d’adolescents, donc c’est forcément vu comme un teen-movie.

Anthony : Et à la fois, on ne peut pas faire ce que font les Américains. Le bal de fin d’année, le bal de promo, chez nous ça ne se passe pas comme ça donc on s’adapte à la culture. Donc ça crée autre chose, ça ouvre d’autres brèches, et ils y introduisent très bien les codes du genre.

C’est quoi la chose la plus difficile en tant qu’acteur quand on doit jouer dans un film à la fois drôle et horrifique, deux genres qui peuvent paraître antinomiques à première vue ?

Anthony : Il faut être premier degré en tout. Il faut croire en tout, être d’une sincérité impeccable, d’être irréprochable dans tout ce qu’on joue. Le gag ne fonctionne que si on y croit, et que si on accepte d’être le dindon de la farce parce qu’on se laisse surprendre, sans devancer la scène.

Teddy, mêle habilement l’horreur et le rire dans sa mise en scène de l’adolescence

Trop américain le teen-movie ? Pas très cocorico le film de genre ? Anthony Bajon et Christine Gautier vous répondront : que nenni.

Les frères Boukherma ont su utiliser le malaise et l’humour à la française, ainsi qu’un décor dans un petit village du Sud pour en faire une allégorie du passage de la puberté à laquelle il est bien plus facile de s’identifier qu’aux basketteurs sous amphét d’High School Musical.

C’est un teen-movie plus naturaliste, moins lisse, plus français finalement ! Et le fait que ça se passe dans Sud, dans un petit village, j’ai l’impression qu’on donne la parole à des personnages qui ne sont pas souvent écoutés, qu’on met d’habitude à l’écart, qui sont parfois exclus de la société. Quel personnage vous a particulièrement touché dans la galerie de Teddy ?

Anthony : Moi le personnage de Pépin [Pépin Lebref, l’oncle de Teddy ndlr] m’a énormément touché. Ce mec un peu candide, souvent exclu de son propre village. L’acteur aussi fait énormément. Ludovic Torrent est un acteur formidable, et d’ailleurs à la base il n’est pas acteur ! Mais il était force de proposition, il était incroyable, il était drôle, touchant… Il me faisait penser à un enfant, avec des réactions très premier degré. Il avait une grande sensibilité. Il apporte énormément à ce film, et à ce personnage.

Et Pépin est le seul qu’on n’a pas cru alors qu’il prédisait l’arrivée du monstre ! En parlant de loup-garou, la mue de Teddy rappelle ce violent passage qu’on vit tous à la puberté, quand on passe d’un corps d’enfant à un corps d’adulte. Comment se sont déroulées les scènes de transformation : les poils qui apparaissent sur la langue et que tu rases, le long poil dans l’œil, l’ongle arraché… Est-ce que tu as été puiser quelque part dans ta propre expérience pour tourner ce genre de scène, Anthony ?

Anthony : J’ai un rapport pas forcément évident avec mon corps. J’ai donc été puiser dans ce truc-là, sans en faire pour autant ma psychanalyse ! Mais j’ai été cherché dans mes propres failles pour construire celles de Teddy, qui étaient déjà bien présentes au scénario.

Quand Teddy mue, il apprend tout sur le tas. Le médecin ne le croit pas, il doit donc faire ses propres recherches sur le mal étrange qui change son corps… Est-ce que vous, il y a des choses sur la puberté que vous auriez aimé ne pas apprendre par vous-mêmes, qu’on vous prévienne qui allaient arriver ?

Anthony : Le truc qui est terrible là-dedans, en comprenant par soi-même et en faisant ses propres recherches, c’est qu’on se dit « Putain, si on me l’avait dit, peut-être que j’aurais pas souffert autant ». Et ça m’aurait évité d’être mal à ce point-là, et permis d’avoir de l’empathie pour moi-même, de pas me juger autant. De ne pas me mettre autant de pression aussi ! J’ai regretté certaines fois que mes potes plus âgés ou mon frère ne me disent pas certaines choses.

Christine : Moi j’ai trois grandes soeurs, et elles m’ont souvent donné des conseils. Mais comme à l’adolescence on a envie de se faire son propre avis, parfois on me l’avait dit, mais j’ai quand même fait l’erreur, et c’est là seulement que je me suis dit qu’elles n’avaient pas tort. Mais c’est comme ça aussi qu’on forge notre caractère.

Après plusieurs reports de dates à cause de Celui-Dont-On-Prononce-Trop-Le-Nom, Teddy est enfin sorti au cinéma. Alors n’hésitez pas à foncer le voir dès ce soir pour soutenir ce projet délicieux et décalé !

La critique de Teddy, le film de loup-garou à ne pas rater

Publié le 29 janvier 2021 par Kalindi Ramphul

Janvier rime avec bonnes résolutions, froid polaire et galette des Rois. Mais janvier rime aussi avec Gérardmer, ce festival de film fantastique qui depuis 28 ans, fait rayonner le genre au-delà de son lac enneigé.

Cette année, pandémie oblige, l’évènement ne se tient pas dans la petite ville des Vosges mais en ligne. L’occasion de découvrir la crème des films de genre sans bouger de son canapé, et notamment Teddy, notre coup de cœur à ce jour.

Teddy — incarné par l’étonnant Anthony Bajon (La prière) — a 19 ans, le crâne rasé, un t-shirt trop grand avec un imprimé dragon sur les épaules. Non-diplômé, vit avec son oncle adoptif et travaille dans un salon de massage, dont la tenancière le harcèle sexuellement.

Sa petite amie Rebecca, issue d’une famille bourgeoise, passe bientôt son bac et se promet à un avenir radieux. Rebecca est très courtisée, notamment par des garçons de prime abord plus attractifs que Teddy.

Alors qu’un loup rôde dans cette région des Pyrénées, décimant les bêtes des paysans sur son passage, Teddy s’apprête à passer un été banal. Mais un soir de pleine lune, il est griffé par une bête inconnue, qu’il essaie de chasser des fourrés.

Blessé au flanc, le jeune homme se soigne mais commence à voir son corps changer petit à petit. Les semaines qui suivent, des poils lui poussent sur la langue, puis il est pris de curieuses pulsions animales…

Réalisé par  Ludovic et Zoran Boukherma, deux frères méconnus du grand public mais néanmoins familiers des festivals où ils avaient brillé grâce au tendre et pas banal Willy 1er, Teddy porte la patte bien peu commune de ses créateurs. Quiconque a vu Willy 1er, fable douce-amère sur un homme de 50 qui quitte ses parents pour vivre dans un village voisin, reconnaîtra en Teddy cet ingrédient spécial qui fait le cinéma des Boukherma.

Teddy, c’est un jeune homme marginalisé par les habitants de sa commune. Méprisé pour sa famille, pour ce qu’il est aussi, pour ses manières, il est présenté dès le début du film comme solitaire, bien que sortant avec une fille mieux pourvue socialement.

La fiction, en compétition officielle de Gérardmer, s’ouvre sur une scène mi-comique, mi-malaisante où Teddy se moque ouvertement d’un homme qui chante La Marseillaise lors d’une inauguration. De toute manière, Teddy se fout de tout et de tout le monde, et le montre en lâchant des doigts d’honneur et des insultes à qui mieux-mieux.

Dès lors, le personnage ne cesse de nous faire osciller entre tendresse et agacement, lui-même hésitant parfois entre plusieurs conduites à adopter.

Teddy, c’est une fable sociale qui se sert du fantastique pour regarder différemment la ruralité — laquelle n’est, heureusement, jamais moquée. Une relecture du mythe du loup-garou qui n’hésite jamais entre grotesque et tragique mais choisit d’allier les deux, au détriment des traditions. Plutôt fort !

Évidemment, en bon OVNI qu’il est, Teddy ne pouvait pas échapper aux scruteurs de pépites. Ainsi, il concourt actuellement au festival fantastique de Gérardmer, qui célèbre actuellement sa 28e édition via un événement 100% en ligne. Avant cela, il avait été nommé à Cannes et avait été projeté au prestigieux festival de Deauville, hors compétition.

Depuis, son titre est partout, des soirées cinéphiles aux grands titres de presse, confirmant le nez creux de la société de distribution The Jokers (qui a notamment distribué en France Parasite). Teddy fait du bien pour l’originalité de son traitement des vicissitudes des marginalisés !

À lire aussi : Kristen Stewart en Lady Di, la transformation plus bluffante que dans « The Crown »

Les Commentaires
1

Avatar de Bleu pastel
1 juillet 2021 à 15h37
Bleu pastel
Franchement c'est à l'air cool. Pour une fois que le perso principal n'est pas un ado de 25 ans ou un gros stéréotype de nerd.
1
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