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« Tous critiques de séries ? », une conférence passionnante sur le rapport public-oeuvres

20 avr 2015
Le festival Séries Mania s’est ouvert vendredi dernier au Forum des Images avec une conférence passionnante : « Tous critiques de séries ? », une analyse des rapports spectateurs-œuvres à l’heure des blogs et des réseaux sociaux.

Vendredi dernier s’ouvrait Séries Mania Saison 6, l’édition 2015 d’un festival sur les séries télévisées. Organisé du 17 au 26 avril au Forum des Images à Paris, il propose des projections, des marathons thématiques, des rencontres avec des scénaristes et créateurs, ainsi que des conférences. J’ai eu l’occasion d’assister à la première conférence de cette édition, intitulée Tous critiques de séries ?.

Animée par Thomas Destouches (responsable éditorial AlloCiné), la table ronde réunissait Aurélia Baranès (Be Magazine), Renan Cros (Cinémateaser, Extérieur nuit et universitaire), Olivier Joyard (critique de séries, réalisateur de documentaires), Carole Lombart (Series addict, so what?), Julia Menez (Les Showrunners), Cédric Melon (Télé Câble Sat’Hebdo) et Marie Turcan (Les Inrockuptibles).

Tous critiques de séries TV ?

« Critique de séries », définition

La première question à se poser, c’est la nature même du critique. Critiquer un livre, un film, ou une série, c’est prolonger l’expérience de spectateur, c’est être une tête chercheuse, un prescripteur. En créant et en lisant des critiques, on met son expérience et sa culture en perspective et on peut transmettre. Il s’agit d’analyser et de partager.

« Critique de séries » à proprement parler n’est pas un métier encadré, au même titre que « chroniqueur cinéma ». Si la chronique littéraire est plus courante et donc plus associée à un « vrai » métier, le critique professionnel se mêle souvent au métier de journaliste, qui définit pourtant au départ un métier de recherche, de profondeur et d’objectivité, contrairement au critique, plus subjectif et personnel.

Le terme « personnel » est d’ailleurs souvent revenu autour de cette table pas du tout ronde, tant les intervenant•e•s viennent d’horizons différents mais perçoivent et pratiquent pourtant la critique d’une façon assez similaire.

L’expérience de la série télévisée est elle-même plus intime, moins solennelle qu’une séance de cinéma : on peut regarder un épisode dans son lit, en pyjama, devant un bol de céréales, à la pause déjeuner, sous la douche, alors qu’on se déplace pour un film : on va le voir avec d’autres gens dans une salle obscure (on oublie le principe du DVD, de la VOD et du téléchargement pour le bien de la définition, merci).

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À lire aussi : Les nouvelles séries de 2015 à ne pas manquer

L’origine d’un phénomène critique

Si les séries existent depuis plusieurs décennies, y compris les sitcoms, le phénomène des sérievores semble avoir une dizaine d’années. Des œuvres comme Lost, Desperate Housewives, How I Met Your Mother, Grey’s Anatomy ont participé à la consécration et la diversité d’un genre trop souvent comparé au cinéma… et parfois en mal.

Les séries télévisées sont pour certain•e•s toujours associées aux soap-operas assez pauvres en terme de réalisation ou de scénario. Mais grâce au renouvellement constant du genre (drama, comédies, fantasy, séries historiques, web-séries, séries participatives…), elles se font progressivement une place au soleil et attirent réalisateurs, scénaristes et acteurs venus du cinéma : elles gagnent en légitimité.

« J’aimerais que les séries vivent pour ce qu’elles sont et pas toujours comparées au cinéma. » — Julia Menez.

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Dans la mesure où l’expérience sérielle est plus personnelle, il est logique que la démarche même de la chroniquer le soit aussi : quand on critique, on parle de soi. Avant d’être présente en magazine, l’analyse de séries est d’ailleurs née sur Internet via les blogs, puis les réseaux sociaux et maintenant de nouvelles formes comme les vidéos ou les critiques participatives. Concrètement, la série offre une forme de critique plus ouverte que pour le cinéma, du fait de son format épisodique et de sa longueur dans le temps. La demande grandit, le métier évolue avec.

Les réseaux sociaux ont constitué une des plus grandes évolutions de la critique de série et du mode de consommation dans son ensemble : le spectateur parle en direct d’un épisode au moment de sa diffusion à la télévision ou de son visionnage en ligne. On réagit à chaud, sans recul, sans réflexion, à l’instinct et au ressenti. En quelques tweets, une série peut se faire une réputation : entre les mains du spectateur, qu’il soit critique ou non, réside le pouvoir de la descendre en flammes ou de lui faire une place au soleil.

Un exemple concret : le dernier épisode de How I Met Your Mother, et de façon générale la dernière saison. Pas du tout convaincante et même carrément décevante pour un grand nombre de spectateurs, elle a carrément dézingué la série entière pour certains. En aurait-il été de même sans les réseaux sociaux sur lesquels le phénomène de déception a pris de l’ampleur en quelques heures seulement et attaqué directement les créateurs de la série ? Peut-être pas.

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D’ailleurs, on ne critique pas de la même manière une série en cours et une série finie. Pour certains intervenants comme Julia Menez des Showrunners, il est plus drôle de traiter une oeuvre en cours et de prendre des paris : ça a un côté prescripteur que le duo dont elle fait partie met en avant dans une section dédiée aux pilotes.

Critiquer un épisode (et de préférence un premier épisode), c’est donner son avis en attendant la suite de la série, c’est être en suspense en tant que spectateur et en tant que critique. Il y a un certain risque, assez grisant, que la série évolue très différemment, en mal ou en bien, et vite.

Comment devient-on critique de séries ?

En regardant des séries.

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Merci capitaine évidence !

Cette réponse semble bien sotte et pourtant c’est le fondement de la critique : il faut une culture importante dans le domaine, afin d’être capable de comparer, de mettre en perspective… de juger, en gros. Et pour ça, une seule solution : regarder, beaucoup, souvent , un peu de tout.

L’autre qualité indispensable du critique, c’est un certain talent pour écrire, composer, s’exprimer : il faut savoir partager son idée sans l’imposer, reconnaître l’objectivité de la possible critique en face et travailler sa propre subjectivité. Certes, la démarche est personnelle, mais elle n’en est pas moins partagée et se doit donc d’être accessible.

Au même titre que pour être critique cinéma, il n’y a pas d’études précises pour devenir critique de séries. Il faut travailler sa culture, bien sûr, puis trouver un angle et une méthode qui convient personnellement. Certain-e-s se lanceront sur un blog, les réseaux sociaux, en vidéo… Ces formes modernes apportent un renouveau au métier de critique qui devient plus journalistique, exerce au sein d’un média ayant une forme d’expression généralisée à ses différents acteurs.

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« Qu’est-ce que je vais bien pouvoir pondre sur le dernier épisode d’Amour, Gloire et Beauté… »

Toutefois, il n’y a pas vraiment de contraintes pour ces journalistes-critiques, dans la mesure où ils expriment quand même leur opinion concernant la série, et pas une voix divine s’exprimant directement au nom du média. La seule différence, c’est l’étiquette de professionnel ou non, laquelle n’était pas reconnue par tous les participants à la table ronde.

En résumé, on n’est pas tous critiques de séries, mais on peut tous le devenir !

Et toi, ça te tenterait d’être critique professionnel•le de séries ? Te sens-tu l’âme d’un•e critique ?

Les Commentaires
4

Avatar de LrCh29
21 mai 2016 à 14h29
LrCh29
Être critique de séries mais aussi de films se serait vraiment un rêve. ^^
Quoi de mieux que de faire de sa passion son métier.
Honte à moi mais je ne connaissais pas du tout Le festival Séries Mania.
Pour cette année c'est trop tard mais l'année prochaine j'espère que je pourrais y aller, ça à l'air cool ! =D
0
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