7 questions pour comprendre cette élection présidentielle américaine pas comme les autres


L'élection du prochain président des États-Unis oppose le président sortant Donald Trump, et le démocrate Joe Biden. Voici de quoi éclairer vos lanternes !

7 questions pour comprendre cette élection présidentielle américaine pas comme les autres

2020, quelle année pour les Américains et Américaines ! Entre la pandémie, les confinements, les manifestions, les polémiques déclenchées par les propos de Donald Trump sur Twitter et en interview, il ne manquait plus qu’une bonne élection pour finir en beauté, n’est-ce pas ?

Sauf qu’avec tout ce qu’on peut lire et entendre, à une vitesse effrénée, s’y retrouver et comprendre quelque chose à ces élections peut vite donner le tournis.

Pour faire simple : c’est le bordel. Voilà, nous y sommes. Mais pourquoi, au fait ? Quels sont les enjeux de ces élections américaines, et pourquoi peuvent-elles aussi impacter le reste du monde, pas seulement le pays concerné ?

Joe Biden et Donald Trump en lice pour la présidence

Commençons par le commencement, si vous le voulez bien.

Joe Biden et Donald Trump, deux sexagénaires blancs, sont en lice pour la course à la Maison-Blanche.

L’un, après 36 années de mandat de sénateur, huit comme vice-président, et deux échecs en tant que candidat à l’élection présidentielle, se dit être le plus à même de battre celui qu’il désigne comme étant « le pire président » de l’histoire du pays.

Le second, que l’on commence à bien connaître au bout de quatre années passées à la tête de la première puissance mondiale, se considère toujours comme un outsider, et a pour slogan franchement populiste « America first » (l’Amérique en premier).

Fragilisé par la pandémie récente de Covid-19 qui a montré ses limites en tant qu’homme d’État, Donald Trump défend bec et ongles sa réélection, ne lâchant rien malgré les tensions et les divisions qui déchirent le pays.

Ce mardi 3 novembre, comme chaque premier mardi de novembre tous les quatre ans, les élections pour désigner le futur président des États-Unis ont lieu, et le résultat risque de faire chauffer la planète toute entière, ou presque. 

Enfin, quand on le connaîtra hein… Parce qu’entre le comptage des votes à distance et ceux en présentiel, les résultats officiels (s’ils ne sont pas en plus contestés par Trump qui balance à tout-va que l’élection est truquée) risquent de prendre un peu de temps.

1. Pourquoi cette présidentielle américaine est plus importante que les autres ?

L’élection surprise de Donald Trump en 2016 a provoqué un véritable gouffre aux États-Unis. En choisissant Trump, ses électeurs ont décidé de voter pour un homme qui ne semble pas faire de différence entre le vrai du faux (et qui adore crier très fort les mots « fake news »), qui s’amuse avec le racisme, encourage les violences, ne prête pas attention à la science, n’hésite pas à s’allier aux dictateurs et à insulter ses alliés.

Mais Trump représente surtout une partie de l’Amérique profonde, une Amérique conservatrice et isolationniste, qui a été laissée de côté par la mondialisation, et qui a été emballée par les promesses faites par celui qui tweete plus vite que son ombre.

Si les électeurs et électrices votent majoritairement pour Joe Biden cette année, il est possible que l’espoir demeure et que l’Amérique n’ait pas définitivement changé pour le pire. La brutalité ne sera plus la grande représentante de la première puissance mondiale… du moins c’est ce qu’espèrent ceux qui ne veulent pas de Trump pour les quatre prochaines années à la tête de leur nation.

2. Que représentent Joe Biden et Donald Trump ?

Donald Trump, c’est le populiste. Il est celui qui porte une casquette rouge et qui fait des petits pas de danse sur scène après ses meetings (non masqués, les meetings).

Il est celui qui ne croit pas à la dangerosité du coronavirus même en voyant le nombre de morts dans son pays grimper de jour en jour, il est celui qui a survécu au Covid-19 finger in the nose, rien ne peut l’atteindre.

Quelque peu prétentieux, et surtout bien à côté de ses pompes. Mais il a aussi été élu pour ça, pour son côté « outsider » qui comprend le vrai peuple américain, et qui prend plaisir à défoncer toutes les réformes mises en place par l’ancien gouvernement. Donald Trump aime voir le monde brûler, c’est son petit côté pyromane.

Joe Biden a, quant à lui, usé ses pantalons jusqu’à l’os sur les bancs du Sénat, il a drop the mic avec Obama pendant huit ans, il connait le job. Il veut restaurer l’Ombamacare qui a pris bien cher sous le gouvernement Trump, et il est plutôt emballé à l’idée d’aider les plus défavorisés. Actuellement en tête dans les sondages, tous les espoirs des démocrates reposent sur lui.

Aujourd’hui, jour des élections, 100 millions de personnes ont déjà voté, un tiers en présentiel et deux tiers par correspondance, ce qui prouve que les Américains et Américaines prennent cette élection très au sérieux. Par comparaison, il y a quatre ans, il y avait eu au total 139 millions de votants, tous votes confondus.

Nous avons demandé à Dolores Bakèla, journaliste et podcastrice dans Du côté de chez Sam sur Nouvelles Écoutes, de nous expliquer en quoi cette élection était très importante pour les États-Unis, mais aussi pour le monde entier.

3. Quels sont les enjeux de cette présidentielle américaine ?

C’est dans un contexte sanitaire, politique, écologique et tout simplement humainement compliqué que les deux candidats républicain et démocrate s’affrontent. Mais quels sont réellement les enjeux de cette élection ?

« Cette élection doit soit entériner quatre années de Donald Trump en lui accordant son dernier mandat, soit permettre de repartir sur une alternance, avec le retour au pouvoir des démocrates grâce à Joe Biden qui avait été le vice-président des années Obama.

Ils sont tous les deux une aile de leur parti respectif, démocrate et républicain, mais certainement pas la tendance générale de ces partis.

Ils sont présidentiables/présidents plutôt vieux, pas toujours nets concernant les questions se rapportant aux femmes, ni les liens de leurs enfants avec leurs affaires. »

Cette élection montrera la route qui sera prise par les États-Unis sur de nombreux sujets sensibles, comme l’économie qui est au plus bas depuis les années 30 à cause de la pandémie par exemple, mais également le traitement des violences policières et des inégalités raciales qui ébranlent le pays.

La façon dont le futur président prendra ses dossiers en main donnera les grandes lignes de la future politique des États-Unis.

4. Ça fonctionne comment, les élections aux États-Unis ?

En France par exemple, nous élisons notre président au suffrage universel direct. C’est-à-dire que nous votons directement pour notre candidat, et celui qui a le plus de voix l’emporte.

Aux États-Unis, ça ne se passe pas comme ça, c’est un scrutin indirect : les citoyens ne votent pas directement pour leur candidats mais pour les « grands électeurs » qui les représentent. Et ce sont ces derniers qui votent ensuite pour le Président, comme nous l’explique Dolores Bakèla :

« C’est l’institution qui élit vraiment le président. Les grands électeurs sont 538 dans tous les États, et il faut que les candidats gagnent 270 de leurs voix pour être élus.

Plus les États sont peuplés, plus on y élit un nombre important de grands électeurs. »

C’est ce qui a empêché Hillary Clinton de devenir Présidente des États-Unis en 2016 : elle avait remporté près de 56 millions de voix, plus que son adversaire, mais n’avait pas assez de votes de la part des grands électeurs. Ces derniers ont donc élu un Président que les citoyens et citoyennes, elles, n’avaient pas choisi.

À chaque élection américaine, on entend dire que les candidats doivent remporter des « États-clés » pour gagner l’élection, comme la Floride il y a quatre ans pour Donald Trump, ou l’État de New York et la Californie pour Hillary Clinton en 2016.

Et cette année, quels sont-ils ?

« Les swing states sont les états dans lesquels les électeurs peuvent être indécis et porter leur vote pour un parti ou un autre. Il y a notamment la Floride, le Wisconsin, le Texas, entre autres. »

5. C’est quoi cette histoire de vote par correspondance ?

Vous l’avez sûrement vu dans l’actualité, beaucoup d’Américains ne se rendent pas aux urnes comme en France, et préfèrent accomplir leur devoir citoyen par correspondance, en envoyant leur bulletin de vote.

Covid-19 oblige, c’est la technique la plus sûre pour ne pas se retrouver agglutiné devant un bureau de vote à faire la queue. Mais pourquoi certains citoyens votent en envoyant leur bulletin, et d’autres non ? Dolores Bakèla éclaire nos lanternes :

« Le vote anticipé par correspondance permet aux Américains de voir leur vote pris en compte s’ils ne peuvent pas se déplacer pour aller voter le jour de l’élection — un jour en semaine, où, selon les États, il n’est pas forcément évident pour tout le monde de voter, à cause du travail entre autres.

Même si des dysfonctionnements peuvent être observés, le vote par correspondance est très plébiscité cette année, du fait du Covid notamment. »

Mais ce vote à distance n’est pas accepté par tous les États : dans certains d’entre eux, les électeurs qui veulent envoyer leur vote doivent en faire spécifiquement la demande. Selon neuf États dont le Texas par exemple, la crainte d’attraper le coronavirus n’est pas considérée comme une excuse suffisante pour les moins de 65 ans qui auraient voulu par correspondance.

6. Comment analyser les résultats de cette présidentielle américaine ?

Concrètement, qu’est ce qui va se passer si Joe Biden est élu ? Et à quoi doit-on se préparer si Donald Trump rempile pour quatre années supplémentaires ? Selon Dolores Bakèla :

« Si Joe Biden est élu, je pense que ce sera un soulagement pour toutes les forces “progressistes” du pays. On peut également espérer le retour du plus haut niveau de l’État, le retour du respect et la canalisation des excès, notamment verbaux, du président actuel.

Dans tous les cas le pays est polarisé, et donc la situation va être très compliquée. »

Comment se fait-il que certaines villes se préparent à des débordements, avec des barricades comme à Washington notamment ?

« Parce que Donald Trump l’a dit : il n’acceptera pas de perdre. Il a largement laissé les milices d’extrême-droite s’organiser. Les résultats seront explosifs. »

Grosse ambiance.

7. Quand est-ce que les États-Unis auront un nouveau président ?

La finalisation de cette élection risque de prendre du temps et les résultats officiels ne seront pas connus avant plusieurs jours, voire plus en fonction de la contestation d’un des perdants. Mais alors, à partir de quel moment le nouveau président pourra-t-il commencer à s’atteler à la tâche, ou reprendre ce qu’il avait déjà commencé dans le cas d’une réélection ?

Pas avant le 20 janvier 2021, lors de ce que les Américains nomment l’« Inauguration Day ». Ce jour-là, jour de l’investiture officielle du nouveau président élu, ce dernier devra prêter serment main sur la Bible ou le code civil et dire ces mots :

« Je jure solennellement que j’exécuterai loyalement la charge de président des États-Unis, et que du mieux de mes capacités, je préserverai, protégerai et défendrai la Constitution des États-Unis. »

Après ce moment, hop roulez jeunesse, c’est parti sur la ride de la présidence, pour le meilleur ou pour le pire.

Quel que soit le résultat de cette élection, le monde entier en sera impacté, positivement ou négativement. Les États-Unis sont une grande puissance, et leur influence n’est plus à démontrer… Que se passera-t-il d’un point de vue écologique par exemple, si Trump est réélu ? Quelles seront les décisions prises pour l’ordre mondial ? Vivement que ce suspense cesse.

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Commentaires

Chandernagor

LE truc qui se profile depuis des mois, c'est Trump qui pousse à l'insurrection armée en cas de défaite. Ça fait un moment qu'il envoie des signaux en ce sens à sa base électorale (notamment à certains groupuscules d'extrême droite), il y a déjà eu des incidents (par exemple le week-end précédent les élections avec l'agression d'un bus transportant des pro-Biden) et là il prévoit d'organiser des meetings pour contester les résultats. Vu la propension de son électorat à sortir armé, ça sent les débordements à plein nez.
D'ailleurs j'ai halluciné de voir les images de militants des deux camps se faire face, tous munis d'armes. Ça en dit long sur le climat qui règne là-bas.
 

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