Live now
Live now
Masquer
pere-aventurier-temoignage
Témoignages

Mon Papa était un vieil aventurier, et il nous a quittées

13 juin 2019 7
Il y a 7 ans, pour la Fête des Pères, Mrs Rager racontait la vie incroyable de son père aventurier. Aujourd’hui il est décédé, et elle a tenu à lui adresser un dernier message.
Rendez-vous à la fin de l’article pour découvrir le message de Mrs Rager après le décès de son père.

Mon père est un aventurier

Le 12 juin 2012

Je ne sais pas si cela a influencé la relation que j’ai avec mon père, mais pour comprendre un peu plus le lien étrange que nous avons, vous devriez peut-être savoir qu’il n’a pas l’âge moyen d’un père « normal ».

Je suis née l’année de ses 58 ans (j’entends déjà les cris d’épouvante) au fin fond du Burundi, en Afrique centrale.

Mon père s’appelle Indiana Jones

Mon père est né en Hongrie en 1936 et a vécu énormément d’aventures.

Lors de l’insurrection de Budapest en 1956, il a fui le pays avec sa fiancée et est arrivé en Belgique complètement perdu, avec 2 francs en poche et pas de carte d’identité.

Incapable de parler français, il a tout de même entamé des études de médecine, épousé sa fiancée au passage et a finalement décroché un poste de médecin généraliste au Tchad.

Il a vécu pendant près de 40 ans un peu partout en Afrique, a chassé de l’éléphant, du lion, du zèbre, du crocodile, du léopard.

Il a écrit deux romans, eu quelques femmes (et enfants) et est désormais l’un des médecins les plus respectés d’Afrique pour toutes les femmes qu’il a sauvées pendant des accouchements.

Pas un jour ne passe sans qu’il ne me raconte l’une de ses aventures, toutes plus rocambolesques les unes que les autres, parfois incroyables mais toujours réelles…

Il m’explique à quel point il adorait être médecin-chirurgien, à quel point il aimait l’Afrique et quelle chance il a d’être encore vivant après tous les périples suicidaires qu’il a pu faire.

Il m’a appris à gérer ma peur, à me rendre compte qu’il est inutile de pleurer quand on a un bobo (que l’on pleure ou pas, ça ne change rien à la situation en fin de compte) et à faire des blagues aux animaux (surtout aux chats).

Il m’a appris l’anglais, les échecs et l’opéra italien.

Les autres papas et le mien

En observant la relation qu’ont mes amies avec leur père, je me rends compte que celle que j’entretiens avec le mien est totalement différente.

Je les vois embrasser leur père sur la joue, lui faire des câlins ou encore (quand elles étaient petites) s’asseoir sur ses genoux pour jouer.

J’embrasse très rarement mon père, même sur la joue, uniquement lors de grands départs et à la limite à Noël ou pour mon anniversaire.

Je ressens énormément de gêne à établir un contact physique avec lui alors que c’est totalement différent avec ma mère. Je n’ai jamais parlé de cette « différence » avec mon père, mais j’ai l’intime conviction que c’est réciproque.

J’ai également très peur de le décevoir ou de le contrarier. Je n’ai jamais eu aucune fessée ni gifle de sa part, mais l’idée même d’arriver en retard quand j’avais juré de rentrer d’une fête à telle heure me fait frissonner.

Le cancer de mon père et notre relation

La relation entre mon père et moi a quelque peu changé depuis un an.

J’avais tendance à le considérer comme un sage avec lequel il ne fallait pas rire (sauf si un chat était dans les parages) et avec qui discuter de problèmes sérieux et surtout pas enfantins.

Mais depuis 2011, lorsqu’il a appris qu’il avait un cancer de la prostate, nous avons commencé à discuter de sujets plus légers, à regarder la télévision ensemble et surtout à rire.

Nous sommes beaucoup plus proches qu’il y a un an, ce qui me fait énormément plaisir et en même temps me désole terriblement. Lorsque nous recevons les résultats d’analyse, j’ai toujours peur d’avoir une mauvaise nouvelle.

Chaque jour, lorsque je quitte le domicile pour le lycée sans voir mon père, j’ai toujours peur de revenir à 16 heures pour découvrir son corps froid dans sa chambre.

Je pense souvent au futur, lorsqu’il mourra, lorsque je devrai m’occuper des papiers administratifs à sa place, lorsque l’on ne me racontera plus d’histoires extraordinaires…

J’ai toujours un pincement au cœur quand on attrape un fou rire, parce qu’au fond de moi j’ai peur que ce soit la dernière fois.

Parfois je lui en veux d’être si vieux et de me faire subir des craintes que je ne devrais avoir qu’à 30 ou 40 ans, alors que je n’en n’ai que 17, mais un père reste un père, quel que soit l’âge qu’il a, qu’il soit sain ou malade.

Et le mien c’est bien le meilleur de tous.

Mise à jour, 7 ans plus tard

Mise à jour du 13 juin 2019

Mon père était un aventurier.

Il est parti il y a deux mois. Après huit ans de radiothérapie, d’immunothérapie, de prélèvements, d’injections, il a décidé qu’il en avait assez.

Il avait accompli tout ce dont il rêvait.

Grâce à lui, j’ai appris l’anglais, les échecs, l’opéra italien. Il m’avait appris à accepter les erreurs, à assumer mes décisions. Comme lui les avait assumées avant.

Mon père est parti, et je lui dis merci

Il est mort dans ma chambre d’ado, entouré de sa famille. J’ai vu son corps froid, apaisé. J’ai vu sa mâchoire s’affaisser, sa peau pâlir.

Je lui ai parlé jusqu’à ce que les pompes funèbres viennent récupérer son corps. Je lui ai dit merci, merci pour tout, pour la sagesse, les histoires, les rires, les sermons.

Merci pour les journées à la bibliothèque, les midis-pizza, les excuses à la con pour ne pas faire la vaisselle (« c’est contre-indiqué pour les cancéreux »).

Merci de m’avoir accompagnée chaque semaine au cours d’escalade et d’avoir poireauté au bar pendant DEUX HEURES le temps que je fasse le singe.

J’ai ri avec lui jusqu’à sa mort.

La dernière fois que nous avons parlé, il était affaibli, dans son lit, un tuyau d’oxygène logé dans son nez. Il m’a réclamé une cigarette qu’il a fumée dans son lit, trop heureux d’enfin empester l’intérieur de l’appartement.

J’ai ri avec lui après sa mort. À l’arrivée des pompes funèbres, le croque-mort s’est retrouvé dans le local poubelles, croyant ouvrir la porte de l’ascenseur…

Mon père est parti. C’est triste, mais c’est comme ça.

De lui restent les souvenirs des moments passés ensemble, beaucoup de rires, et la fierté immense d’avoir vécu auprès de lui.

À lire aussi : Mon père, que je n’oublierai jamais — Témoignage

Témoignez sur Madmoizelle

Pour témoigner sur Madmoizelle, écrivez-nous à :
[email protected]
On a hâte de vous lire !

Les Commentaires
7

Avatar de Stacha
11 juin 2013 à 21h43
Stacha
Pwaaa. Ca m'a mis les larmes aux yeux.
J'ai peur de ne pas me rendre compte à quelle point j'aime mes parents et mon papa, alors que je ne lui montre que trop peu.
Merci pour ce beau témoignage
1
Voir les 7 commentaires

Plus de contenus Témoignages

Un couple de femmes face à face
Témoignages

Journal de bord d’une PMA, épisode 2 : « À partir de maintenant, la stimulation ovarienne peut commencer »

Aïda Djoupa

30 nov 2022

2
Sexo
Sponsorisé

Quatre choses à savoir sur les orgasmes multiples

Humanoid Native
destinations
Témoignages

10 lectrices partagent le meilleur conseil de psy de leur vie

Aïda Djoupa

27 nov 2022

Anais Z / Les petits portraits / C stane
Témoignages

J’ai été victime de violences conjugales, et je me suis réapproprié mon histoire par la photographie

Aïda Djoupa

25 nov 2022

3
Kevin Wolf Unsplash
Règlement de comptes

Marine, 2 257€ par mois : « Pour les courses, je fais les poubelles »

Aïda Djoupa

24 nov 2022

51
Karolina Gabrowska / pexels
Témoignages

J’ai fait un AVC à 21 ans, très certainement à cause du tabac et de la pilule

Aïda Djoupa

23 nov 2022

4
Mikotoraw / Pexels
Témoignages

Mon mec m’a trompée, et tout le monde m’a encouragée à le pardonner

Aïda Djoupa

19 nov 2022

30
Sharon Christina / unsplash
Témoignages

Mon woofing en Norvège qui a tourné au cauchemar

Aïda Djoupa

18 nov 2022

7
Jeffery Erhunse / Unsplash
Règlement de comptes

Aimée, 2 422€ par mois : « Je donne de l’argent à ma mère pour qu’elle se fasse plaisir »

Aïda Djoupa

17 nov 2022

14
rendez-vous-romantique-temoignage
Témoignages

Ce rendez-vous inattendu qui m’a réconciliée avec le romantisme

Une madmoiZelle

13 nov 2022

12
Chad Madden / Unsplash
Règlement de comptes

Cynthia, 2 044 € par mois en Angleterre : « Avec l’inflation à 9,4 %, j’ai réduit tout ce que je pouvais »

Aïda Djoupa

10 nov 2022

14

Témoignages