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Culture Web

Une agence de pub customise des pancartes de SDF et fait un bad buzz

17 avr 2012
En customisant les pancartes de 18 SDF, l’agence de pub et de communication Ogilvy commence à faire un petit bad buzz.

Depuis hier, une vidéo tourne sur les réseaux sociaux et ne reçoit pas un excellent écho.

sdf ogilvy

Le groupe de communication Ogilvy a décidé d’exploiter un filon sur lequel aucune agence de pub ne s’était penché : les 8000 sans-abri qui vivent dans Paris. Sans dépenser un euro, comme les employés de l’agence aiment à le préciser, une équipe est allée discuter avec des SDF et a customisé leur pancarte dans le but de créer une interaction entre eux et les autres parisiens avant d’en faire une petite vidéo.

http://www.youtube.com/watch?v=PWJQoHl_LwE&context=C4e97235ADvjVQa1PpcFOsjoACNh2GCkDiXRqKhcTiyJeBf_iq9C4=

Le spot se divise en trois parties ; dans la première, un SDF revient sur son parcours et sur le fait qu’il n’a plus de rêves. La caméra s’attarde sur son visage, sur ses yeux, sur ses chaussures trouées et sur Paris. Il s’exprime en français et ses paroles sont traduites en anglais. La musique, toute en douceur, en piano et en voix aérienne, colle bien aux images. Survient ensuite une voix-off dans la langue de Jersey Shore ; on remarque alors qu’il n’y a pas de sous-titres en français. Pourquoi ? C’est là qu’on comprend que la campagne ne nous est probablement pas destinée, à nous, cyniques Français que nous sommes. Cette voix-off fait état de la situation, en expliquant que 8000 personnes n’ont pas de domicile fixe à Paris, que quelque chose doit être fait pour que les gens décident enfin de les aider. Elle explique que si certaines agences de communication ont travaillé en collaboration avec des associations de sans-abri, aucune n’a travaillé directement avec des SDF. Aucune, sauf Ogilvy, peut-on comprendre entre les lignes avant de lire « Nous sommes heureux d’annoncer 18 nouveaux clients » avec une typo enfantine.

La musique larmoyante est alors remplacée par un morceau d’électro péchu pour signifier que les créatifs se sortent les doigts pour travailler sur la customisation des pancartes des 18 nouveaux clients en question. Les créatifs commencent alors à donner des coups de cutter ; les fentes laissées permettront alors de former des objets (une tasse de café, un toit, un coeur…) avec les pièces qui y seront glissées, ce que s’empressent de faire quelques Parisiens. La conclusion de la vidéo est la suivante :

« Sans dépenser un euro, nous avons permis à Michel de manger une pizza, à Bernard de boire un café, à Paul de sourire, à Robert de prendre une douche… 18 clients ont été aidés pour l’instant. Bientôt, ils seront des milliers. Cette fois, le résultat ne sera pas en terme de millions de vues, de milliers de partages ou de couverture médiatique. C’est une question de véritable partage. »

J’aimerais très sincèrement croire à cette dernière phrase, mais j’ai bien l’impression que cette campagne n’a pour but que de faire de la pub pour l’agence de communication. Et pour cause :

  • En ayant fait cette vidéo en anglais, Ogilvy nous laisse penser que, contrairement à ce qui est dit à la fin de la vidéo, le but est de toucher un public le plus large possible,
  • Voyez-vous réellement une volonté de sensibiliser les gens à la cause des SDF ou, comme l’agence le précise dans le spot, de créer une interaction entre les passants et les individus vivant dans la rue ? Personnellement, j’ai beau chercher, je ne trouve pas : ils ont de plus jolis cartons, ok, et alors ? Au niveau de la forme, c’est novateur. Au niveau du fond, en revanche, c’est du déjà-vu et ça fleure bon l’envie d’étaler les bons sentiments d’Ogilvy à la face du monde, comme si le groupe nous disait « nous, on n’est pas une agence comme les autres. Nous, on fait dans l’humain, aussi. Venez contracter avec nous tellement on a le swagg, tellement on est jeunes, hype et concernés par le monde qui nous entoure. » C’est d’un cynisme…

En conséquence de quoi j’ai personnellement l’impression d’une instrumentalisation des sans-abri au profit de l’image d’une agence de pub (mais peut-être que non ; peut-être que la cynique, c’est moi).

Certes, il faut aider les sans-abri, chacun à son petit niveau. Certes, il est anormal que les inégalités sociales créent un gouffre entre les individus. Et j’aurais trouvé l’initiative très sympa si elle n’avait pas fait l’objet d’une campagne de pub diffusée sur le Web par une agence de communication. Le problème, pour moi, c’est que la médiatisation des bonnes actions me reste toujours un peu en travers de la gorge (est-ce que je vais me filmer en train de déposer des vivres dans les caddies de la banque alimentaire avec mes fringues couvertes de stickers MadmoiZelle ? Non. Bon).

Face aux réactions négatives dont la campagne fit l’objet, Ogilvy a souhaité s’exprimer sur ce bad buzz. Il semblerait que leur initiative soit partie d’une bonne intention, après l’installation d’un SDF devant le bureau de l’agence, avec qui les employés ont commencé à échanger. Ils expliquent également la raison de la diffusion de la vidéo :

« Notre démarche restait cantonnée à une échelle minuscule, alors on s’est dit qu’il fallait raconter l’histoire, poster la vidéo sur Internet pour que toutes les agences, que chaque créatif trouve lui aussi une petite idée pour aider rien qu’un peu avec ce qu’il sait faire… Pour cela, on a pensé que l’anglais était le seul moyen d’avoir une chance de toucher largement ces agences.

On a avait même prévu de lancer dans quelques jours un site très simple qui permette à des créatifs dans le monde de rejoindre le mouvement. »

Pour lire la réponse d’Ogilvy, c’est ici.

Et toi, t’en penses quoi ?

Les Commentaires
12

Avatar de Happyland
28 avril 2012 à 18h47
Happyland
Bon et bien je suis comme une partie des madmoizelles ici, je ne vois pas où est le mal.
Bien sûr je comprend que l'idée de se faire de la thune sur le dos de ceux qui n'ont rien est répugnant, que c'est toujours ce même principe de se faire bien voir en faisant une bonne action, mais attention, avec les caméras derrière et l'approbation de la population qui en sera témoin.
Bien sûr tout ça c'est vrai, et on le sait, et au niveau de la mentalité, il y aurait beaucoup à redire.
Mais j'en ai aussi marre que l'on soit tous là à cultiver le pessimisme, à crier à la manipulation chaque fois qu'une bonne action est faite, on se méfie de tout et on voit le mal partout, seulement je trouve qu'il y a aussi un côté positif à voir la dedans, et moi j'adhère plutôt...
En fait je me fiche un peu de l'action de l'agence en elle-même, mais c'est l'image qu'ils font circuler et le message qui l'accompagne que je trouve bien. Personnellement, ça me donne davantage envie d'aider les sans abris que je croise sur le chemin de la fac chaque matin, simplement parce que je constate là les sourires de chacun et l'accueil qu'ils font à cette "aide". Bien sûr j'aurais dû y penser avant, et à vrai dire je l'ai fait, mais toujours en craignant de me faire rejeter, agresser, mal voir parce qu'il y a définitivement un écart entre leur monde et le notre, un écart que la société se plait à creuser (et pour une fois, ici, c'est le contraire). Et donner trois euros ridicules quand j'en ai cent fois plus sur mon compte, ça pu.
Oui mais c'est déjà ça, et si on fait tous un geste, qu'on arrête de tout calculer, de tout juger, et de réfléchir au sens de ce que l'on fait au lieu d'agir, ça comptera beaucoup. Et le message final est important pour moi. "It's about real sharing"
Je sais pas si je suis très claire..
En gros peu importe leur intention cachée, cette vidéo est belle et me donne de l'espoir et l'envie d'aider, elle montre qu'il suffit de peu de choses, et je trouve ça simple mais bien.
Et j'ai pas tellement envie de tout gâcher en allant chercher, encore et encore, les côtés pourris du capitalisme, de la communication, du mensonge, de la manipulation. Ça me gave..​
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