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L’ex-bébé tout nu de Nirvana porte plainte pour « exploitation sexuelle » et « pornographie infantile »

Spencer Elden, qui apparaissait bébé sur la couverture de l’album mythique Nevermind de Nirvana, a déposé plainte contre le groupe et les membres du label, dénonçant les conditions opaques dans lesquelles la photographie a été réalisée et les effets d’une telle exposition sur sa vie actuelle. 

Il y a trente ans déjà sortait le mythique album Nevermind de Nirvana. « Le groupe n’était dans le radar de personne à cette époque », se souvenait en 2019 pour le Guardian le photographe à l’origine de la couverture mythique du disque : un bébé totalement nu, immergé dans une piscine, à la poursuite d’un billet de dollar accroché à un hameçon. 

Le modèle en question, Spencer Elden, âgé de 30 ans désormais, vient de porter plainte pour « pornographie infantile » et « exploitation sexuelle d’enfant » contre les membres du groupe, les héritiers de Kurt Cobain ainsi que le label musical. 

Il réclame 150.000$ (soit 130.000€) aux 17 personnes visées par la plainte — bien loin des 200$ que ses parents ont reçus il y a trente ans…

Les coulisses d’une photo culte

Spencer Elden n’était âgé que de quatre mois lorsque la photo prise par l’artiste Kirk Weedle a été capturée avant de devenir la couverture de l’album contenant le titre Smells Like Teen Spirit devenu un succès planétaire vendu à plus de 30 millions d’exemplaires depuis sa sortie.  

D’après le magazine The Wrap, la photo originelle montrait simplement Spencer Elden, nu dans une piscine. L’hameçon et le billet ont été rajoutés numériquement par la suite. Décrite comme une critique du capitalisme, la couverture de l’album était censée contenir un autocollant « Si vous êtes offensé par ça, vous êtes pédophile » venant couvrir les parties génitales du modèle, mais cet ajout n’a jamais été effectué. 

« Je savais que j’avais la bonne prise », s’est souvenu de son côté l’auteur de la photographie, qui a cependant douté : 

« Mais quand je l’ai regardé de plus près, j’ai eu un doute. Je me suis dit : “mec, c’est une photo de pénis” ! L’appareil génital est tellement prédominant sur ce cliché […] Je ne savais pas si le label serait partant. »

Pour ce projet artistique au budget humble au profit d’un groupe alors inconnu, le photographe a confié s’être tourné vers un groupe d’amis, tout juste devenus parents, sans préciser si ces derniers étaient au courant de l’usage que serait fait de la photo.

« Ni Spencer ni ses tuteurs légaux n’ont jamais signé de décharge autorisant l’utilisation d’images de lui ou de son portrait, et certainement pas de pornographie juvénile commerciale le représentant », déclare l’avocat du modèle.

Spencer Elden pose avec l’album de Nevermind, 25 ans plus tard

Une égérie de papier glacé qui peine à faire entendre sa voix

De fait, Spencer Elden n’a jamais touché d’argent pour l’exploitation de cette photo, hormis les 200$ initiaux.

« Toutes les personnes impliquées dans l’album ont des tonnes et des tonnes d’argent. J’ai l’impression d’être la dernière miette restante du grunge », avait-il confié au Time en 2016 . 

Dans ce même entretien, le jeune homme avait évoqué son rapport perturbé à la célébrité et évoqué déjà sa volonté de se tourner vers le droit.

« Je me suis juste réveillé en faisant déjà partie de cet énorme projet. C’est assez difficile à vivre — j’ai l’impression d’être célèbre pour rien […] Quand je vais voir un match de baseball, je me dis “Mec, tout le monde dans ce stade a probablement vu ton pénis”. J’ai l’impression qu’une partie de mes droits humains a été révoquée. » 

La plainte de Spencer promet d’être un épineux combat judiciaire, entre droit à l’image, consentement, démarche artistique et projet commercial. Mais avant même d’aboutir, elle pose d’intéressantes questions sur notre rapport aux œuvres avec lesquelles on grandit et la nécessité de se demander dans quelles conditions elles ont été produites.

À lire aussi : La robe du rappeur Kid Cudi en hommage à Kurt Cobain parle autant de masculinités que de santé mentale

Les Commentaires
31

Avatar de Mayushi
27 août 2021 à 11h53
Mayushi
Je ne comprends pas trop pourquoi tout le monde parle de "droit à l'image" en utilisant le terme dans un contexte où il ne s'applique pas. Le droit à l'image "à la française" est une spécificité de notre pays et n'est pas du tout le même dans le monde Anglo-Saxon et sa common law. Le terme lui même n'existe même pas. Il y a un right of privacy et un right of publicity.
Si une photo est prise avec consentement et qu'un contrat est signé pour céder les droits sur ce cliché alors je vois difficilement comment il est possible de demander quoi que ce soit à ce titre via la justice. Même si le contrat de base était pour une somme dérisoire, un contrat existe et tant qu'il y a pas de démonstration d'une infraction rendant le contrat nul (par exemple une contrainte pour faire signer les parents, voir une signature falsifiée) alors c'est "tant pis" pour les parents et l'enfant. Demander des royalties même si cela est moralement légitime n'a juste aucune chance d'aboutir légalement.
On peut discuter de la moralité de l'exploitation de l'image des mineur.e.s à des fins commerciales que cela soit dans la publicité, les films, les réseaux sociaux j'en passe mais c'est un tout autre débat. Je trouve personnellement que l'encadrement est encore bien trop insuffisant, que les textes ne sont pas assez restrictifs et laissent bien trop de marge de manoeuvre aux parents ainsi qu'aux magistrats interprétant les textes. En France le texte principal c'est 2 lignes et il existe depuis presque 200 ans... (même si légèrement modifié depuis, sa dernière version a plus de 50 ans...)
Pour les revenus des mineur.e.s les lois varient d'États en États mais en Californie par exemple chaque dollar gagné par une personne mineure reste désormais sa propriété exclusive (la loi est récente suite à de nombreuses affaires d'abus de parents), et 15% des revenus sont prélevés "à la source" et bloqués sur un compte utilisable une fois que la personne atteint la majorité.
(Au passage cette photo pose toujours des soucis avec les algorithmes de détection de pédopornographie qui la considère toujours problématique et vont systématiquement la signaler. Même s'il est possible d'ajouter des exceptions "à la main" personne ne le fait par peur de créer une brèche exploitable par des pédocriminels.)
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