La tendance du maquillage « no-make up » mérite-t-elle tant de haine ?

Croyez-le ou non, faire semblant d'être « belle naturellement », ça ne plaît pas à tout le monde. Réflexion sur le débat autour de la tendance du no-make up.

make up no make up

Voilà plusieurs mois qu’on ne voit plus que ça sur tous les visages et dans toutes les sorties de produits : le maquillage « no-make up » est sans conteste LA grosse tendance de l’année… Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle ne fait pas l’unanimité.

Le « no-make up », être maquillée incognito

Pour ceux et celles qui ne suivent pas au fond de la classe, le no-make up, contrairement à ce que son nom indique, implique bel et bien du maquillage.

Mais un maquillage pensé, justement, pour ne pas paraître maquillée.

De manière générale, il se caractérise souvent par un teint bien travaillé et glowy tout en restant léger, des yeux ourlés d’un peu de mascara, des sourcils structurés mais naturels et des lèvres dont la couleur a légèrement été rehaussée.

En somme, un look que beaucoup adoptent sans même savoir que cette tendance porte un nom.

Après des années de contouring extrême, de teint ultra chargé et de fards à paupières multicolores, le maquillage plus discret revient à la charge, en particulier dans le monde de la beauté sur Internet qui est toujours le premier à démocratiser les tendances.

Youtubeuses beauté, influenceuses et même marques de cosmétiques, tout le monde semble converger vers cette mode du no-make up.

La tendance du no-make up, le retour de la confiance en soi ?

Celle-ci émerge de façon assez logique à un moment où de nombreuses caractéristiques physiques (cellulite, acné, vergetures, cernes, poils), longtemps considérées comme des défauts, sont aujourd’hui normalisées et célébrées.

Et alors que les tendances make up des années 2010 consistaient davantage à modifier l’apparence du visage (contouring, sourcils carrés, contour des lèvres exagéré), beaucoup de personnes se sentent désormais plus à l’aise avec le fait de moins se maquiller.

En cause (entre autres), le mouvement bodypositive qui, malgré ses dérives, a permis à de nombreux individus (le plus souvent des femmes) d’outrepasser leurs complexes et d’embrasser leurs « imperfections » qui n’en sont finalement pas vraiment.

Peu étonnant, donc, que les tendances liées au maquillage finissent elles aussi par évoluer dans le même sens : le fond de teint se fait plus transparent, les brillances naturelles de visage sont valorisées voire accentuées, comme en témoignent la tendance du « glass skin » ou « dolphin skin ».

Par ailleurs, c’est un type de maquillage qui a l’avantage d’être relativement accessible aux débutants, contrairement à d’autres tendances bien plus complexes à réaliser qui peuvent être intimidantes.

C’est un aspect sur lequel de plus en plus de marques cherchent à s’appuyer, notamment Glossier qui est LA référence du no-make up avec ses produits pratiques, discrets et faciles à utiliser.

Je pense aussi à Nudestix, Morphe 2, Florence by Mills… et plein d’autres qui poussent comme des champignons ces derniers temps !

Le maquillage no-make up fait polémique

Pourtant, alors que cette tendance pourrait en être une parmi tant d’autres, celle-ci semble faire débat. Du côté de certaines personnes sensibilisées au féminisme, en particulier, le no-make up n’est pas très bien vu.

Considéré comme une énorme arnaque, le fait de se maquiller pour prétendre être naturellement fraîche et pimpante façon « I woke up like this » est souvent critiqué parce qu’il se plie aux normes du patriarcat sans l’assumer pleinement.

Et en raison même de cet aspect indétectable, il renvoie une fois de plus aux femmes une image idéalisée de « beauté naturelle » à atteindre, qui ne fait qu’attiser leurs complexes au lieu de les en affranchir.

Quitte à oser être moins maquillée, pourquoi ne pas aller au bout des choses et abandonner complètement le maquillage ?

Assumer son visage nu, un truc de riche ?

Le problème, c’est que s’en passer totalement, c’est aussi accepter sa peau telle qu’elle est, avec tous les défauts que la société lui trouve.

Or, là encore, ça n’est pas aussi simple que cela.

Un article du Monde publié en 2019 analyse avec beaucoup de justesse le marqueur de richesse qui se cache derrière l’importance accordée au fait d’avoir une belle peau lisse et glowy.

Les hashtags #yogaskin et #healthyglow ne détrompent pas, tout comme l’émergence en masse de marques de compléments alimentaires qui prône la beauté « in and out » : aujourd’hui, avoir une jolie peau lumineuse et sans imperfections, c’est aussi afficher un mode de vie sain.

C’est faire du sport, méditer, manger équilibré, bien dormir et boire beaucoup d’eau, pour être bien dans son corps ET dans sa tête. Rien que ça.

Quand on ajoute à tout ça une routine skincare en 8 étapes qui coûte un bras, on comprend vite qu’avoir une belle peau, c’est aussi et surtout une affaire de riche.

Et alors que tout le monde ne peut pas se permettre cette « beauté naturelle », le maquillage no-make up, lui, apparaît comme une alternative plus cheap à ce mode de vie sain (lui aussi idéalisé) qui coûte cher.

La légitimité du maquillage, une question féministe

Finalement, au-delà du fait d’assumer ou non sa peau nue, la question qui anime principalement le débat au sujet du no-make up, c’est encore et toujours celle de l’intention qu’y mettent les femmes qui se maquillent.

Pourquoi se maquillent-t-elles réellement si ce n’est pour se conformer aux normes de la société et au regard masculin ?

Notons tout de même, dans le cas où cette idée serait avérée, la perte de temps et d’énergie que cela représenterait de se maquiller dans le seul but d’impressionner des hommes qui ne voient même pas la différence.

Et quoi qu’il en soit, pourquoi est-ce qu’on ne pourrait pas se maquiller pour soi ?

Le fait est que le patriarcat valorise le physique des femmes et les pousse à se maquiller, tout en les ridiculisant si elles le font trop (ou pas assez).

Le make up est vu comme futile et vain, mais pourtant, les femmes qui se maquillent sont vues comme plus professionnelles et sont statistiquement mieux payées (20% de plus en moyenne), comme le démontre l’étude Gender and the returns to attractiveness dans la revue Research in Social Stratification and Mobility.

Logique, donc, qu’elles finissent par s’y plier si elles souhaitent évoluer socialement et financièrement.

De la même façon qu’on ne vit pas en pyjama, qu’on se rend chez le coiffeur régulièrement et qu’on achète un nouveau portable tous les deux ans, certaines femmes se maquillent pour se sentir confiantes, respectées et intégrées.

No-make up ou pas, les femmes sont toujours perdantes

En fait, il semblerait que quoi qu’elles fassent, les femmes (parce que cela concerne principalement les femmes) ne sont jamais vraiment gagnantes face à ce qu’elles choisissent de faire de leur apparence.

Quand le maquillage est visible et assumé, il est trop voyant, trop vulgaire, trop superficiel. Quand il est plus discret, il est mensonger, sournois, hypocrite.

Est-ce que le problème ne résiderait pas plutôt dans le jugement qu’on porte à l’apparence des femmes, encore et toujours, plus qu’à ce qu’elles en font ?

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Lucie Niekrasz

Lucie Niekrasz

Lucie est la rédactrice beauté de madmoiZelle (quand elle n'est pas trop occupée à chanter des chansons des années 2000 ou à manger des crêpes).

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Commentaires

Nastja

ça fait au moins 2 ou 3 ans que je ne suis plus allée maquillée au boulot (même pas de la poudre matifiante). Personne ne m'a jamais rien dit. Pour être honnête, je crois que aucune femme de l'entreprise ne se maquille.
Et dans mon métier précédent c'était pareil. D'ailleurs à l'époque je me maquillais et j'avais fini par arrêter car je sentais une certaine honte insidieuse. Je me disais que je devais avoir l'air d'un pot de peinture face à ces meufs au visage frais et non maquillé.

Et elles n'étaient pas maquillées, je sais faire la différence entre un maquillage nude et une peau nue. Même pas du mascara.
 

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