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Cinéma

Kalindi, notre journaliste ciné/séries, quitte Madmoizelle et vous dit merci

Après 5 ans d’extraordinaires (en toute modestie) et loyaux services chez Madmoizelle, Kalindi quitte le média qui l’a vu grandir, et tenait à vous adresser quelques mots.

Je vais pas mentir : j’ai bu un verre de côtes-du-rhone à midi. Bon ok, deux.

Il convient donc de mettre tout éventuelle connerie écrite dans ce papier sur le compte du pinard.

Cet article est mon dernier sur Madmoizelle, et en bonne drama queen de mon état, je ne pouvais pas partir sans vous faire quelques ronds de jambes sans toutefois, j’espère, me répandre en obséquiosité.

Voilà, ça fait déjà 5 ans que je suis arrivée chez Madmoizelle, avec mes opinions et mes crop tops. Qu’est-ce-que c’est 5 ans, à l’échelle d’une vie ? Que dalle.

En vrai, c’est ce qu’il faut à un enfant pour apprendre à faire ses lacets. C’est dire.

Mais dans ma vie de jeune adulte, ça correspond à 1/6è de mon existence globale. Autant dire BEAUCOUP. D’autant plus que rien ne me prédestinait à rester aussi longtemps ici même, sur cette chaise de bureau qui m’a value au moins 3 lumbagos.

Avant de bosser chez Mad, je n’avais jamais lu un article du site. « Les trucs de gonzesses » à base de règles, de poils, et d’échafauds destinés aux mecs, pour moi c’était non merci. D’ailleurs, je n’avais jamais entendu parler du média.

J’étais arrivée à l’entretien un peu par hasard, sur les conseils de ma copine Caro, qui me voyait dépérir dans mes jobs alimentaires, un travail de journaliste n’étant pas si facile à chopper dans la capitale.

Pour mon premier jour, je me souviens, j’avais choisi un pantalon vert en satin imprimés cigognes, un top blanc moulant, et mes indécrottables boots beiges à bouts carrés pareilles à celles d’Emma Peel, dans Chapeau melon et bottes de cuir.

Je me souviens d’une Mymy Haegel avec une casquette et un air peu aimable, d’une tripotée de meufs, et je me souviens de moi surtout, comme deux ronds de flan devant la tâche qui m’incombait : sympathiser avec toutes ces femmes différentes de moi, toutes ces femmes engagées, soucieuses de faire régner la justice sociale, désireuses de repenser la société.

Qu’avais-je à apporter à part ma gouaille et mes opinions finalement pas très affinées ? Pas grand chose, en tout cas c’est ce que je croyais.

Les 6 premières semaines j’ai cherché du travail ailleurs, prétextant à mes amis ne pas aimer l’ambiance trop « cucul la praloche » de la boîte, les déjeuners à parler de pertes blanches, les articles à la première personne du singulier et les réunions en forme d’effusions de sentiments. La réalité, c’est que j’étais absolument terrorisée à l’idée de ne pas être à la hauteur de mes collègues, ni de celle d’un projet dont l’importance dépassait largement mes petites préoccupations égotistes.

Pendant 6 semaines, j’ai donc cherché un autre travail. Et surtout, j’ai mis un point d’honneur à me plaindre quotidiennement de mon job actuel et de mes collègues auprès de chaque personne qui croisait ma route.

J’ai beaucoup de défauts. Ma mère, pour invoquer la figure d’autorité suprême de ma vie, vous dirait par exemple que je suis soupe-au-lait. Ce qui fait de moi une femme intrinsèquement agacée par son prochain. En revanche, si j’ai une qualité, c’est sans doute de vouloir passer chaque jour à être un humain un peu moins dégueulasse que la veille.

Alors j’ai discuté avec ces collègues, j’ai lu tout un tas de bouquins censés me déconstruire (que je qualifiais évidemment de bouquins pour gonzesses), vu tout un tas de films et j’ai fini par prendre la fameuse pilule rouge de Matrix, qui fait voir le monde tel qu’il est.

Il m’aura donc fallu 24 ans et 6 mois chez Madmoizelle pour comprendre que j’étais féministe. Et que ça n’était pas un gros mot seulement dédié aux femmes qui vouaient un culte aux poils d’aisselles.

Cinq ans après m’être méfiée de la bienveillance de mes collègues et après avoir crié aux oreilles de mes amis que je ne tiendrais jamais 6 mois, je m’en vais enfin.

Je pars sans tristesse ni amertume, simplement parce qu’il est temps pour moi d’entamer une seconde vie, loin de la vérité.

Vous savez, notre taf de journaliste c’est d’éclairer sur les grandes et petites vérités du monde, c’est de démêler le vrai du faux. Et personnellement, je n’ai aucun attrait pour la vérité.

À 12 ans j’ai découvert le film Big Fish, de Tim Burton, sur un homme qui passe son temps à romancer sa vie, jusqu’à en faire des histoires grandiloquentes, qui mériteraient d’être enfermées dans des contes pour enfants.

J’ai su que c’est ce que je voulais faire moi aussi : fabuler, inventer, idéaliser. En écrivant, toujours, et en réalisant (j’espère) parfois.

Il est donc temps pour moi d’aller inventer des histoires, de créer des personnages et, j’espère, de vous les faire lire.

Madmoizelle représente toute ma vie professionnelle. Toute ma vie d’adulte. Parfois, je retombe sur de vieilles vidéos et des vlogs extrêmement gênants qui trainent sur Youtube, mais je ne demanderai jamais à ce qu’on les retire sous prétexte que j’ai honte.

Chacun de ces moments a été sincère. Chacune de ses vidéos est à l’image de ce qu’elle montre. Et la sincérité, à l’inverse de la vérité, ça m’intéresse.

Je ne peux pas dire que j’ai aimé toutes mes journées ici. Parce que parfois, sur notre vie pro vient se superposer notre vie privée, et que mes 5 dernières années n’ont pas toujours été simples.

C’est pendant ma carrière chez Mad que j’ai perdu mon père, que je me suis séparée (plusieurs fois — il y a même un homme qui a eu l’outrecuidance de me quitter mdr), que j’ai eu de gros pépins de santé. Mais tout est passé plus facilement parce que j’avais, non pas seulement un travail, mais un véritable second foyer chez Mad, avec une seconde famille. Certes dysfonctionnelle, mais une famille quand même.

Sans Madmoizelle, sans mes collègues et surtout sans nos lectrices, je n’aurais jamais été capable de voir clair dans ce que je désirais faire de ma vie. C’est grâce à Mad si je quitte Mad aujourd’hui. Bizarre à écrire, sans doute à lire j’en suis sûre, mais Mad m’a donné le courage de distinguer ce qui m’importait et ce qui ne m’importait pas.

Mais trêve d’analyse de comptoir — je rappelle que j’ai bu du côte-du-rhone, la ref au comptoir me semble donc appropriée — je m’en vais le cœur plein.

Plein d’articles, plein d’amies, plein de discussions avec vous, et plein d’amour pour vous qui lisez cet article. J’ai adoré discuter avec vous sur le forum, sur Instagram ou dans la vraie vie. J’ai adoré m’engueuler avec vous sur Bridgerton, sur Twilight et sur toutes ces fictions que j’ai fait semblant de détester pour me rendre intéressante. J’ai adoré apprendre de vos commentaires.

J’ai adoré écrire sous différents pseudos, faire des vidéos, des podcasts, des apéros, des beuveries, des karaokés et des goûters (végans, beurk).

Merci à toutes les personnes que j’ai croisées sur ce beau chemin, et qui m’ont réconcilié avec moi-même.

Madmoizelle, c’est un beau bazar, un animal numérique indomptable dont je prendrai soin de conserver toujours quelques pixels dans mon cœur.

Au revoir, et merci.

À lire aussi : Mymy Haegel tire sa révérence après 10 ans de Madmoizelle, et vous dit merci

Les Commentaires
17

Avatar de Nastasja
26 mai 2022 à 14h57
Nastasja
NOOOOON!
@Kalindi , j'espère qu'on pourra te suivre ailleurs. La vie sera beaucoup moins marrante sans tes écrits merveilleux. Combien de fois ta plume acérée, sans concession et hilarante m'a fait mourir de rire!
Tu mérites une grande carrière <3
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