Lettre d’amour à Jul, mon rappeur chéri injustement critiqué

Queen Camille profite de la sortie du nouvel album du rappeur marseillais pour afficher au grand jour son appartenance à la Team Jul. Déclaration.

Lettre d’amour à Jul, mon rappeur chéri injustement critiqué

Attention, article peu objectif.

Jul, l’ovni qui me rendait sceptique

J’écoute du rap depuis quelques années déjà quand j’entends parler de Jul pour la première fois.

On est en 2015 et mon copain de l’époque me le présente comme le chouchou des tipeus, cette nouvelle génération d’ados tête brûlée aux cheveux longs qui nous semble si éloignée de nous.

À cette époque, nous voyageons dans le Sud-Est de la France d’où je suis originaire. À chaque coin de rue, au détour d’un scooter sur la béquille, un portable braille les instrus déroutantes du rappeur marseillais.

Non mais qu’est-ce que c’est que ces prods de l’espace ? Cette débauche d’auto-tune ? Et cette voix de canard asthmatique ? 

Nous arrivons à la conclusion que nos goûts en matière de hip-hop sont trop old school pour adhérer à ce qui prend déjà des allures de véritable phénomène.

Je catalogue Jujul au rayon étoile filante commerciale, section beauf appliqué, et je l’oublie. 

Puis, il y a eu Tchikita.

Mon coup de foudre avec Jul

Certifié single de diamant à sa sortie en 2016, ce titre entêtant et romantique à sa façon devient vite l’hymne de nos soirées entre meufs. 

Je découvre la voix du Jul chanteur, une autre facette de son personnage, et mon amour naissant se transforme bientôt en obsession.

Un an plus tard, le 7ème album studio m’offre Ma Jolie, une pépite dans la même veine mignonno-vulgos qui achève de me faire fondre.

Depuis, Jul a engendré pas moins de 4 albums supplémentaires, dont le tout récent Rien 100 Rien, sorti ce 14 juin. 

Entre temps, j’ai saigné ses morceaux les plus sombres comme ses bangers les plus foufous, redécouvert J’oublie Tout, le fameux titre que les smartphones urbains crachaient en boucle en 2015, et fait de Jul mon coach musical officiel pendant mes sorties running.

J’aurais pu rester au chaud chez les gens bien qui le dénigrent. J’aurais pu continuer à me galvaniser de mépris bobo, à le shamer pour sa grammaire douteuse et ses choix stylistiques hasardeux.

Mais pour toutes les raisons que je vais t’exposer, j’ai choisi de l’aimer, absolument tel qu’il est. 

J’aime Jul parce que ça me rappelle mon sud-est

Dans les chansons de Jul, je me sens comme chez moi. 

L’argot sudiste, le parler cash, les références au shit (spécialité régionale)… Tous les ingrédients sont réunis pour me donner le mal du pays.

Jul porte fièrement son identité de zonard du soleil, le merce en bandoulière, cette traduction occitane de merci, devenue le cri de ralliement des fans.

Le Sud colle à sa personnalité comme le legging d’une cagole. Avec Sch, Infinit’, Hoos ou encore Demi-Portion, celui qui est maintenant MON chouchou assure la renaissance du rap sur le littoral azuréen.

Mon chauvinisme provincial est flatté, mon admiration piquée par un flow solide et des images inédites, et mon oreille se régale de cette nonchalance agressive des « grandes bouches » de chez moi.

Jul ose n’être que ce qu’il est. Les snobs pourront pas comprendre, tant pis pour eux.

J’aime Jul parce qu’il est attachant

Mélancolique, solitaire et invisible dans les médias, le rappeur de Marseille n’est pas venu faire dans le bling-bling.

Enfermé dans son studio à domicile, il maintient un rythme de travail prolifique depuis ses débuts.

À ses 11 albums (2 par an depuis 2014) s’ajoutent 6 autres opus gratuits, offerts en ligne à ses fans pour les remercier d’abord, mais aussi parce que son « inspi d’ailleurs » semble trop foisonnante pour être contenue. 

Je retrouve chez lui cette figure du rappeur hustler, de l’artisan qui a choisi de faire primer le travail sur l’emballage.

Proche de ses fans avec lesquels il communique intensément sur les réseaux sociaux, il refuse la plupart des interviews et revendique son amour pour Kalenji, la marque basique de Décathlon.

Certes, ces quelques chansons d’amour ne deviendront pas des hymnes féministes, mais son désir de rester lui-même a au moins le mérite de nous épargner des clips remplis de bombasses réifiées…

Tout ce que les gens critiquent chez lui, c’est pour moi ce qui fait de Jul un artiste absolument unique, sensible, et profondément attachant, parce que tout simplement humain.

J’aime Jul parce qu’il est authentique

Il n’y en a qu’un comme lui.

Cette capacité à rester fidèle à lui-même, sa sincérité, forcent mon admiration.

Le regard des autres ne semble avoir aucune prise sur lui. Sans chercher à se conformer, à imiter ou à anticiper ce qu’on attend de lui, Jul trace sa voie en électron libre.

Voir quelqu’un réussir en faisant si peu de compromis, en affirmant un style aussi particulier, m’inspire et me donne de la force pour exprimer à mon tour qui je suis vraiment.

Que ça plaise ou non, Jul est authentique, dans sa vérité même si elle divise, franc avant tout avec lui-même.

Je crois que c’est cette honnêteté, qui ne peut être feinte, qui nourrit un succès que les tendances ne pouvaient prédire.

J’aime Jul parce que c’est un rappeur de ouf, bordel

J’ai dû me creuser pour vous intellectualiser cet amour naturel qui coule dans mes veines à chaque écoute. 

En vrai, je suis une femme, j’ai grandi à la campagne, bien trop au nord de Marseille pour pouvoir dire « dans le Sud », j’ai pas de potes en prison…

Bien que nos réalités n’aient pas grand-chose à voir, Jul a su trouver le chemin de mon cœur, grâce à son talent.

Parce qu’il ne joue pas de rôle, ses envolées sur l’amitié et l’amour, l’ambition et l’humilité, la confiance et la trahison peuvent résonner au creux de tous et toutes.

Je comprends que le style puisse dérouter, je comprends qu’on puisse ne pas l’aimer. Mais aucune personne de bonne foi ne peut minimiser la justesse de son œuvre.

Jul est un rappeur de ouf qui, parti du néant, a créé une galaxie qui n’appartient qu’à lui, un univers dont il est le seul astre.

Riez de sa mèche, moquez son orthographe : vous n’empêcherez pas Jul d’écrire comme une machine et de rapper comme un prince.

Je dois vous laisser, j’ai un 11ème album à écouter ♥

À lire aussi : Peut-on être féministe et écouter du rap ?

QueenCamille

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Commentaires

adita

Ça se voit que t'as pas beaucoup traîné sur le groupe FB de hoaxbuster. Je ne compte plus le nombre de fois où ma machoire est tombée par terre quand j'ai vu ce que plein de gens pouvaient croire sur parole.
Bah écoute je ne pense pas que tout les jeunes qui écoutent Jul soient des adeptes des théories des complots et autres, ça va bien deux minutes les clichés. C'est sympa les groupes FB mais ça empêche pas "l'effet bulle" qu'on voit souvent, ça représente une partie de la réalité, mais une partie seulement.
Je pense pas une seule minute que la majorité des jeunes pensent que Booba vends de la coke en bas de son block ni que Jul est un violeur (wtf?). Mais tu as l'air bien sûre de toi donc je propose qu'on arrête cette conversation.
 

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