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J’ai été victime de stealthing, et j’ai choisi de porter plainte pour viol

Le stealthing, qui consiste à retirer son préservatif à l’insu de son ou sa partenaire pendant un rapport sexuel, n’a pas de cadre légal en France. Après en avoir été victime, cette lectrice a décidé de porter plainte pour viol.

Le 2 février 2021

Il y a deux ans, au cours d’une soirée organisée par des amis, j’ai eu des relations sexuelles avec un homme. Un homme qui, à mon insu, a retiré son préservatif pendant l’acte — c’est ce qu’on appelle le stealthing. Je ne m’en suis rendu compte qu’après.

Le stealthing, une agression que j’ai eu du mal à identifier

Dans un premier temps, par « fierté » ou par honte,  je n’ai pas voulu en parler. Je crois que j’avais envie de faire bonne figure : mes amies, présentes à la soirée, m’avaient vue partir avec mon agresseur, et  je n’avais pas envie de reconnaître que ça s’était mal passé. Dans mon groupe de potes, je suis vue comme celle qui n’a jamais peur de rien, qui expérimente plein de choses… Et je crois que je n’avais pas envie d’être perçue comme une victime.

Mais surtout, je crois que je n’étais pas prête à admettre qu’il s’agit bel et bien d’une agression. Comme par un genre de un mécanisme d’autodéfense, j’ai, si ce n’est nié, en tout cas minimisé cet événement à une simple « expérience déplaisante ».

Jusqu’à ce qu’en avril dernier, au hasard de lectures sur internet,  je tombe sur l’article d’Anouk Perry publié le 26 avril 2017 sur madmoiZelle : Retirer son préservatif sans prévenir, est-ce un viol ?

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Reproductive Health Supplies Coalition / Unsplash

J’ai réalisé que j’avais été victime d’un viol

La question que je refusais de me poser était là, en noir sur blanc dans le titre. Le mot viol, surtout.

Dans un premier temps, il a fallu encaisser le choc, et la crise d’angoisse qui s’est déclenchée sur le coup. Mais cette lecture a été salutaire pour moi. Elle m’a permis de poser des termes clairs sur ce qui me perturbait depuis cette nuit d’été, de trouver des réponses à ce vécu que je ne savais pas comment traiter.

Tout ce que j’avais occulté est revenu me heurter de plein fouet, parce que j’avais un mot à mettre là-dessus. Mais pouvoir qualifier ce que j’avais vécu m’a permis de réagir. Sans cela, j’aurais probablement enfoui cet événement en moi : même si cela me pesait, je n’avais pas de quoi penser mon agression comme telle et je me sentais démunie.

Au moment où j’ai découvert cet article, je souhaitais déjà prendre contact mon agresseur. Celui-ci étant parti pendant que je dormais, et je n’avais jamais pu avoir d’explications. Je voulais lui dire ce qu’il m’avait fait, ne pas rester silencieuse face à cet acte.

Réaliser que ce que j’avais vécu était non seulement une agression sexuelle, mais aussi un fait social m’a fait réaliser que j’étais en droit de demander plus qu’une conversation avec lui : j’étais légitime à aller plus loin dans ma démarche, à réclamer des réparations.

Porter plainte pour viol était une possibilité.

Demander de l’aide, et être bienveillante envers soi

J’ai beaucoup lu sur le sujet, puis j’ai recherché une aide juridique. Mais avec le contexte de crise sanitaire, je n’ai pas réussi à rencontrer de juriste ou d’avocat qui aurait pu m’aider dans ce parcours.

J’ai donc pris la décision de contacter une association, le Collectif Féministe Contre le Viol, pour avoir leurs conseils.

Les bénévoles m’ont aidée dans mes décisions : elles ont été à l’écoute, m’ont fait des recommandations, et ont toujours respecté mes décisions, même quand elles allaient à l’encontre de leurs conseils. Je les ai contactées à trois ou quatre reprises, à chaque étape de ma démarche.

Il m’a fallu plusieurs mois pour savoir ce que je voulais vraiment faire.

Il était très important pour moi de m’écouter et d’être bienveillante envers moi-même. J’ai pris me temps de me demander si une plainte irait dans le sens de la réparation que j’attendais, que je saurai gérer les processus légaux… Je ne voulais pas me lancer dans des démarches qui m’épuiseraient et auraient l’effet inverse de celui que je recherchais.

En tant que femme, on peut avoir la culpabilité facile : se dire qu’on ne réagit pas de la « bonne » manière, qu’on ne fait pas ce qu’il faudrait. J’ai tenté d’éviter ce sentiment à tout prix.

J’ai déposé plainte pour viol

Dans ce contexte déjà difficile, je ne pouvais pas m’imposer de vivre, après mon agression, une situation qui me paraîtrait insurmontable. Et surtout, je voulais être sûre d’avoir toutes les informations dont j’avais besoin.

Puis j’ai pris une décision.

Ce mercredi 27 janvier 2021, j’ai déposé plainte pour viol.

Quand j’ai réalisé que je m’en sentais capable, j’ai pensé aux conséquences sociales de cette plainte. J’espère que l’action symbolique, l’éventuelle jurisprudence qui pourrait naître de ce procès aura un impact politique positif pour moi et pour les autres personnes victimes de stealthing. J’ai envie de faire savoir que oui, c’est une agression, et qu’il faut faire avancer les choses sur ce sujet !

Une gendarmerie à l’écoute, mais désemparée

À l’écoute des faits, la gendarme qui m’a reçue s’est montée très compréhensive, mais complètement désemparée. Ne sachant pas comment qualifier mon agression, elle a dû sortir de la pièce et aller en parler avec une collègue : elle n’avait aucune connaissance de ce genre d’acte, ou de la manière de les traiter.

Elle a pris note des premiers éléments que je lui avais donnés, et m’a donné rendez-vous pour que je revienne plus tard. Entre-temps, il fallait qu’elle en discute ses collègues et sa hiérarchie, pour tenter de savoir quels éléments seraient déterminants dans ma plainte et sa qualification.

Après deux jours, j’y suis donc retournée. Mon dépôt de plainte a duré trois heures, et elle m’a demandé de lui transmettre tous les détails de cette soirée. Au long de ce moment difficile, elle a été très prévenante, m’a mise en condition, m’a prévenue de chaque question qui risquait de me faire du mal. Elle a pris toutes les précautions nécessaires pour ne pas être brutale.

« Je suis parfaitement consciente que l’absence de jurisprudence rend l’issue de ma démarche très incertaine. »

Un processus qui m’est nécessaire, à l’issue incertaine

J’ai aussi reçu pendant cette plainte quelques conseils juridiques : à quel moment il était nécessaire de prendre un avocat, quelles seraient les étapes à venir si ma plainte était reçue…

La gendarme m’a prévenue qu’il était très possible que ma plainte soit classée sans suite. Ce genre de fait n’est pas très connu en France, et ils sont considérés comme « difficiles » à prouver, mais elle croyait sincèrement que je pourrais être entendue.

Elle m’a expliqué que quoiqu’il arrive, mon agresseur serait auditionné et ferait de la garde à vue. Je lui ai demandé si les personnes présentes à la soirée seraient auditionnées aussi, mais cela ne devrait pas arriver. J’en ai été rassurée : je n’avais pas envie que chaque invité soit au courant. Ensuite, on m’a expliqué quelles seraient les voies de recours si jamais ma plainte n’était pas reçue.

Je suis parfaitement consciente que l’absence de jurisprudence rend l’issue de ma démarche très incertaine. Cependant, si je l’ai fait pour moi, je l’ai également fait pour toutes les personnes qui ont vécu ou vivront cet acte abject et sont découragées de porter plainte par la méconnaissance de cette pratique.

Porter plainte pour viol m’a soulagée

Ce moment n’a pas été facile. La plainte m’a fait revivre cette agression dans les détails, et j’ai été mise face à des choses que j’avais occultées, des infos que je n’avais pas forcément traitées.

Mais je suis rassurée et soulagée d’avoir pu enclencher ce processus : les plaintes sont possibles, même si le stealthing n’est pas une agression connue. J’ai été écoutée, et j’espère pouvoir sensibiliser et faire entendre cette réalité !

Même si cette démarche n’est pas la bonne pour tout le monde, je sais qu’elle sera une positive pour moi. Je l’ai choisie, mise en place sous mes conditions et à mon rythme, et en cela j’ai déjà repris du pouvoir sur cette situation. J’espère sincèrement qu’elle servira à sensibiliser sur la question, et à faire entendre aux autres victimes qu’elles ne sont pas seules.

À lire aussi : Mon partenaire a retiré son préservatif sans mon consentement — Témoignage

Crédit Photo : Reproductive Health Supplies Coalition / Unsplash

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Les Commentaires
33

Avatar de Cocteau
7 juillet 2021 à 11h50
Cocteau
C'est à vomir ...
Contenu spoiler caché.
Bref j'ai déjà raconté cette anecdote mais je trouve très bien d'aborder ce sujet.
Je me permets d'autociter mon propre spoiler, parce que ça fait un petit temps que j'ai posté. Cette histoire date vraiment, mais je me demande comment je devrais la considérer maintenant. Je me demande comment il aurait fallu réagir en 2021 à ce genre d'histoire, comment il faudrait la considérer. Et je serais curieuse d'avoir vos avis.
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