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Féminisme

Les résultats de l’enquête #NousToutes sur le consentement décryptés

#NousToutes a mené une grande enquête sur le consentement dans les rapports sexuels. Les résultats sont là, et les chiffres sont percutants.

La claque.

Ce matin, le collectif NousToutes a dévoilé les résultats de son enquête sur le consentement dans les rapports sexuels.

La méthodologie de l’enquête #NousToutes sur le consentement

Menée pendant 10 jours en février dernier, l’enquête #NousToutes sur le consentement a récolté 108 947 réponses – un échantillon exceptionnellement élevé qui démontre l’urgence de la question.

96 600 de ces réponses ont été livrées par des femmes ; les ¾ des répondantes déclarent avoir moins de 35 ans.

Alors que le sujet du consentement attire de plus en plus d’attention médiatique, cette enquête est une première en France.

À travers 30 questions, les personnes en couple hétéro étaient interrogées sur leurs expériences sexuelles passées et leur rapport au consentement.

Attention, je t’invite à prendre cette enquête avec des pincettes car sa méthodologie n’est pas scientifiquement neutre : elle est portée par un collectif lobbyiste (oui, même si c’est féministe, ça compte !), le panel des répondantes et répondants est loin d’être représentatif (la campagne a été relayée sur Internet et ne s’adresse pas à toutes les catégories socio-professionnelles) et les données récoltées sur les expériences des hommes sont biaisées car les questions ne s’adaptaient pas à leurs situations.

Voici quelques-unes des questions posées :

  • Avez-vous déjà ressenti une pression de la part d’un partenaire pour avoir un rapport sexuel ?
  • Un partenaire vous a-t-il déjà menacé d’aller voir ailleurs ou de vous quitter si vous n’acceptiez pas un rapport sexuel ?
  • Avez-vous déjà souhaité arrêter un acte sexuel, mais ne vous êtes pas sentie autorisée à le dire

Au cœur de ces questions, c’est la tristement célèbre « zone grise » du consentement qui était interrogée. Avec un objectif : qu’elle ne soit plus grise, mais bien délimitée.

Et cet objectif est pertinent, puisque de nombreuses femmes ont malheureusement découvert à l’occasion de cette enquête que certaines de leurs expériences vécues s’apparentaient à des rapports violents, non consentis…

Les résultats de l’enquête #NousToutes sur le consentement

Nous le savions.

Nous le savions que les résultats de cette enquête allaient porter un sacré coup.

Nous avons toutes autour de nous des personnes qui ont vécu des expériences difficiles avec leurs partenaires. Nous sommes ces personnes. Chez madmoiZelle particulièrement, les témoignages affluent sans cesse.

Mais nous n’avions jusqu’alors que quelques enquêtes sporadiques pour ancrer dans le réel l’ampleur du problème.

Plus aucun doute, les femmes ont subi et subissent encore des choses inacceptables dans leur sexualité avec des hommes.

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Pour 83,2% des répondantes, la pression est intervenue « plusieurs fois, la plupart du temps ou à chaque fois ».

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Non, ce n’est pas une découverte ; oui, c’est grave. Mais il ne faut pas remonter loin pour comprendre les raisons de ces violences.

L’enquête révèle que seules 12,7% des répondantes se rappellent que cette question du consentement ait été abordée à l’école (primaire, collège ou lycée), le seul pilier de notre culture de société commune.

Cependant, #NousToutes nuance : il semblerait que les choses avancent puisque 33% des 15-17 ans ont entendu parler du sujet dans le cadre scolaire !

Mais ce n’est pas le seul point noir de notre éducation.

Notre génération a grandi avec des modèles de comportements hétéro présentés comme cool alors qu’ils sont terriblement toxiques : culture du viol à gogo, injonction des mecs à baiser, encouragement de la jalousie, culture de la chope et des pick-up artists, injonctions à se taire face à la douleur…

Bref, pas une super base pour créer des relations saines entre les hommes et les femmes.

Conséquence : 62,7% des répondantes se retrouvent à ne pas oser dire à leur partenaire qu’elles souhaitent arrêter un rapport sexuel.

Une éducation sexuelle ou un empouvoirement sexuel ?

L’

éducation sexuelle est loin de se limiter à la prévention. Aujourd’hui, elle s’attelle à créer un pont de communication entre les partenaires : es-tu OK avec ça ? Aimerais-tu ceci ? Voudrais-tu essayer ça ? Ce truc m’a frustrée, comment l’éviter ?

Mais la communication doit se faire des deux côtés.

Si les hommes doivent apprendre à écouter et à respecter les envies de leurs partenaires, les femmes doivent aussi apprendre à exprimer clairement leurs désirs et à chercher de l’aide lorsqu’elles se questionnent.

Ce n’est pas si évident que ça peut en avoir l’air ; je pense notamment à la jeune femme du podcast Mon cul, ma psy et moi, qui apprenait au fil d’une thérapie à mettre des mots sur sa sexualité.

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Dans ses recommandations, le collectif #NousToutes enjoint le gouvernement à donner de réels moyens à une éducation sexuelle à l’école qui n’occulterait plus le plaisir et le désir féminin.

Les femmes ne doivent plus être victimes de leur sexualité, ni des injonctions malsaines que la société envoie aux hommes comme aux femmes sur leurs performances sexuelles.

Les femmes et les hommes subissent les conséquences d’une culture sexuelle genrée, qui les enferme dans des rôles et crée une infinité de souffrances. « On est en couple, il faut baiser, ça fait partie du contrat. »

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Les hommes, le consentement et #NousToutes

Le collectif #NousToutes a pris le parti de ne pas traiter les réponses des hommes, qui « n’étaient pas assez nombreuses pour être utilisées dans le cadre de l’analyse ou comparées à celles des femmes ».

Elles représentent pourtant 11 284 réponses (soit 10 fois plus qu’une enquête menée par un institut de sondage ordinaire, même si ceux-ci montent des panels représentatifs, ce qui n’est pas le cas ici) et offrent des clés de lecture intéressantes sur la façon dont les hommes subissent aussi cette culture du non-consentement.

  • 1 homme sur 2 déclare avoir déjà ressenti une pression de la part d’un partenaire pour avoir un rapport sexuel, contre 9 femmes sur 10.
  • 1 homme sur 2 a déjà demandé à arrêter un rapport sexuel et dans 18,1% des cas, ses désirs n’ont pas été écoutés (contre 74% et 38% des cas pour les femmes).

Ils sont également bien moins nombreux :

  • À déclarer avoir subi la menace d’être quittés s’ils n’acceptaient pas un rapport sexuel (10,5% contre 23,3% des femmes)
  • À avoir reçu des remarques dévalorisantes (23,1% contre 49,1% des femmes)
  • À avoir subi un rapport sexuel après qu’une partenaire a insisté (21,1% contre 51,7% pour les femmes)
  • À avoir subi un comportement violent pendant un rapport sexuel (12% contre 23,5% pour les femmes).

Par ailleurs :

  • 1 homme sur 3 n’a pas osé dire à sa partenaire qu’il voulait arrêter un rapport sexuel, contre 62,7% de répondantes.
  • 82% des répondants disent avoir déjà abordé la question du consentement avec une, plusieurs ou toutes leurs partenaires, alors que 73% des femmes le déclarent de leur côté.

Ces différences de ressentis et d’expériences témoignent d’une réelle nécessité de mener une enquête gouvernementale – que le collectif #NousToutes appelle de ses vœux – pour appuyer sur les points de sensibilisation les plus importants.

Mais pour créer un débat public sain et exhaustif qui permette à tout le monde de se sentir concerné, il semble aussi important que cette future enquête s’élargisse aux hommes et aux couples autres qu’hétéros, qu’elle interroge notre rapport aux relations amoureuses et sexuelle en général.

Dans tous les cas, aucun doute que les résultats de cette première enquête feront office d’électrochoc.

À lire aussi : J’ai appris à consentir, et gagné une vie sexuelle épanouie !


Vous aimez nos articles ? Vous adorerez nos podcasts. Toutes nos séries, à écouter d’urgence ici.

Les Commentaires

15
Avatar de Querencia
4 mars 2020 à 12h03
Querencia
@PetitePaille D'accord, je vois, merci pour ta réponse

(les épinards, c'est bon )
2
Voir les 15 commentaires

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