L’enquête sur les commentaires YouTube qui m’a prouvé que je n’étais pas folle

Une étude de grande ampleur a été menée sur 23 005 commentaires YouTube, permettant à Mathilde de mettre enfin le doigt sur un sentiment qui l'habitait.

L’enquête sur les commentaires YouTube qui m’a prouvé que je n’étais pas folle

Être youtubeuse est loin d’être simple. Et être youtubeuse dans un domaine autre que la mode, la beauté ou le lifestyle, c’est très compliqué.

Du moins, c’était l’intuition que j’avais en voyant le peu de contenu créé par des meufs dans mes suggestions sur YouTube, ou en apprenant la démonétisation de nombreuses vidéos qui parlent par exemple du corps des femmes.

Où sont les créatrices sur YouTube ?

Moi qui suis beaucoup de contenus de vulgarisation scientifique sur YouTube, je ne voyais, jusqu’à il y a quelques années, que des hommes produire ce type de vidéos.

Je dis bien « je ne voyais », car les créatrices existaient ! Simplement, accéder à leurs vidéos relevait d’une véritable démarche active.

Lorsque je surfais sur YouTube, je n’avais même pas conscience que les contenus que je voyais n’étaient faits que par des hommes, tout simplement parce que je n’y prêtais pas attention.

Alors, de là à en chercher qui soient réalisés par des meufs…

Depuis, j’ai découvert des collectifs visant à mettre en avant les femmes vidéastes, j’ai rencontré des créatrices, et découvert le sexisme en ligne ou le cyberharcèlement.

Je me suis aperçue qu’être une meuf sur le Web, c’est loin d’être de tout repos.

J’avais aussi l’impression que les hommes rencontraient moins de difficultés, ou en tous cas des différentes, mais rien ne me le confirmait en dehors des ressentis des créateurs et créatrices avec qui j’avais échangé, et du mien.

Les quelques rares statistiques que j’ai pu voir montraient plutôt les écarts entre les genres dans l’audience de certains créateurs, comme celle de Bruce Benamran qui tient la chaîne E-penser.

Oui, c’est galère d’être une femme sur YouTube

C’est pour cela que lorsque j’ai découvert qu’une étude sur 23 005 commentaires YouTube avait été publiée, je me suis hâtée de la lire.

Deux chercheurs de l’Université nationale australienne ont remarqué que sur les 391 chaînes YouTube de vulgarisation scientifique les plus populaires, seules 32 étaient tenues par des femmes.

Afin de comprendre ces chiffres, ils ont choisi d’étudier des indicateurs de popularité de 450 vidéos scientifiques, comme le nombre de likes ou la teneur des commentaires.

Les 23 005 commentaires ont été analysés manuellement, c’est à dire que les chercheurs les ont tous lus et classés en six catégories :

  • Positif
  • Négatif ou critique
  • Hostile
  • Sexiste ou sexuel
  • Basé sur l’apparence
  • Neutre ou formant partie de la discussion générale.

Grâce à cela, les deux chercheurs ont pu établir une proportion de tel ou tel type de commentaires sous les vidéos de vulgarisation scientifique, et notamment comparer ces chiffres en fonction du genre de la personne qui a créé le contenu.

Commentaires de vidéos de femmes contre commentaires de vidéos d’hommes

Les résultats de cette enquête ne m’ont pas surprise, mais ont confirmé mon ressenti premier : les femmes sur YouTube se voyaient beaucoup critiquées, et beaucoup plus sur leur personne que sur le fond qu’elles apportent.

Cette étude fait l’objet d’un document universitaire auquel l’accès est limité, mais dont certains des chiffres, révélateurs, ont été relayés par le New York Times.

Je partage quelques-uns d’entre eux ici.

Les chercheurs ont constaté que les commentaires critiques composaient 14% des commentaires de contenus créés par des femmes, contre 6% pour les hommes.

Les commentaires relatifs à l’apparence représentent une proportion de 4,5% chez les femmes — 1,4% chez les hommes.

Quant aux remarques sexistes ou sexuelles, elles s’élèvent à 3% pour les femmes et sont quasi inexistantes chez les hommes, où elles ne correspondent qu’à 0,25% des commentaires.

Ces chiffres sont peu encourageants, et l’une des chercheuses a même dit à leur propos :

« J’ai pu voir pourquoi les gens ne veulent pas être sur YouTube. »

Mon droit de m’indigner, mon devoir de réagir

Moi aussi, je comprends pourquoi des meufs hésitent à se lancer sur YouTube, ou se découragent.

Cette enquête présente des chiffres qui me désolent, certes, mais d’un autre côté elle me soulage, puisqu’elle met le doigt sur un sentiment diffus que j’avais, et le transforme en conviction.

À partir d’un constat clair, celui que les femmes qui produisent des vidéos de vulgarisation scientifique se confrontent à du sexisme et à plus de commentaires négatifs en ligne, je peux légitimement m’indigner… et réagir en conséquence.

Personne ne peut plus me faire croire que c’est dans ma tête, que la société au XXIè siècle a suffisamment avancé pour que les hommes et les femmes soient égaux.

Personne ne peut mettre en doute cette réalité chiffrée, qui n’est qu’un pan du problème du sexisme en ligne.

C’est le moment où j’ai le droit de me mettre en colère, où je me donne ce droit, puisque cette réalité existe. Mais pour ne pas me contenter de cette colère ni me noyer en elle, je choisis de la transformer et d’en faire une énergie motrice.

Face à un constat comme celui-ci, je me fais un devoir de réagir, de dénoncer — ne serait-ce qu’en rédigeant cet article ! – et d’apporter autant que possible mon soutien aux créatrices, ne l’étant pas moi-même.

Ces chiffres résonnent pour moi de manière alarmante, mais pas défaitiste. Si peu défaitiste que j’ai déjà des pistes de solution en tête.

Pour contrer le sexisme en ligne, façonnons Internet à notre image

L’écueil d’Internet selon moi est que cette plateforme offrait la possibilité de créer un univers complètement nouveau, sans discriminations.

Pourtant, nous avons répété les mêmes mécanismes pernicieux que ceux qui rongeaient déjà notre société, comme les rouages du sexisme.

Mais l’avantage de cette plateforme est que nous pouvons la faire évoluer, chacun·e à notre échelle, j’en suis persuadée.

C’est pour cela qu’il me semble primordial de signaler lorsque quelque chose, en ligne, nous plaît.

Dans ce système où tout peut être noté, liké, commenté, partagé, m’approprier ces outils qui me permettent de donner mon avis est une des premières étapes pour mettre en avant des contenus qui me plaisent, et soutenir ceux et celles qui en sont à l’origine.

J’ignore royalement ce qui me déplaît, sauf lorsque cela contrevient à la loi (dans ce cas, je le signale).

Par contre, je prends le temps de laisser un commentaire détaillé sous une vidéo qui m’a plu, intéressée, ou encore pour la tweeter, l’envoyer à mes ami·es.

Via les réseaux sociaux, je peux aussi directement interpeller la personne qui a produit un contenu que j’aime.

Envoyer un message sur Instagram ne me coûte pas grand-chose, mais peut encourager une créatrice, et aider à noyer la masse de commentaires sexistes ou complètement à côté de la plaque.

Où sont les femmes sur Internet ?

Ça, c’est quand j’ai trouvé des créatrices dont le contenu me plaît. Mais comme je t’expliquais plus haut, trouver ces chaînes relève d’une démarche active.

La première chose que j’ai eue à faire a été d’entreprendre cette démarche, de la conscientiser. Il est complexe de trouver des contenus qui m’intéressent et exclusivement réalisés par des femmes.

Je ne pouvais pas simple taper sur YouTube « Vidéo de meuf sur la biomécanique » — ou en tous cas, cette technique a des limites.

J’ai heureusement trouvé un outil bien utile, l’Internettes Explorer.

Il s’agit d’un moteur de recherche mis en place par l’association Les Internettes, qui recense les chaînes de créatrices et les classe par thématique. Je n’ai qu’à chercher dans celles qui m’intéressent.

À l’heure où j’écris ces lignes, ce moteur de recherche recense 1 176 chaînes créées par des femmes. Et si j’en découvre une autre, qui me plaît, je peux la soumettre à l’équipe des Internettes afin qu’elles l’ajoutent à la liste.

C’est ma manière à moi d’aider les créatrices à gagner en visibilité.

Enfin, je réitère, le plus important selon moi est de dire que j’aime ces contenus, de les liker, de leur mettre « 5 étoiles », pour que leur référencement soit le meilleur possible.

Lançons-nous et réapproprions-nous l’espace public

Je veux tout de même m’attarder sur un sujet primordial : lançons-nous !

Trouver des contenus créés par des femmes est possible, mais il faut avant cela que ceux-ci existent. Ça implique… que des meufs fassent des vidéos.

Combien de fois ai-je entendu des amies raconter qu’elles avaient envie de se lancer, sans oser le faire ? Des femmes qui avaient une idée, mais la trouvaient trop ceci ou pas assez cela pour qu’elle vaille le coût selon elles ?

Certainement beaucoup trop.

Internet est un espace de liberté formidable, dans lequel nous pouvons être qui nous voulons, créer des projets de toutes pièces à partir de très peu. Seule l’envie compte.

L’idée de recevoir, peut-être, des commentaires négatifs peut inquiéter. Et je suis loin de dire que ce n’est rien, ni de minimiser l’impact qu’ils peuvent avoir.

Simplement, j’aimerais que les femmes qui ont envie de se lancer le fassent, en dépit du sexisme qu’elles rencontreront peut-être.

J’aimerais que nous, les femmes, nous réappropriions l’espace public, car Internet en fait partie. J’aimerais qu’ainsi nous montrions que le sexisme ne nous empêchera pas de créer, d’agir, de vivre.

Je pense que la plus grande arme contre les discriminations est d’agir. D’agir sans s’y plier, de vivre sans les laisser vaincre.

Je sais que cela peut être dur. Je suis parfois découragée, lasse, déprimée. Mais avec le temps j’ai découvert que des solutions existaient.

Les femmes des Internettes permettent aux créatrices de se rassembler, d’échanger, de se soutenir. Elles promeuvent un esprit de sororité qui aide énormément à faire face aux difficultés qu’il est possible de rencontrer en tant que créatrice.

La Justice évolue, et condamne à présent les cyberharceleurs.

Même si son verdict me laisse parfois un goût amer, elle acte ainsi que le cyberharcèlement fait partie de la « vraie vie », qu’il n’est pas excusable, et qu’on n’a pas le droit de cyberharceler, tout simplement.

Toutes ces avancées mises bout à bout créent une faille dans lesquelles peuvent se glisser plus de femmes. Alors entrons dedans, écartons ses bords, faisons notre place !

Et un jour, j’espère, plus personne ne dira « j’ai pu voir pourquoi les gens ne veulent pas être sur YouTube »…

À lire aussi : Salut YouTube, on peut causer du corps des femmes ?

Mathilde Trg

Mathilde Trg

Relectrice « zéro faute » hors-pair, Mathilde est aujourd’hui l’interlocutrice des maisons d’édition désireuses de faire connaitre leurs œuvres sur madmoiZelle. Elle est aussi obsédée par les e dans l’o (œ) que par Orelsan (à toi de juger ce qui est le plus grave), et prononce les noms espagnols avec l’accent.

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Commentaires

Weena88

Merci pour le lien, j'ai été m'abonner à quelques chaines tenues pour des femmes suceptible de m'interresser :top: maintenant, faut juste que je trouve du temps pour les regarder :crying:
(Faudrait aussi que je me fasse une liste de podcast et que je trouve comment les écouter dans mon atelier)
 

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