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Sport

« Combattantes » retrace la longue histoire du rugby féminin (et c’est passionnant)

La coupe du monde féminine de rugby se tient du 8 octobre au 12 novembre en Nouvelle-Zélande. L’occasion de revenir, à travers un ouvrage illustré, sur l’histoire d’une pratique sportive dont les femmes ont longtemps été mises de côté.

On ne s’étonne plus aujourd’hui de voir des femmes jouer au rugby, et encore heureux. Cependant, si ce sport est né en 1823 (la légende dit qu’il a été inventé par William Web Ellis, un étudiant anglais âgé de 17 ans, lors d’un match de foot dans son école de… Rugby), les femmes en ont longtemps été exclues. Au début des années 1920, on juge ce sport dangereux, sans élégance, des médecins estiment même qu’au regard de la constitution trop frêle des femmes, le rugby représente un danger pour elles. Mieux : on pense surtout que ce n’est pas leur rôle, qui est de se concentrer sur la procréation… Il aura finalement fallu attendre les années 1960 pour que le rugby féminin rentre dans les mœurs, non sans de nombreuses critiques, émanent même de femmes sportives, comme la championne de tennis française Suzanne Lenglen qui affirmait que « le rugby pratiqué par la femme n’a rien d’esthétique ».

Dans une BD documentaire, illustrée par Sophie Bouxom, l’autrice Isabelle Collombat revient sur la longue (et parfois chaotique) histoire du rugby féminin. « Combattantes – Rugby, une histoire de femmes » sort en octobre aux Éditions Acte Sud Junior, et c’est passionnant.

Capture d’écran 2022-09-30 à 12.24.27

Interview d’Isabelle Collombat, autrice de « Combattantes – Rugby, une histoire de femmes »

Madmoizelle. Quelles sont les raisons pour lesquelles vous avez eu envie d’écrire cet ouvrage ? 

Isabelle Collombat. Un jour, il y a un peu plus de deux ans, mon éditeur allemand m’a demandé d’écrire un texte sur le rugby, sport du sud-ouest à ses yeux « typiquement français » et « réputé très viril ». De mon côté, je n’étais pas très motivée. J’avais plutôt envie d’écrire sur des sportives. Mais à l’époque, je ne savais pas si le rugby féminin existait. Après quelques recherches, j’ai finalement découvert que les joueuses étaient très nombreuses, et que l’équipe de France comptait déjà parmi les meilleures du monde. J’apprends aussi à ce moment-là que, si les effectifs de la Fédération française de rugby progressent, c’est grâce aux filles. La moitié des licenciées actuelles ont moins de 18 ans ! J’ai tout de suite perçu, dans le rugby féminin, et c’est ce qui me plaît beaucoup, une énergie, une envie, un enthousiasme que je ne connaissais nulle part ailleurs. J’ai donc proposé très rapidement à Actes Sud et mon éditrice, Isabelle Péhourticq, d’écrire une BD sur l’histoire du rugby à travers le prisme des femmes. Elle a accepté, et c’est ainsi que je me suis plongée dans ce projet avec une joie immense.

Qui sait que les femmes (…) ont joué au rugby dans la clandestinité pendant des années ?

Isabelle Collombat.

Comment vous y êtes-vous prise pour l’écriture ?

Journaliste de formation, j’ai d’abord lu tout ce que j’ai pu trouver sur le rugby féminin, dans les quelques livres, essentiellement des ouvrages de spécialistes, très riches et très pointus, mais aussi sur Internet et dans la presse. C’est là que j’ai pris conscience que l’histoire du rugby féminin était très récente et encore totalement méconnue, qu’elle n’avait pas été encore racontée pour le grand public. Je veux dire que le sport, ce n’est pas seulement une somme de compétitions et de résultats, c’est bien plus que ça. En ce qui concerne le rugby féminin, c’est une épopée. Qu’est-ce que les femmes, parfois très jeunes, parfois déjà mères de famille, ont fourni d’efforts et de sacrifices pour jouer au rugby, surmonter les préjugés et les critiques !

Qui sait, par exemple, qu’en 1972, elles n’avaient pas vraiment le droit de pratiquer le sport qu’elles aimaient et qu’elles ont joué dans la clandestinité pendant des années ? Et que la Fédération française de Rugby ne les a intégrées qu’en 1989 alors que les footballeuses ont été reconnues en 1970 par la fédération de foot ? Pour savoir ce qui s’était passé, j’ai contacté les premières joueuses, les pionnières du rugby des années 60 et 70. Ces femmes m’ont bluffée. Je les ai trouvées incroyables.

Et j’ai finalement interviewé tout un tas de femmes qui ont pratiqué le rugby souvent au plus haut niveau et à toutes les époques depuis 1965. Bien sûr, aussi des joueuses actuelles des équipes de France en rugby à XV et à VII. J’ai aussi parlé à des hommes qui ont su être leurs alliés. Parallèlement, évidemment, je suis allée voir des matchs à Bobigny, en région parisienne, et à Toulouse notamment. Et je n’ai raté aucun match retransmis à la télé que je pouvais voir. Finalement, j’avais une matière énorme, des heures d’enregistrement, des montagnes de documents. Il a fallu faire le tri pour en faire une BD…

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Qu’espérez-vous que ce livre apportera à ceux et celles qui le liront ?

D’abord, raconter cette histoire, de surcroît en BD, c’est rendre visible l’histoire de ces femmes qui ont surmonté les interdits, les insultes, le mépris et qui ont beaucoup donné d’elles-mêmes pour pouvoir simplement pratiquer le sport qu’elles aimaient. Une grande partie des jeunes joueuses d’aujourd’hui ignorent tout ça, même si, aujourd’hui encore, il leur arrive elles aussi d’être injuriées sur les réseaux sociaux.

Cependant, cette BD n’est pas seulement destinée aux personnes qui pratiquent le rugby ou un sport en général. « Combattantes », c’est l’histoire des femmes qui se battent pour exister telles qu’elles sont, pour vivre librement et pour s’exprimer comme elles l’entendent. Cette histoire est faite de souffrances, de difficultés, mais elle est aussi joyeuse et galvanisante. J’ai beaucoup ri lors de mes rencontres avec les joueuses de rugby et ensuite avec Sophie Bouxom, la dessinatrice de la BD. Ce n’est pas un hasard si le trait et les couleurs de Sophie vont vers la lumière.

Que diriez-vous à une petite fille qui n’ose pas se lancer dans ce sport, ou à ses parents, qui pensent peut-être que c’est un « sport de garçon » ?

Aux parents, je dirais d’écouter leur fille. Un enfant qui exprime un désir, une envie, c’est formidable ! Leur fille ne deviendra pas un « garçon manqué » en planquant une adversaire, mais une « fille réussie ». À une petite fille, je dirais que seule son envie doit la guider. Si elle veut essayer, elle doit essayer. Mieux vaut se dire : « bon, finalement, non, ce sport ne me convient pas »… plutôt  que « j’avais envie mais j’ai eu trop peur… » D’après ce que j’ai entendu dire, les filles timides ou pas très sûres d’elles prennent vraiment confiance en elles. Par exemple, elles ne redoutent plus de prendre la parole en classe. Celles qui ne sont pas filiformes, mais très grandes ou très costauds, découvrent qu’elles sont puissantes et que l’équipe comptent sur elles. Toutes apprennent à considérer leur corps comme un ami, et non comme un ennemi, à l’accepter et même à l’aimer. Surtout, toutes comprennent que seule la solidarité et le partage font d’elles des filles et des femmes épanouies. En un mot, libres.

« Combattantes – Rugby, une histoire de femmes », Éditions Acte Sud Junior, 23 €

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Les Commentaires
2

Avatar de Matilda Verdebois
1 octobre 2022 à 22h06
Matilda Verdebois
Oh, c'est génial, je sais déjà à qui je vais offrir ce bouquin pour Noël uppyeyes:
Et sinon, je crois reconnaître Pauline Bourdon dans la joueuse rousse au premier plan. J'adore cette joueuse alors ça me rend cette BD encore plus sympathique d'emblée
Contenu caché du spoiler.
2
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