J’ai fait ma scolarité à distance avec ma meilleure amie

Faire sa terminale à distance ce n'est pas commun, encore moins quand ta meilleure amie devient ta prof. Susan et Adèle ont fait le CNED et racontent leur année pas comme les autres.

J’ai fait ma scolarité à distance avec ma meilleure amie

Susan et Adèle sont meilleures amies. Elles viennent tout juste de décrocher leur bac L avec mention et s’apprêtent à prendre un long mois de vacances.

Jusque là, elles pourraient avoir la vie de n’importe quelles lycéennes de 18 ans qui viennent d’achever leur Terminale.

Sauf que Susan et Adèle ont toutes deux participé au programme du CNED, le Centre National d’Enseignement à Distance.

Le CNED permet de suivre une scolarité à distance du collège jusqu’à l’enseignement supérieur (et même après).

C’est un programme public chapeauté par le Ministère de l’Éducation nationale et le Ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation.

Anouk Perry, ancienne rédactrice chez madmoiZelle, a d’ailleurs raconté sa propre expérience dans cet article :

Susan, Adèle, et leur histoire avec le CNED

Un peu avant la rentrée 2017, cette alternative s’avérait être un plan idéal et chacune avait sa propre raison. Pour Adèle, il était question d’organisation, explique-t-elle.

« J’ai toujours été scolarisée auparavant en danse-études, un programme de sport-études. J’avais des plannings partagés entre les cours dans un lycée spécialisée et des cours de danse.

Le problème c’est que cela me demandait certains sacrifices : je ne vivais pas chez moi la semaine, par exemple.

J’ai déjà pensé à faire le CNED en 3ème et en seconde, une année dont je ne garde pas un très bon souvenir par ailleurs. »

Susan, quant à elle, fait de la phobie scolaire. Il est impossible pour elle d’aller en cours sereinement dans un établissement classique.

Elle a commencé à s’épanouir quand elle a choisi de poursuivre son éducation scolaire à la maison, confie-t-elle.

« Je sais que si je n’avais pas franchi le pas, j’aurais abandonné les études. »

Elle ajoute :

« J’ai toujours été autonome. Je me suis dit que le CNED serait la solution pour moi. »

Alors plutôt que de se lancer chacune de son côté dans cette aventure, ces deux copines qui se sont rencontrées en CM2 ont décidé de s’inscrire ensemble et d’organiser leur propre année scolaire avec le CNED.

« Moi je l’ai vu comme un défi », déclare Adèle.

Susan renchérit :

« On a longtemps hésité avant de prendre notre décision. Mais en discutant ensemble, je me suis dit que ce serait une belle expérience. »

L’organisation entre amies

Si le duo de jeunes filles a autant hésité, c’est parce que suivre des cours à distance n’a rien d’aisé.

Cela demande du sérieux et une bonne organisation, tout le monde ne pourrait pas le faire, assurent-elle de conserve.

Adèle poursuit :

« On est en totale autonomie.

Si on rencontre une difficulté face à un exercice dans une matière, ou dans un cours, on doit se prendre en main pour essayer de trouver une solution. »

Elles avaient accès à une plateforme du CNED où les cours étaient disponibles. À la rentrée, elles ont reçu un gros colis avec les manuels scolaires et le programme complet de la Terminale L.

Ensuite, c’était à elles de s’organiser.

Mais le fait d’être ensemble les a largement aidées, concèdent-elles. Il faut dire qu’avec les 22 heures de danse par semaine d’Adèle, le planning des deux amies était assez serré. La danseuse raconte :

« J’arrivais à la maison vers 17h, on se rejoignait soit chez l’une, soit chez l’autre.

Nous préparions certain cours en amont : moi je préparais les cours d’Histoire, Susan les cours de philosophie, et on se les échangeait.

J’étais la prof d’Histoire-géo, et Susan la prof de philo. On a aussi fait ça avec les cours de droit et de littérature. »

Cependant, il était impossible pour elles de s’enseigner mutuellement toutes les matières.

Pour les langues par exemple, chacune les a étudiées chez soi et cela a bien fonctionné puisque toutes deux ont eu des bonnes notes au bac.

Pour Susan, être la prof de l’autre permettait de mieux apprendre et mieux comprendre les cours puisqu’ils étaient vus deux fois.

Elles racontent d’ailleurs que Susan a eu de meilleures notes en Histoire-géo qu’Adèle et vice-versa pour la philosophie. Comme quoi.

Internet a (en partie) sauvé l’année au CNED

Avec la plateforme du CNED, les deux amies pouvaient solliciter des professeurs censés être disponibles pour répondre à des questions.

Toutefois, Susan explique qu’il n’était pas pratique de prendre rendez-vous avec l’un d’eux car les créneaux sont rares et ne durent qu’entre 2h et 4h.

« Une fois, j’ai attendu 6 mois avant qu’un prof me réponde, regrette Susan. Heureusement, il y a Internet. »

Selon les deux bachelières, les sites de soutien scolaire, de cours et les vidéos pédagogiques et de vulgarisation ont été des outils précieux pour compléter leurs études dans certaines matières.

Adèle affirme :

« On n’a jamais été bloquées très longtemps grâce à Internet et à toutes les ressources qu’on y trouve. »

Le CNED, source de tension en amitié ?

Mais réviser et étudier avec la même personne chaque jour pendant un an n’a donc créé aucune tension entre les deux copines ?

« Il y a eu des moments où il était compliqué de se concentrer, où on divaguait un peu, mais nous ne nous sommes jamais disputées », reconnaît Susan.

Adèle se demande si ce n’est pas simplement parce que le conflit ne fait pas partie de la nature de leur amitié. Elle poursuit :

« S’il y avait quelque chose qui nous agaçait chez l’une ou chez l’autre, nous en discutions et ça allait mieux.

Les seules sources de tension venaient du chemin à parcourir entre la maison de l’une et de l’autre.

Nous avons entre 30 min et 1 heure de route à chaque fois, et parfois ce n’était pas simple de se motiver. »

« Comme on est plutôt des bosseuses toutes les deux, cela restait quand même rare », affirme Susan.

Adèle acquiesce avant d’ajouter :

« L’intérêt d’être à deux c’est qu’on ne s’est jamais retrouvées démoralisées en même temps. On se connait bien alors on sait comment se parler et se rassurer. »

Une année pareille, ça semble très intense pour deux amies, aussi inséparables soient-elles.

Et pourtant, leur relation n’en a pas été bouleversée :

« Avant, on se voyait une fois par mois, explique Susan. Nous n’étions pas dans le même collège alors nous avions plein de choses à raconter.

Pendant un an nous nous sommes vues chaque jour et je crois que faire le CNED ensemble a renforcé notre relation. »

L’amitié plus forte que l’avenir

Le fait de vivre une scolarité différente à deux n’a rien d’anodin, surtout si on se compare à l’extérieur.

C’est ce qu’a constaté Adèle :

« C’était si bizarre de voir toutes nos amies rentrer en classe, dans leur lycée en début d’année, alors que nous, nous attendions encore nos livres. »

Susan ajoute :

« Le lycée a été le pire moment de ma vie.

Je ne me suis jamais entendue avec les personnes de ma classe, et je n’ai jamais vraiment compris la plupart des gens de mon âge.

De l’intérieur, notre situation nous paraît très naturelle, alors que quand je regarde dehors, je me dis que j’ai clairement une vie différente. Mais je suis heureuse comme ça. »

À 18 ans, Susan a emménagé avec son copain, vient tout juste d’adopter un chien et s’apprête à intégrer une formation à distance en psychologie.

Adèle compte poursuivre son rêve, celui de devenir danseuse, et intègre une école de danse contemporaine à Montréal à la rentrée 2018. « La distance physique va être notre prochaine épreuve», dit-elle.

Susan avoue appréhender cette séparation parce qu’« Adèle a toujours été au cœur de [sa] vie ».

Cependant, elle reste persuadée que leur amitié saura faire face à tous les obstacles, même à l’océan Atlantique.

« Quand on a décidé de faire le CNED ensemble, raconte Susan, j’ai dit que si notre amitié survivait à cette année, elle survivra à tout. »

À lire aussi : J’ai suivi les cours par correspondance au lycée – Témoignage

JulietteGee

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