Ces parents se mobilisent pour que leurs enfants décédés ne soient plus effacés par l’administration


Un enfant mineur disparaît purement et simplement des formulaires de la CAF ou des impôts de ses parents lorsqu'il décède. Une souffrance supplémentaire contre laquelle des familles endeuillées se mobilisent.

Ces parents se mobilisent pour que leurs enfants décédés ne soient plus effacés par l’administration

Betty a perdu son fils Nathan, âgé de 6 ans, en décembre 2019. À la douleur causée par son décès, elle a vu s’ajouter une souffrance supplémentaire : le petit garçon a été purement et simplement effacé de nombreux documents administratifs.

Sur son espace CAF en ligne, sur les documents de la sécurité sociale, sur sa déclaration d’impôts, il est désormais indiqué que Betty a deux enfants, et non plus trois.

« Ce vide sur l’écran est un coup de plus au cœur »

La jeune femme, suivie par plus de 30.000 personnes sur Instagram, a alors décidé de lancer une pétition il y a quelques jours, intitulée : « Pour que nos enfants ne disparaissent pas ». Sa demande est très simple : ne pas supprimer les enfants décédés des dossiers administratifs.

« Nous ne parvenons pas à obtenir gain de cause sur une requête très simple : laisser nos enfants décédés visibles sur les dossiers administratifs. Parce que ce qui peut paraître insignifiant est en réalité difficilement lisible et supportable.

Se connecter chaque mois et y voir inscrits 2 enfants quand vous avez donné la vie 3 fois, c’est surajouter de la douleur à la disparition de nos enfants, c’est nier leur existence, les faire disparaître à nouveau devant nos yeux. Ce vide sur l’écran ou sur la feuille est un coup de plus au cœur. »

La pétition a déjà recueilli près de 50.000 signatures en une semaine, preuve que le sujet touche de nombreuses personnes.

Afficher les enfants décédés sur les documents administratifs : un changement facile à mettre en place

Permettre aux parents de continuer à afficher leurs enfants décédés sur leurs documents administratifs ne devrait a priori pas être trop compliqué à mettre en place pour les différents organismes.

En effet, les parents doivent déjà signaler le décès de leur enfant à la CAF, aux impôts ou à la sécurité sociale, c’est donc une information déjà à leur disposition. Il semblerait donc relativement facile d’indiquer : « 3 enfants (dont un décédé) », plutôt que : « 2 enfants ».

On pourrait même imaginer laisser la possibilité aux parents de choisir ce qu’ils veulent afficher.

Comme l’explique le texte accompagnant la pétition, certains organismes ont déjà mis en place un fonctionnement de ce type, comme le C.G.O.S, le Comité de gestion des œuvres sociales des établissements hospitaliers publics.

Faire (re)connaître le mot « parange »

En parallèle de cette pétition, la mobilisation pour les parents d’enfants décédés se poursuit sur un autre front : la reconnaissance du mot « parange » pour les qualifier. Depuis trois ans, des parents se battent pour que le mot intègre le dictionnaire et plus globalement qu’il soit mieux connu par le grand public.

Une pétition adressée à l’Académie française a récolté plus de 60.000 signatures.

La députée la France Insoumise Mathilde Panot soutient leur démarche en portant une proposition de résolution qui vise à faire reconnaître le mot « parange » pour désigner les femmes et les hommes ayant perdu un enfant, quel que soit l’âge de l’enfant au moment du décès. Voici comment elle en parle dans un communiqué de presse envoyé la semaine dernière :

Chaque année, des milliers de femmes et d’hommes sont confrontés à la perte d’un ou de plusieurs de leurs enfants. À la douleur du deuil, s’ajoute celle du vide sémantique : lorsqu’un enfant perd ses parents, on dit qu’il est orphelin, lorsque c’est un conjoint, on dit veuf ou veuve. Mais lorsque les parents perdent leur enfant ou un de leurs enfants, que sont-ils ?

L’élue du Val-de-Marne assure que sa proposition de résolution est soutenue par des député·es de bords politiques variées, et elle espère maintenant que son texte transpartisan sera repris par Richard Ferrand, le président de l’Assemblée nationale.

« C’est une manière d’accélérer les choses, d’appuyer le combat de ces femmes et de ces hommes, et de faire en sorte que le mot « parange » rejoigne en 2021 les nouveaux mots dans le dictionnaire », explique-t-elle lors d’une visioconférence ouverte à la presse.

Contacté, l’entourage de la députée explique que le problème de la disparition administrative des enfants décédés, n’avait pas été identifié jusqu’ici, mais que Mathilde Panot était prête à échanger avec les parents endeuillés pour voir comment les soutenir au mieux dans leurs revendications.

Une bonne nouvelle pour tous ces parents endeuillés et déterminés à faire changer les choses.

Clémence Boyer

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