Agressée sexuellement par mon ami d’enfance, j’ai décidé de lui en parler

Alice et Thomas sont comme frères et sœurs depuis l'enfance... Mais quand ils étaient adolescents, Thomas l'a agressée sexuellement pendant 2 ans. Près de 10 ans plus tard, Alice a décidé de lui en parler.

Agressée sexuellement par mon ami d’enfance, j’ai décidé de lui en parler©Christian Gertenbach/Unsplash
Avant de lire ce témoignage

Cet été, j’ai reçu un mail d’Alice* qui m’envoyait son témoignage.

Elle me racontait l’agression sexuelle dont elle a été victime dans l’enfance, et elle exprimait sa décision d’en discuter avec sa famille et la famille de l’agresseur, qui est aussi son ami, pendant les vacances d’été.

J’ai donc attendu que l’été passe et qu’Alice soit prête à en parler pour publier son témoignage, et le voici.

Tu observeras donc une césure dans le récit, qui correspond à la deuxième partie de son témoignage.

*Tous les prénoms ont été modifiés

Je m’appelle Alice*, j’ai 21 ans, deux petites sœurs de 2 et 5 ans de moins que moi, et cet été j’ai décidé d’essayer de tourner définitivement la page d’une épreuve difficile de ma vie.

Plus jeune (vers 10-12 ans), mon ami d’enfance m’a attouchée sexuellement de très nombreuses fois.

Après des années de silence, puis de communication, j’ai envie d’enfin mettre un point final à ce traumatisme, pour enfin tourner la page.

Mon ami d’enfance et moi, d’une amitié à une agression sexuelle

Mes parents passent toutes les vacances et leur temps libre avec un autre couple, qu’ils connaissent depuis le lycée.

Ce couple en question a deux enfants avec lesquels j’ai grandi : un garçon de 3 ans de plus que moi, Thomas*, et une fille de mon âge.

J’ai grandi avec eux, et ils sont comme une deuxième famille pour moi. Mes parents envisagent même d’emménager avec eux pour leur retraite !

Mon rapport à Thomas a toujours été assez compliqué, il avait tendance à beaucoup aimer le sport, se chamailler, se bagarrer gentiment…

Tout le contraire de ce que j’aimais.

Il passait beaucoup de temps à jouer avec mes petites sœurs, et appréciait particulièrement m’embêter. Je pense qu’inconsciemment, je le craignais et en même temps je recherchais son approbation comme avec un grand frère.

Les années ont passé, et lorsque j’ai atteint une dizaine d’année il a voulu que nous jouions à un jeu : « les oreillers ».

Devant un film, je m’allongeais sur le ventre et il s’allongeait sur moi. Au début rien de méchant, jusqu’à ce qu’il commence à se frotter à moi avec son sexe, jusqu’à se faire jouir.

Sur le moment, j’ai été incapable de dire non, je ne me rendais pas compte de ce qui se passait, il était plus grand que moi et ce n’était qu’un « jeu » comme il me le répétait si souvent.

Cela a duré pendant environ 2 ans, je ne me rappelle plus exactement, à chaque fois que nos familles se voyaient, je savais que cela arriverait… Encore.

Le jour où j’ai parlé de mon agression sexuelle à mon agresseur

Après 2 ans, et alors qu’il arrivait sur ses 15 ans, il a arrêté. Je pense que nous sortions de l’enfance et qu’il s’est rendu compte que ce qu’il faisait était malsain.

Mais nous n’en n’avons jamais parlé, ni entre nous, ni aux parents qui ne se sont rendu compte de rien puisque je n’ai rien dit. J’avais honte.

J’avais aussi très peur de casser la relation qui existait entre nos parents, d’être à l’origine de conflits.

Cette expérience a rendu tout le début de ma vie sexuelle difficile, sinueuse, je n’avais pas confiance en mes partenaires, j’étais méfiante, et j’avais physiquement mal à chaque rapport.

Lorsque j’ai eu 19 ans, j’ai commencé à ressentir le besoin d’en parler notamment avec Thomas*, que je continuais à côtoyer à chaque vacances. Je suis donc allée vers lui.

Je lui ai dit à quel point ça m’avait marquée, à quel point cet épisode était traumatisant pour moi, à quel point mon corps m’avait dégoûtée chaque fois qu’il se frottait à moi.

Il a écouté, s’est excusé, beaucoup, longtemps. Il m’a dit qu’il était jeune, ne se rendait pas compte de ce qu’il faisait et qu’il était désolé.

Sur le coup cela m’a fait du bien, mais plus tard je me suis rendu compte que ça ne suffisait pas. Chaque fois qu’il s’approchait, ou qu’il jouait avec mes sœurs, je me sentais mal, oppressée.

En plus, chaque fois que nous nous voyons il prenait des pincettes avec moi, ce qui avait le don de m’insupporter et me renvoyait à cette histoire.

Parler de mon agression sexuelle à ma famille et à celle de mon agresseur

Cette année, en février, après une semaine au ski avec lui et ses parents, j’ai décidé d’en parler enfin à mes parents, à mon père surtout.

En effet, un an plus tôt, j’avais décidé de le dire à ma mère parce que nos relations étaient compliquées.

Je pensais que c’était en partie à cause de ce secret et du fait que je lui reprochais inconsciemment de ne pas m’avoir plus parlé de consentement dès mon plus jeune âge.

Quand je lui ai dit, elle était triste que ça me soit arrivé, et contente que j’ai pu en parler avec Thomas. Je pense qu’elle s’est dit qu’on était petits et que j’allais bien maintenant.

Ma mère savait donc depuis l’année précédente, mais pas mon père. Thomas* est comme son fils, et j’avais très peur de sa réaction.

Quand il a appris, il a été très choqué, puis il a dit que je n’avais pas à avoir honte, que c’était moi la victime et qu’il comprenait beaucoup de choses.

Il était désolé que j’ai pu vivre cela. La réponse d’un père qui protège sa fille. Mais il a quand même trouvé comme excuse :

« Il était jeune. »

Ce qui est vrai… mais l’excusait en partie.

À ce moment-là mes parents ont tenu à en parler aux parents de Thomas, ce que j’ai accepté.

Quand mon traumatisme d’agression sexuelle a refait surface

Je pensais enfin avoir réussi à fermer ce livre.

Pourtant, quelques mois plus tard, en allant chez l’ostéo pour des problèmes de dos, celui-ci a trouvé un blocage du périnée, et a tout de suite détecté qu’il était lié à quelque chose d’émotionnel.

Lorsqu’il a commencé à le débloquer, je me suis mise à sangloté, j’ai versé toutes les larmes de mon corps, comme je n’avais pas pleuré depuis longtemps.

Tout est remonté avec une force incroyable. Je pense que cet ostéo m’a sauvé la vie en quelque sorte.

Il m’a écoutée, et m’a dit que je n’étais en aucun cas coupable, que je n’avais pas besoin de m’excuser, et que j’avais le droit d’être en colère, que ce n’était pas normal…

Ces mots m’ont fait un bien fou : j’avais enfin conscience que je n’étais pas obligée de lui pardonner malgré le fait qu’il soit très important dans ma famille.

Depuis, cette idée a fait un bonhomme de chemin : au début je me suis dit que je n’avais plus jamais envie de voir Thomas*. Puis j’ai réfléchi, j’ai essayé de penser à ce que je voulais vraiment.

La guérison pour moi à ce moment-là n’était pas d’exclure le problème, mais de l’accepter et de le rendre inoffensif.

J’ai donc pris ma décision : cet été pendant nos vacances en commun, je voulais à nouveau lui parler, à lui, à ses parents et à mes parents.

Je voulais parler une dernière fois de ce qui s’est passé, des torts de chacun, de ce que mes parents et ses parents auraient pu faire pour l’éviter. J’avais besoin que l’on reconnaisse que ce n’était pas ma faute.

Peut-être que c’était ma façon d’obtenir un jugement comme si j’avais été au tribunal. Mais je voulais surtout lui demander de laisser tout cela derrière nous.

Mes vacances d’été avec mon agresseur et nos familles

Suite à l’écriture de ces lignes, j’ai eu l’envie d’en reparler à Thomas*, et je l’ai appelé pour lui dire que ce n’était toujours pas fini dans ma tête, que j’avais besoin qu’on en reparle, et avec tout le monde.

Sa première réaction a été de me dire qu’il ne viendrait pas en vacances, que j’allais tout gâcher entre nos familles, même s’il était très triste que je n’aille pas mieux et dégoûté parce que mes parents et les siens savaient.

Je lui ai dit que c’était lâche de ne pas venir, et que ce qui c’était passé n’allait pas forcément tout changer : nos parents s’adorent, et sont assez intelligents pour faire la part des choses.

On a conclu la discussion en disant qu’il viendrait, et il est venu, mais même si j’avais décidé d’en parler avec lui et avec ses parents, ça n’a pas été possible pour plusieurs raisons.

Déjà il y avait beaucoup de monde et de passage pendant les vacances, donc pas vraiment les conditions idéales pour avoir ce genre de discussion.

Ensuite, lui-même était dans une mauvaise période, et je n’avais pas envie de l’enfoncer. Sa présence n’était pas facile à vivre, mais supportable.

Je me suis juste rendu compte que je ne supportais pas qu’il me reproche quoi que ce soit, ou qu’il me parle ne serait ce qu’avec un ton un tout petit peu sec.

J’ai aussi pris conscience que je n’étais jamais vraiment moi-même lorsqu’il était là, ou que nous étions avec ses parents… Comme si je me mettais à l’écart toute seule pour ne pas avoir à supporter que l’idée me revienne en tête.

Parler de mon agression sexuelle aux parents de mon agresseur

La rentrée est arrivée, et avec elle beaucoup de remise en question, ainsi que l’impression d’avoir totalement perdu confiance en moi… Je ne me reconnaissais plus.

J’ai alors décidé d’aller voir une psychothérapeute, qui m’a un petit peu aidée, et incitée à parler à ses parents si j’en ressentais le besoin.

Pendant les vacances de la Toussaint, l’occasion s’est présentée, nous sommes partis en vacances avec mes parents et ceux de Thomas*, sans lui. J’ai alors pris mon courage a deux mains, et ça a été dur.

La première réaction de sa mère a été de me dire :

« Je ne vois pas ce que l’on a à se dire. »

Premier choc, je ne m’attendais pas à ça. Je pars alors, en pleurs, me réfugier au calme.

Elle me rejoint, et je vois qu’elle est sur la défensive. Elle me dit que la personne avec qui je dois en parler c’est lui, et qu’eux n’ont rien à dire, et qu’ils ne lui en parleront pas.

Elle me demande ce que j’attends d’eux… je réponds que je ne veux pas que l’on fasse comme si de rien n’était. Pour elle ce n’est pas le cas — sauf que l’on ne s’est pas adressé la parole de l’été, et ils ne sont pas venus me parler !

Pour eux, c’était à moi de venir si je voulais. Pour moi, ils auraient pu venir me voir.

Elle me dit aussi que l’on a tous vécu des choses difficiles, et qu’elle aussi a déjà subi des choses similaires, mais que c’est à moi de faire le choix de voir le positif ou de me renfermer sur moi-même.

A suivi une discussion sur le fait que c’est à moi de trouver la force de passer au-dessus, de faire les choix qui sont bons pour moi et qu’ils respecteront, même si je ne dois plus voir Thomas* et faire en sorte que l’on ne se croise pas sur les vacances par exemple.

Faire le deuil et avancer, mon prochain objectif

Je suis ressortie de cette discussion en me disant qu’ils avaient raison sur le fait que c’est à moi de trouver la force d’avancer, mais perplexe face à leur manière de gérer ce qui s’est passé avec leur fils.

Même s’ils m’ont dit qu’ils ne minimisaient pas, et que j’avais le droit de l’avoir vécu comme un traumatisme, j’ai ressenti d’une certaine façon une volonté d’atténuer mon vécu, en me disant que certains ne le vivraient pas aussi mal, ou que nous sommes tous et toutes confrontées à ça.

J’ai quand même l’impression que cette discussion a été utile, mais n’a pas mené exactement à ce que j’espérais.

J’essaye de me focaliser sur la deuxième partie, qui était de tirer du positif et d’avancer… et je vais continuer à aller chez la psy pour essayer de retrouver un semblant de confiance en moi !

Je me demande aussi si cette perte de confiance est liée à ça ou à autre chose.

Je me demande s’il ne serait pas temps de ne plus penser ou parler de cette histoire, d’en faire quelque chose de passé et d’avancer ? Même si j’ai l’impression que c’est difficile.

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