Zones humides, de Charlotte Roche

Pondu par Mademoiselle So le 10 mars 2009  

Zones humides, de Charlotte Roche 2009 03 13 chroche

S‘assumer simplement et exposer son quotidien comme si les hygiénistes n’existaient pas, c’est la ligne de conduite qu’adopte Charlotte Roche dans Zones humides. Le premier roman de l’auteur d’origine allemande est qualifié parfois de pamphlet féministe, parfois de pied de nez aux codes connus. C’est vrai, mais ça n’est pas tout. Zones humides, traduit de l’allemand Feuchtgebiete, est une invitation à dédramatiser sa relation au corps, à l’écouter, à l’aimer surtout.

 

Zones humides, un énième récit trash ?

Peut-être, mais pas à cause du sexe. Le roman débute sur l’entrée à l’hôpital de la protagoniste suite à une fissure anale, mais ça n’est qu’un prétexte pour attirer l’attention du lecteur. L’entrée en matière est déroutante, mais pas choquante, grâce à la relation décomplexée qu’entretient la protagoniste avec son corps. C’est plutôt sur des thèmes comme la descendance ou la relation au père que l’auteur est la plus transgressive. L’héroïne a économisé pour se payer sa stérilisation, afin de ne pas coller au destin que sa mère lui prédit régulièrement. Quant à son père, a-t-il envie de coucher avec sa fille ? Encore une fois, ça n’est pas une imagination salace mais un questionnement conscient et naïf que présente Charlotte Roche.

Hélène Memel, porte-drapeau d’une nouvelle génération ?

18 ans, à l’hôpital pour une fissure anale provoquée par un rasage intempestif, Hélène ne rêve que d’une chose, que cette occasion permette à ses parents divorcés de se croiser. Elle échafaude des plans, rouvre sa cicatrice anale tout juste opérée pour rester plus longtemps, afin de laisser plus d’occasions à ses géniteurs de se réconcilier. Mais rien n’y fait, ils ne viendront la voir que rarement et séparément. Tant pis, c’est encore une preuve qu’il faut se construire au maximum sans influence et indépendamment de sa famille…

Bisexuelle, sodomite et captivante

Alors que l’éducation sexuelle adolescente traditionnelle est souvent synonyme de mauvais souvenirs, pas une seule de ses initiations n’a un goût de regret. Toutes ses expériences ont été choisies, et à 18 ans, elle apparaît comme une jeune fille épanouie dans ses choix. Bisexuelle, adepte de la sodomie et des bordels, pas une fois dans la bouche d’Hélène le récit ne paraît provocant ou sale. Pourtant la jeune femme décrit avec précision ses expériences de nettoyage corporels ou au contraire l’acceptation de ses propres odeurs, mais à la place de vouloir fermer « Zones humides » et de l’oublier, c’est plutôt l’envie de le faire tourner qui domine !

Connais-toi même, by la Pythie ET maintenant Charlotte Roche.

Hélène réussit à ne pas s’imprégner de la morale de sa mère, frustrée par une vie ratée, pour se forger ses propres codes relationnels. C’est donc sans barrière ni tabou qu’elle évolue dans l’apprentissage de son corps et de sa sexualité, se laissant guider par ses envies et sa curiosité.

Il semble bien que si le livre a si bien marché, c’est parce qu’il pose les bases d’une nouvelle ère : La provocation est derrière nous, laissant place à une vraie connaissance de soi. En gros, c’est l’heure de ne pas se prendre au sérieux, d’accepter d’avoir des fantasmes, d’arrêter les lingettes. C’est la bonne voie pour jouir souvent et beaucoup. 

EXTRAITS :

« J’ai sagement attendu mon dix-huitième anniversaire et personne ne m’a invitée. J’ai donc tout fait par moi-même. J’ai cherché le numéro des bordels de la vielle que j’ai tous apelés en demandant poliment s’il y avait des putes qui montaient aussi avec des femmes. On n’en voit pas tous les jours. (…) Je voulais aller voir une pute que j’ai choisie dans le salon, à l’entrée. Tout à fait comme moi, en version noire. »

« la face antérieure de la chatte, si j’appuie bien fort dessus, j’ai l’impression que je vais me pisser sur la main et je jouis tout de suite, la plupart du temps. Ce genre d’orgasme fait souvent jaillir un liquide qui ressemble à du sperme. Il n’y a guère de différence entre les hommes et les femmes, à mon avis. »

Ca vous a plu ? Faites tourner !

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Les 10 dernières réactions à cet article

Lire l'intégralité des 30 commentaires

  1. Le 19/04/2009 à 16h46

    J'en ai lu les 3/4, à la Fnac ( ^^').

    Mon opinion:
    D'abord le style d'écriture: très simple, banal. Ce qui le démarque est sa vulgarité. En effet les mots comme "chatte" peuvent être répétés de nombreuses fois en une même page.
    Je n'ai pas du tout apprécié la vulgarité du langage: on peut parler sexe sans tabou sans pour autant être vulgaire.
    Ensuite le contenu. Tout simplement excentrique, dégoutant, et ennuyeux. Une fille s'est faite une fissure anale en se rasant, elle se remémore ses anecdotes sexuelles pendant son séjour à l'hôpital. Ce qui explique peut-être la forme très simple d'écriture: nous sommes dans les pensées du personnage, qui est lui même ordinaire si l'on ne tient pas compte de sa sexualité.

    Une des phrases particulièrement écœurantes qui illustrent le roman:
    Citation:
    Quand je pose ma chatte sur la lunette (des toilettes), j'entends un joli bruit de baiser mouillé, et j'absorbe tout ce que les autres ont laissé, que ce soient des poils, des taches ou des flaques de couleur et de consistance diverse.
    Je précise que le personnage principale ne cesse de rappeler comme il se délecte des substances que son corps rejette (crottes de yeux, mouille, crottes de nez, pertes blanches...) pendant tout le livre. Particulièrement répugnant donc.

    Enfin le prix, 14E. Selon moi il n'en vaut pas la moitié.
    Certes, je vous en conseille la lecture car c'est intéressant de lire des choses différentes, ce roman étant pour le moins atypique.
    Cependant, utilisez vos 14E dans de "meilleurs" livres. Celui ci n'étant pas très intéressant et pas vraiment plaisant à lire. Je ne m'attendais pas à ça, c'était comme une surprise. Surprise décevante.
  2. Le 20/04/2009 à 19h40

    Je plussoie absolument Hirondelle21!

    Jusqu'ici en lisant vos posts, je me demandais si j'étais la seule à n'avoir pas aimé ce livre.

    Pour faire court, je le trouve provocateur, écrit (ou traduit?)grossièrement, je n'ai rien trouvé d'interressant (ni sur le fond ni dans la forme) à ce qu'on nous raconte des trucs que je qualifierais de sado-maso-pornographiques.
    Si j'avais su, je ne l'aurais jamais acheté et si c'est pour lire ce genre de contenu alors autant acquérir des titres de la collection "arlequin" rouge ou des bouquins de ce genre (ça m'aurait couté moins cher aussi!).
  3. Le 21/04/2009 à 09h27

    Le but du bouquin, c'est peut-être d'ouvrir un débat sur ce que l'on doit considérer comme répugnant ou pas, non ?

    Je pense qu'une lecture intelligente de ce bouquin consisterait au moins en (à ?) remettre en question notre rapport au corps... Parce que lire des "cochonneries" juste pour lire des cochonneries, évidemment, ça ne sert pas à grand chose.
  4. Le 21/04/2009 à 13h16

    Citation:
    Posté par Laetitia Voir le message
    Le but du bouquin, c'est peut-être d'ouvrir un débat sur ce que l'on doit considérer comme répugnant ou pas, non ?

    Je pense qu'une lecture intelligente de ce bouquin consisterait au moins en (à ?) remettre en question notre rapport au corps... Parce que lire des "cochonneries" juste pour lire des cochonneries, évidemment, ça ne sert pas à grand chose.
    Je pense aussi. A priori le fond du bouquin (qui me semble extrêmement intéressant) finit par être complètement masqué par la forme que l'auteure a employée (le trash ; qui n'est pas un exercice facile, mais plutôt un art avec lequel elle a, selon ce que je lis, du mal). Quel dommage ! Rien qu'en sachant ça (la forme de son écriture), je n'ai pas envie de le lire. Mais ce qui est soulevé en fond mérité d'être souligné et interrogé, clairement.
  5. Le 22/04/2009 à 08h44

    Citation:
    Posté par Laetitia Voir le message
    Le but du bouquin, c'est peut-être d'ouvrir un débat sur ce que l'on doit considérer comme répugnant ou pas, non ?
    Ben.. Dans ce cas-là, il ne fait que jouer sur une question qui a déjà été évoquée par des dizaines d'auteurs, de philosophes, et bien mieux qu'en se laissant aller à du trash facile. Je pense à Artaud, à Céline, un peu à Deleuze également (ce sont les premiers qui me viennent en tête, mais vraiment pas les seuls). Qu'ils témoignent, comme Charlotte Roche d'un "amour" du corporel et des rejections organiques ou d'un dégoût du corporel ils posent finalement la même question sur le corps et notre perception de ce dernier. La question finalement c'est de savoir pourquoi on perçoit telle ou telle chose comme répugnante, à quoi elle nous renvoie, etc, et de ce que j'a pu lire elle ne me semble pas vraiment répondre à cette question mais tourner autour avec une provoc facile :/
    Au-delà de la question des productions organiques telle qu'elle semble posée par Charlotte Roche, il y a aussi tout ce qui est philosophie du corps etc. Enfin moi, elle ne me semble pas amener quelque chose de nouveau finalement..
  6. Le 22/04/2009 à 10h04

    Je n'ai pas dit qu'elle apportait forcément quelque chose de nouveau Atsu, seulement sa lecture est sûrement plus accessible pour une fille lambda que du Céline...
    (d'ailleurs merci pour les références, je me renseignerai. Tu as des noms d'ouvrages précis en tête ?)
  7. Le 22/04/2009 à 11h34

    Ben techniquement l'expression "ouvrir le débat" implique qu'elle apporte quelque chose de nouveau, du moins une autre dimension à la réflexion voire une réflexion novatrice en elle-même.. Enfin ce n'était pas particulièrement pour contester ce que tu disais, c'était plutôt parce qu'elle a un peu tendance à se présenter elle-même comme quelqu'un qui fait un truc trop révolutionnaire et novateur justement en ouvrant ce débat.
    Pour Artaud, Le Rite du Peyotl chez les Tarahumaras, qui se trouve en podcast gratuit sur le net, évoque le fait que grâce au peyotl il se découvre un corps sans organes, le détachement du corps, etc, du coup il est content. Chez Artaud le dégoût du corps provient surtout des organes, il n'en veut pas ahah, mais je pense que ça peut être rapproché de ce qu'évoque Charlotte Roche, dans le sens où finalement c'est la même chose, le dégoût de l'intérieur, des mécanismes, de ce que notre corps crée/rejette, du fonctionnement, de ce qui est organique, animal. Chez Céline c'est un peu partout dans son oeuvre, dès qu'il évoque la médecine : Mort à Crédit, Voyage au bout de la nuit, et là c'est avant tout parce que le corps est mortifère, il est tombeau et accumulation de misères (selon moi hein, mon interprétation vaut ce qu'elle vaut).
    Deleuze n'évoque pas à proprement parler le dégoût du corps (il me semble que si en fait, mais pas avec des références précises). Il a écrit un article avec Félix Guattari que tu dois pouvoir trouver sur internet, qui s'intitule "Comment se faire un corps sans organes ?". Il n'est pas question de dégoût du corps, mais il y a une réflexion intéréssante autour du corps, du fait qu'en tant qu'organisme notre corps est mis en place socialement etc, qui rejoint (et avec bien plus de finesse) ce que semble vouloir soulever Charlotte Roche.

    Après ce n'est pas un sujet que je connais bien, donc mes références ne valent sans doute pas grand chose, mais c'était surtout pour souligner que Charlotte Roche ne sert à rien
    Si le sujet t'intéresse il y a eu un colloque à Paris III apparamment intitulé "Penser les matières du corps. L'organique dans tous ses états." dont je n'arrive pas à trouver de descriptif sur internet, je ne sais pas trop ce que ça a donné mais il doit y avoir pas mal de références du coup.

    Evidemment rien de tout ça ne se situe exactement dans la même démarche que Charlotte Roche mais c'est (selon moi) parce que Charlotte Roche ne se situe pas dans une démarche intellectuelle sincère, elle est dans le factice, la surenchère, l'accumulation, et non pas dans la réflexion.. Le côté "je vous offre une réflexion" ne semble finalement que lui servir d'excuse pour écrire quelque chose de trash. La réflexion sur le corps que proposent d'autres auteurs permet, peu à peu et sans prétentions ou volonté de provoquer, d'amener à une réflexion sur le corps, sur la vision que nous en avons etc, alors que chez elle je ne trouve pas que ce soit le cas. Je m'avance un petit peu, parce que je n'ai pas lu son bouquin en entier mais énormément d'extraits un peu partout sur le web (pas seulement les extraits officiels) mais de toute façon je ne me vois pas acheter son bouquin, donc..

    Finalement si les questions du corps, de la conception du corps etc. t'intéressent, pour commencer et surtout parce qu'il sera sans doute celui qui déploiera le plus large éventail de réflexions diversifiées, il y a le Que sais-je ? La Philosophie du Corps de Michela Marzano. La philosophe a également dirigé l'écriture d'un Dictionnaire du Corps.
  8. Le 22/04/2009 à 11h43

    Citation:
    Posté par Atsu Voir le message
    Ben techniquement l'expression "ouvrir le débat" implique qu'elle apporte quelque chose de nouveau, du moins une autre dimension à la réflexion voire une réflexion novatrice en elle-même.. Enfin ce n'était pas particulièrement pour contester ce que tu disais, c'était plutôt parce qu'elle a un peu tendance à se présenter elle-même comme quelqu'un qui fait un truc trop révolutionnaire et novateur justement en ouvrant ce débat.
    Pour Artaud, Le Rite du Peyotl chez les Tarahumaras, qui se trouve en podcast gratuit sur le net, évoque le fait que grâce au peyotl il se découvre un corps sans organes, le détachement du corps, etc, du coup il est content. Chez Artaud le dégoût du corps provient surtout des organes, il n'en veut pas ahah, mais je pense que ça peut être rapproché de ce qu'évoque Charlotte Roche, dans le sens où finalement c'est la même chose, le dégoût de l'intérieur, des mécanismes, de ce que notre corps crée/rejette, du fonctionnement, de ce qui est organique, animal. Chez Céline c'est un peu partout dans son oeuvre, dès qu'il évoque la médecine : Mort à Crédit, Voyage au bout de la nuit, et là c'est avant tout parce que le corps est mortifère, il est tombeau et accumulation de misères (selon moi hein, mon interprétation vaut ce qu'elle vaut).
    Deleuze n'évoque pas à proprement parler le dégoût du corps (il me semble que si en fait, mais pas avec des références précises). Il a écrit un article avec Félix Guattari que tu dois pouvoir trouver sur internet, qui s'intitule "Comment se faire un corps sans organes ?". Il n'est pas question de dégoût du corps, mais il y a une réflexion intéréssante autour du corps, du fait qu'en tant qu'organisme notre corps est mis en place socialement etc, qui rejoint (et avec bien plus de finesse) ce que semble vouloir soulever Charlotte Roche.

    Après ce n'est pas un sujet que je connais bien, donc mes références ne valent sans doute pas grand chose, mais c'était surtout pour souligner que Charlotte Roche ne sert à rien
    Si le sujet t'intéresse il y a eu un colloque à Paris III apparamment intitulé "Penser les matières du corps. L'organique dans tous ses états." dont je n'arrive pas à trouver de descriptif sur internet, je ne sais pas trop ce que ça a donné mais il doit y avoir pas mal de références du coup.

    Evidemment rien de tout ça ne se situe exactement dans la même démarche que Charlotte Roche mais c'est (selon moi) parce que Charlotte Roche ne se situe pas dans une démarche intellectuelle sincère, elle est dans le factice, la surenchère, l'accumulation, et non pas dans la réflexion.. Le côté "je vous offre une réflexion" ne semble finalement que lui servir d'excuse pour écrire quelque chose de trash. La réflexion sur le corps que proposent d'autres auteurs permet, peu à peu et sans prétentions ou volonté de provoquer, d'amener à une réflexion sur le corps, sur la vision que nous en avons etc, alors que chez elle je ne trouve pas que ce soit le cas. Je m'avance un petit peu, parce que je n'ai pas lu son bouquin en entier mais énormément d'extraits un peu partout sur le web (pas seulement les extraits officiels) mais de toute façon je ne me vois pas acheter son bouquin, donc..

    Finalement si les questions du corps, de la conception du corps etc. t'intéressent, pour commencer et surtout parce qu'il sera sans doute celui qui déploiera le plus large éventail de réflexions diversifiées, il y a le Que sais-je ? La Philosophie du Corps de Michela Marzano. La philosophe a également dirigé l'écriture d'un Dictionnaire du Corps.
    Merci d'avoir pris le temps de répondre, merci pour tout ça Atsu !
  9. Le 08/05/2009 à 11h49

    "1 bonne raison de bouder Zones humides, de Charlotte Roche : Puisqu'il en faut une, le style, qui n'est pas extraordinaire, mais en même temps, c'est pas le principal..."

    Le style n'est pas le principal? Alors qu'est-ce que la littérature?! Vous essayez de démontrer que cet ouvrage n'est pas un récit gratuitement trash mais vous choisissez un extrait qui dessert totalement votre théorie.

    Arrêtez de penser que tout le monde peut s'improviser critique littéraire! Contentez vous de parler de robes et de bijoux vous n'êtes pas capable de plus...

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