J’ai testé pour vous… vivre dans un camion

Hamschi' vit depuis deux ans dans un poids lourd aménagé avec son copain. Un mode de vie pas banal qui leur convient complètement !

J’ai testé pour vous… vivre dans un camion

— Article initialement publié le 10 novembre 2014

Ça fait deux ans maintenant que je vis dans un poids lourd, que nous avons aménagé nous-même avec mon copain. Cette idée ne nous est pas venue sur un coup de tête, mais plutôt avec l’expérience.

Ma rencontre avec P.

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Jamais je ne me suis dit « quand je serai grande, je vivrai dans un camion ». D’ailleurs je ne savais pas vraiment que ça se faisait, ou alors je n’y avais jamais vraiment pensé !

Mais voilà : l’année de mes 18 ans j’ai rencontré P, avec qui je suis en couple depuis maintenant cinq ans. P vivait en camion depuis quelques années déjà : il voyageait beaucoup pour son travail, et devait partir pour plusieurs semaines sur des chantiers, ne revenant que certains week-ends.

Plutôt que de payer l’hôtel, c’était plus facile pour lui de vivre dans un petit camion aménagé. Il faisait des économies, et c’était même devenu tout un mode de vie.

Pour les week-ends et les vacances, c’était une véritable aventure. Chaque matin nous pouvions nous réveiller dans un nouvel endroit, découvrir de nouveaux paysages. Il n’y avait pas de contraintes de réservation d’hôtel/camping/chambres etc. Nous pouvions partir à tout moment de la journée et pour la destination de notre choix.

Mais pour moi, c’était juste un véhicule de loisir. Imaginez un utilitaire du type de ceux qui font les livraisons de colis, avec un lit deux places, une petite armoire, un mini-coin cuisine et une banquette avec table pour manger : vivre à deux avec un chien dans un petit espace, ça va pour les vacances, mais y habiter toute l’année était difficilement envisageable.

Quand on commence à avoir des projets à deux

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Après quelques années en couple, vivre chacun de son côté en se voyant de temps en temps ne nous satisfaisait plus. On voulait vivre ensemble pour de bon.

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Dans le petit camion de P, ce n’était même pas envisageable. C’est là qu’il m’a proposé de vivre en poids lourd. Il en avait déjà parlé à plusieurs reprises, mais je ne l’avais jamais pris au sérieux. Sauf que ce jour-là, il l’était vraiment.

Si je me suis demandé si j’avais vraiment envie d’investir dans un véhicule pareil, et surtout si j’en avais les moyens, en ce qui concerne l’envie, je n’avais aucun doute !

Mais je n’avais pas vraiment de sous de côté, et quand tu veux acheter un véhicule de dix-neuf tonnes qui fait douze mètres de long, tu ne t’en sors pas pour 1000€. Et là, j’étais un peu moins sûre d’avoir envie !

P m’a rapidement montré ses calculs : en admettant qu’il nous fallait entre 5000 et 10 000€ pour l’achat d’un véhicule d’occasion, plus 10 000 ou 15 000€ de matériel et de matériaux pour l’aménagement intérieur, cela équivalait à deux ou trois ans de loyer pour un logement « classique ». Sauf qu’au bout des deux-trois ans, nous serions propriétaires d’un petit appartement.

Vous imaginez que je n’ai pas été longue à convaincre.

Surtout que cela s’accorde bien avec mon travail : je me considère comme agricultrice, même si je ne suis pas encore officiellement installée à mon compte. Mais je travaille dans des fermes comme salariée, souvent pour des contrats de quelques mois, ce qui nous permet de changer régulièrement d’endroit.

Trouver LE camion… et le rendre habitable

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C’était parti pour plusieurs mois de recherches pour trouver LE camion dans lequel on voudrait vivre.

Après plusieurs visites, nous sommes enfin tombés sur celui qu’on voulait ! C’était un monstre de dix-neuf tonnes pour douze mètres de long et huit mètres cinquante de caisse habitable, avec en plus une capucine qui s’avançait au-dessus de la cabine conducteur et de nombreux coffres sous la caisse.

À ce moment-là, c’était encore une bétaillère à chevaux (pour huit chevaux précisément) et un home car (une petite partie aménagée), donc tout l’intérieur était pleins de crottin… Ajoutons que c’était un vieux coucou de plus de trente ans, donc forcément, il n’était pas en super état.

Mais bon, il avait vraiment de la gueule, et mon mec c’est MacGyver : il sait tout faire et rien ne lui fait peur !

On l’a acheté, et c’était parti pour plusieurs semaines d’aménagement. Isolation, parquet, lambris, circuit électrique, circuit gaz, aménagement des pièces… on a tout fait de A à Z (enfin surtout lui !).

Et on est plutôt fiers du résultat ! La porte d’entrée donne sur l’espace cuisine/salon, on a une salle de bain, une chambre à coucher, un atelier pour les outils/machine à laver/affaires de boulot, et même un espace rangement qui peut se transformer en chambre d’amis. Et tout ça dans 22m² ! Difficile à imaginer, hein ?

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L’espace cuisine/salon.

Le truc, c’est que dans les camions, tout est fait, tout est calculé pour gagner de la place. Les soirées raclettes à dix personnes ne nous font pas peur !

Notre entourage était sceptique au début, surtout quand ils ont vu l’état dans lequel était le camion quand on l’a acheté : il ressemblait plus à une épave qu’autre chose, et il était difficile d’imaginer ce que cela pouvait donner. Mais maintenant ils trouvent ça génial quand ils voient le résultat et les économies que l’on fait ! Et ils nous félicitent pour notre empreinte écologique faible.

Une envie de liberté et d’autonomie

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Pour nous, vivre en camion c’était avant tout une envie de liberté et d’autonomie.

Nous n’avons pas de loyer à payer, pas de taxe d’habitation. Nous sommes autonomes en électricité grâce à nos panneaux solaires. Nous avons une cuve d’eau de 800L qui nous permet d’être autonomes pendant deux à trois semaines.

Pour la remplir, cela dépend de là où nous nous trouvons, mais nous n’avons jamais eu de problème. Nous avons 150 mètres de tuyau. Quand on est posés dans un endroit (une ferme la plupart du temps), on est directement branchés à un robinet. Et quand on ne peut pas rester branchés, on remplit la cuve sur des points d’eau communaux, pour les camping-cars par exemple.

Et on a un poêle à bois pour nous chauffer l’hiver. Bref l’autonomie, quoi !

Pouvoir partir où on veut quand on veut, pour nous ce n’est plus un rêve. Il nous faut moins de vingt minutes pour ranger l’intérieur, on allume le moteur et c’est parti ! Sauf que là, c’est toute la maison qui part avec nous !

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La salle de bain.

Bien sûr, un poids lourd consomme énormément de fioul, donc écologiquement parlant et pour le portefeuille, ce n’est pas super. C’est pourquoi on ne se déplace pas tous les deux jours ; d’ailleurs on bouge rarement maintenant que mon copain se forme lui aussi au métier d’agriculteur, et à chaque fois c’est pour le boulot, donc une fois qu’on y est, on y reste pour plusieurs mois. Mais rien que de savoir que c’est possible, c’est vraiment énorme !

Faire de la place dans sa vie en faisant de la place dans ses affaires

Vivre dans un camion, c’est aussi faire des concessions. Tu n’as pas de place pour du superflu, pour entasser des affaires. Tu comprends vite qu’il faut revenir à l’essentiel.

Il a fallu que je fasse un tri dans mes affaires. Et ça s’est avéré plus facile que je ne le pensais. Tu te rends rapidement compte de ce qui est inutile, de ce que tu utilises de temps en temps mais dont tu pourrais te passer. À la fin, ce qui m’a vraiment surprise, c’est de me rendre compte de la quantité de choses inutiles que j’avais pu entasser !

Aujourd’hui, j’ai une toute petite armoire pour mes fringues, une toute petite cuisine, un tout petit salon, une toute petite salle de bain… mais j’ai énormément de place dans ma vie ! Plus d’encombrement !

J’ai donné plus de 50% de mes affaires personnelles, et elles ne me manquent pas. Vivre en camion m’a permis de réaliser que le pouvoir d’achat n’est qu’une supercherie. On veut toujours plus, on veut du neuf… mais pour quoi ? Pour faire comme son voisin ? Pour être heureux ?

Je suis bien plus heureuse depuis que je suis revenue à l’essentiel !

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L’atelier/débarras.

Vivre en camion, c’est aussi avoir une approche écologique. J’ai toujours été sensible à la protection de l’environnement, mais depuis que j’ai changé de lieu d’habitation, j’ai fait un énorme pas en avant.

Avoir une cuve de 800L d’eau, ça oblige à faire attention à notre consommation. Nous consommons 2 mètres cube d’eau par mois, soit 24 mètres cube par an à deux, contre 57,4 en moyenne par habitant par an selon le site du Service public d’information sur l’eau.

Nos eaux usées partent directement au sol, nous n’avons pas de fosse septique. Nous n’utilisons donc que des produits ménagers et d’hygiène 100% bio et non polluants pour l’environnement, que je fabrique moi-même avec des produits naturels (comme du bicarbonate, de l’argile, du vinaigre blanc…). Nous nous chauffons avec du bois qui provient de la ferme où nous passons l’hiver, et quand on va aux toilettes, ça sent la sève grâce aux copeaux de bois que nous utilisons pour les toilettes sèches !

Bref, pour moi, vivre en camion c’est être en accord avec mes principes, c’est avoir l’esprit libre et c’est pouvoir partir à l’aventure où je veux quand je veux ! Alors, c’est quand que vous achetez le vôtre ?

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Voici le dernier commentaire en date :

  • MamZLLiz@
    MamZLLiz@, Le 4 décembre 2016 à 15h06

    Très intéressant.

    Je commence justement à réfléchir à vivre dans un véhicule. C'est une idée qui m'a toujours rebutée, mais aujourd'hui je me dis que ça aurait pu me faciliter la vie.

    Je suis expatriée et je m'inquiète pas mal pour mon retour en France. Ce n'est pas prévu pour tout de suite, mais je me souviens à quel point c'était compliqué de trouver un logement en île-de-france puis la galère du trajet jusqu'au travail avec la ratp. Si je reviens, je n'aurais même pas les avis d'imposition et les 3 fiches de salaire et tout pour me constituer un dossier de location. Même quand je les avais on ne voulait pas de moi. Tout ça pour payer une fortune et vivre dans un 30m2...

    Du coup je me disais qu'habiter dans un van ou un truc du genre devait drôlement faciliter les choses. Le seul hic, c'est que je ne saurais pas quoi faire de mon chien quand je serais au boulot.

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