Les violences conjugales, ce meurtre de masse : 50 femmes assassinées en quelques mois

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En France, les violences conjugales tuent. Et ces morts ne sont pas des accidents, elles ne sont pas involontaires. Analyse glaçante et nécessaire.

Les violences conjugales, ce meurtre de masse : 50 femmes assassinées en quelques mois

Mise à jour du 30 juin

Après l’insoutenable article de Slate sur les féminicides en France (lire ci-dessous), c’est à présent sur Libération que Titiou Lecoq parle de toutes ces femmes assassinées dans la quasi-indifférence générale.

Tous ces « faits divers », ces « crimes passionnels », ces « drames amoureux » enterrés dans la presse régionale, qui ont un point commun : une femme est morte. Souvent parce qu’elle ne voulait plus partager la vie d’un homme.

Les violences conjugales sont un meurtre de masse

C’est tout un dossier que Libération consacre aux violences conjugales, ce « meurtre de masse » comme le journal ose l’appeler.

Accessible sans abonnement, le terrifiant portrait des dizaines de femmes assassinées depuis ce 1er janvier 2017 : «Elle s’appelait Emilie, elle avait 34 ans» : une année de meurtres conjugaux.

L’horrible réalité défile au fur et à mesure de la lecture. Toutes ces histoires sordides, similaires, crues, injustes, violentes. Toutes ces femmes tuées par un homme, au nom de « l’amour ».

Tous ces coups de feu, de couteau, d’outils de boucher. Ces étranglements, ces viols, ces coups de poing, de pied. Au point de tuer.

Un autre article accessible est celui signé Sophie Gourion, créatrice du Tumblr Les Mots Tuent. Le titre est percutant : et si les journalistes arrêtaient d’être des serial killers ?

Cet écrit se focalise sur les euphémismes désignant les violences conjugales, les meurtres, les assassinats et les viols. Ce ne sont pas des actes « passionnels » ni des « dérapages ». Ce sont des crimes.

« Un proche d’une victime m’avait dit un jour au sujet d’un titre d’article problématique : «C’est comme si on la tuait une deuxième fois.» Journalistes et rédactions, ne devenez pas des serial-killers. »

J’ai eu la nausée en lisant ce dossier. J’ai eu envie de hurler, de pleurer, de lutter. Je me suis forcée, en me disant que ne pas les ignorer, c’était bien le seul hommage que je pouvais rendre à ces femmes assassinées.

Je vous recommande cette lecture, le cœur en bandoulière, malgré la douleur qu’elle génère.

Les féminicides en France mis en lumière

— Le 23 juin 2017

Le 12 juin, je prenais un train à destination de Paris. Le trajet a duré le double de temps par rapport à ce qui était prévu. « Un accident sur la ligne » contraignait le train dans lequel je me trouvais à faire un détour.

C’est ce qui avait été annoncé dans les haut-parleurs. En réalité, ce n’était pas un accident. Il s’agissait d’Émilie, assassinée par son ancien compagnon à 34 ans. Il l’avait attachée sur les rails et s’est suicidé au moment du passage du même train.

Émilie, Titiou Lecoq lui a consacré quelques lignes, dans un article paru sur Slate. Aux côtés de nombreuses autres femmes.

Un travail de fourmi pour documenter les féminicides

Ça fait des mois que Titiou Lecoq recense, notamment grâce à la presse quotidienne régionale (« PQR »), les cas de femmes assassinées. Et son constat est glaçant.

« En réalité, ce n’est pas une gifle ou un coup de pied qui aurait malencontreusement entraîné la mort. L’homicide involontaire est l’exception, il représente moins de 10% des cas.

Bien sûr, avant la mise à mort, il y a souvent eu des violences mais ces femmes ne meurent pas de coups. Elles meurent parce qu’on a décidé de les tuer. »

On perçoit la colère à travers ses mots, et honnêtement, je ne peux que la comprendre. D’autant plus quand on continue de voir le sujet si peu ou si mal traité.

L’effroyable banalité des féminicides

On voit s’égrainer au fur et à mesure les cas de féminicide, dans une effroyable banalité. Un seul d’entre eux est déjà trop, et l’accumulation rend le phénomène insupportable.

« En général, on tue sa femme chez elle. Parfois en présence des enfants. »

À partir de cette revue de presse quotidienne, on prend conscience de l’ampleur et du caractère récurrent de ces actes de « folie ». On réalise qu’il s’agit d’un phénomène systématique, pas seulement d’histoires singulières et privées.

« La folie, longue ou passagère, ne s’affranchit pas des règles du genre, ni des constructions sociales. Elle ne balaye pas tout sur son passage. Au contraire, elle révèle les biais les plus sombres de notre société. »

La suite, incroyablement poignante et nécessaire, à lire sur Slate.

À lire aussi : Les violences conjugales n’ont rien de « passionnel » : ce n’est pas l’amour qui tue

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Commentaires
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  • Magnus
    Magnus, Le 24 juin 2017 à 12h11

    Pour moi ça y est, le lien fonctionne !

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