Le pipi des mecs est bienvenu dans la rue, celui des femmes reste un tabou

Les urinoirs écolo, qui changent le pipi en engrais pour fleurs, font polémique à Paris. Et Mymy se demande où en sont les options mixtes lui évitant d'avoir à s'accroupir entre deux voitures...

Vous connaissez, si vous me lisez depuis un moment, mon amour pour une certaine forme de râlerie. Après tout, j’ai inauguré la rubrique La Minute Ronchon, dédiée à cette formidable activité : ME PLAINDRE !

Je vous propose donc d’ouvrir cet article avec un top 3 des propositions qui me font grincer des dents au quotidien.

— On va bruncher dimanche dans ce nouveau restau qui vient d’ouvrir ?

Je rappelle que le brunch est une immense arnaque et que payer 22€ pour du café, du jus d’orange et des œufs brouillés, c’est vraiment ne pas se respecter.

— On va à Disneyland ce 15 août ?

Vraiment une belle idée ! J’adore faire la queue pendant 2h34 en plein cagnard, entourée d’enfants surexcités, pour une attraction durant approximativement 7 minutes. Et le tout pour plusieurs dizaines d’euros ! (Oui je suis radine.)

— Il fait beau, on fait une soirée sur les quais ?

Mais évidemment, José Porteurdebite ! Surtout que toi, tu pourras éclater un pack de bière et aller faire pipi dans l’eau tranquillement. ET MOI ALORS ?

J’ai passé l’âge de m’accroupir entre deux voitures comme quand j’étais étudiante. Alors évidemment que le sujet BRÛLANT des pissotières écolo à Paris m’a donné envie d’écrire.

L’urinoir écolo fait polémique à Paris

Les urinoirs bons pour la planète sont signés Faltazi, et portent le doux nom d’Uritrottoir.

L’urine vient arroser un lit de matière sèche qui sera récupéré puis composté (capacité : 180 pipis). Sur le dessus, une jardinière fleurie attire le regard ; on pourrait croire qu’en se soulageant, on fait pousser les hortensias.

L’Uritrottoir, déjà présent dans quelques grandes villes dont Paris, est revenu dans l’actualité car un exemplaire a été installé sur la très chic Île Saint-Louis, dans le IVème arrondissement.

Libération relaie les propos d’une commerçante :

« Vous vous rendez compte, juste sous les fenêtres de l’hôtel de Lauzun, l’un des plus beaux hôtels particuliers de l’Île ! »

Bon alors personnellement, les Oncles Picsou désespérés de voir leur trottoir (public, rappelons-le) « défiguré », ça ne me fait pas verser de larmes. C’est mon côté gaucho.

Mais il faut croire que l’argument tourisme a fonctionné : l’Uritrottoir du IVème va être déplacé ! De quelques mètres… car il faut avouer qu’il est drôlement situé, et se voit comme un chibre dépassant d’une braguette mal fermée.

Les urinoirs écolo, symboles du sexisme ?

La critique qui m’a plus intéressée, au-delà du standing parisien, c’est celle faite à ces urinoirs, considérés par certaines comme des rappels que l’intimité des hommes est bienvenue dans l’espace public, alors que celle des femmes est vue comme honteuse.

Dans l’actualité reviennent régulièrement des mobilisations de femmes réclamant leur droit à allaiter dans les lieux publics, par exemple. Car le sein, à la base, n’est pas sexuel, mais sert à nourrir un bébé !

Drôle de paradoxe, donc, de cacher ce nichon que le monde ne saurait voir…

Tout en assistant à des objets spécialement pensés pour que ces messieurs puissent sortir leur teub en toute détente — pour un acte aussi peu sexuel que le fait d’allaiter.

Quelles options pour une femme ayant besoin d’uriner dans la rue ?

En tant que jeune femme vivant à Paris, si j’ai un besoin pressant dehors, voici les choix qui s’offrent à moi :

  • Essayer de gruger un café en faisant semblant d’être une cliente utilisant les WC
  • Payer une conso dans un café pour avoir le droit d’utiliser les WC
  • Négocier avec l’équipe d’un café pour accéder à leurs WC
  • Utiliser les sanitaires publics — parfois dégradés, malodorants, et pas toujours ouverts 24h/24
  • M’accroupir dans un coin que j’espère tranquille et faire mon affaire en espérant que personne ne passe

L’option « accéder à un lieu propre, gratuit, écolo et pensé pour mes besoins » n’existe pas vraiment.

Et encore, une grande ville comme Paris offre plusieurs alternatives. Dans la plus petite cité où j’ai grandi, les bars fermaient tôt et très peu de sanisettes étaient installées.

Autant vous dire que c’était dans le caniveau ou rien. Comme un chien, oui.

Tout le monde pisse, alors prenons tout le monde en compte

Je ne blâme pas la ville de Paris pour cette installation d’Uritrottoirs.

Le problème des mecs qui urinent dehors est une réalité, et chaque matin je slalome entre les flaques de pisse séchées dans des coins de rue, des embrasures de porte, dégoulinant élégamment sur le bitume…

À croire qu’il est impossible pour un mec de se retenir ! Alors que bien des femmes passent des heures à contenir leur envie d’uriner (ce qui n’est pas très bon pour la santé).

En soi, je comprends bien la problématique d’être dehors, en proie à une envie pressante. Car ça arrive à TOUT LE MONDE, pas seulement aux hommes.

Tant mieux donc si les municipalités améliorent l’accès aux toilettes, répondant à un besoin naturel et à une vraie question de santé publique.

Mais… et nous, alors ?

Et pour les femmes qui ont besoin d’uriner ?

Être dépourvue de pénis, ça demande un peu plus de logistique pour un petit pipi. Il faut se dévêtir davantage, s’assoir (ou faire l’hélicoptère au-dessus du siège), s’essuyer…

Si vous me demandez mon avis, les hommes aussi devraient exiger du papier et de quoi se laver les mains, mais bon, s’ils veulent sentir mauvais du slip c’est leur problème.

J’aimerais qu’il y ait plus de sanitaires publics, qu’ils soient en meilleur état et ouverts en permanence, qu’on puisse utiliser les WC d’un commerce sans avoir à négocier en faisant des yeux de Chat Potté.

« Je dois faire pipi. Genre, dans une salle de bains. Comme une dame. »

Au final, cette question qui peut paraître triviale, celle de l’accès aux toilettes, c’est du vivre-ensemble. C’est permettre à tous ET TOUTES de se sentir accepté·e, respecté·e dans l’espace public.

C’est citoyen. Eh oui.

En attendant, on peut se mettre au pisse-debout et le dégainer fièrement pour arroser nous aussi la matière sèche des Uritrottoirs. Et gare à qui se moquera !

Un jet de côté est vite arrivé…

Et vous, vous avez vu passer cette polémique ? Qu’est-ce qu’elle vous inspire ? Pisser dehors, c’est fingers in the nose ou mission impossible ?

À lire aussi : J’ai testé pour vous… faire pipi debout avec le Freelax !

COMMENT AVOIR UN TEINT PARFAIT ?

Mymy

Mymy, entre deux bouquins qu'elle chronique parfois en vidéos, est la rédac-chef adjointe/correctrice/community manager de madmoiZelle. Elle aime rester chez elle, les chatons mignons, la raclette du dimanche et les séries télé avec des retournements de situation dedans.

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