Rock en Seine, jour 2 — Nuits Fauves, nez cassé et chimpanzé

Rock en Seine 2013, jour 2, vu par Amélie : le soleil s'est fait la malle, mais pas les festivaliers, ni les artistes !

Rock en Seine, jour 2 — Nuits Fauves, nez cassé et chimpanzé

Rock en Seine et son atmosphère

Après la soirée groovy et illuminée d’hier, il a fallut ré-enfiler mon pass rutilant pour aller kiffer le son. Tu te doutes bien que je ne me suis pas faite prier. Et ça tombe bien, car ce deuxième jour de Rock en Seine affichait complet. Imagine les soldes de Noël chez Citadium : c’était à peu près pareil.

Je suis arrivée tant bien que mal après les aléas du métro et ses colis piégés. À 18 heures tapantes, j’étais sur le site, prête à faire claquer de la Vans dans la poussière.

Black Rebel Motorcycle club et la femme chocolat

À mon grand dam, j’ai loupé de peu La Femme. J’ai eu de très bon échos de leur prestation toute la journée, mais je t’avoue que ça ne m’a pas enchantée sur le papier, et même après avoir tenté d’écouter toute leur discographie j’ai décrété que c’était vraiment pas mon truc. Je ne suis point parfaite.

©Judith Florent

Attirée par le bruit des guitares (et aussi un peu transportée par la foule faut dire) je me suis dirigée vers la grande scène qui accueillait les motards de Black Rebel Motorcycle Club. Je me suis calée un peu en retrait sur le haut de la butte : c’est un bon plan pour profiter des concerts tranquille, on y voit bien et on est pas trop serrés.

J’ai apprécié le rock US des trois musiciens (dont le fils de Michael Been, chanteur de The Call). C’était cool de voir enfin du véritable rock’n’roll dans un festival qui porte un nom pareil. Dans la journée j’ai entendu un « ça devrait plutôt s’appeler Électro en Seine », et c’était pas tout à fait faux…

J’étais en train de commencer à ressembler à un gallinacé sous ecstasy lorsque, d’un mouvement de tête, je m’aperçus que je profitais du concert à douze centimètres d’Olivia Ruiz. Normal.

Ça c’est beaucoup moins normal par contre. 

J’avoue, être toute seule à un festival au début ça fait un peu bizarre. Mais ça a aussi ses avantages : tu peux te balader de scène en scène en te faufilant entre les gens aussi vite que la brise entre les branches, sans avoir à traîner une tribu de potes. Tu es libre comme l’air et totalement autonome.

J’ai donc décidé de quitter ma place, et c’est armée d’un nouveau granité trop cher que j’ai suivi mes oreilles qui me hurlaient de me rendre vers le boom-boom si contagieux qui provenait de la scène de l’Industrie.

À Rock en Seine ils laissent des singes aux platines

Ce que j’entendais me plaisait : un son electro aux accents un peu dub bien vénère et totalement euphorique. Autour de moi tout le monde était totalement fou. Je les comprends, vu le set complètement jouissif qu’était en train de nous pondre le petit génie sur scène.

Je ne suis pas très grande. En concert, deux possibilités s’offrent à moi : soit je suis aux barrières, soit je ne vois rien. En l’occurrence, à 18h50 à Rock en Seine, ma vue se résumait à un t-shirt humide, un homard volant et un chapeau en forme de gâteau d’anniversaire. C’était un peu triste.

Alors j’ai décidé de tenter de me mettre sur la pointe des pieds. Il fallait que j’aperçoive le visage de ce messie à la platine tendre. Mon sang ne fit qu’un tour. En face de moi, à une dizaine de mètres, un chimpanzé sautillait gracieusement (non) sur la scène.

J’ai d’abord pensé que le mammifère avait sans doute mangé le DJ, dans un élan d’existentialisme. J’ai vite dû me rendre à l’évidence, le primate était à l’origine de toute cette mascarade.

Je m’attarde plus précisément sur la performance et le drôle de masque de Kid Noize, dans le focus artiste un peu plus bas.

L’abandon

Rock en Seine c’est l’histoire de centaines d’objets personnels abandonnés à leur triste sort. Beaucoup trop d’ondes : les téléphone se suicident du haut de nos poches et les portefeuilles disparaissent comme par magie. Les lunettes de soleil SFR abandonnées jonchent le sol à la recherche de leur propriétaire négligent. Sans parler des trousseaux de clé qui hurlent tout leur désespoir entre deux ToiToi.

Alors que je me dirigeais vers la grande scène, voulant me placer correctement pour Nine Inch Nails, évènement de la journée, j’ai marché sur une boule noire informe. N’y faisant pas attention au départ je suis revenue sur mes pas. Cette chose me chiffonnait. Quelle n’a pas été ma surprise quand je découvris un joli sweat tout crotté et plein de traces de pas ! À voir sa mine fatiguée, j’ai déduit qu’il avait dû passer au moins la moitié de la journée à essuyer les Doc Martens.

N’écoutant que mon grand coeur, j’ai décidé de le recueillir. Après avoir vivement tenté de retrouver son propriétaire sans résultats, ce cher petit bout de tissu a trouvé une deuxième vie en passant par la case lessive. Je lis madmoiZelle et je veux une médaille.

Métaphore réaliste. 

Nine Inch Nails et la parenthèse gore

Y avait pas mal de raisons de se rendre à Rock en Seine cette année. Nine Inch Nails en faisait partie. C’est vraiment pas souvent que Trent Reznor fait le déplacement avec son groupe « modulable ». NIN c’est un peu un emblème des années 90, un évènement qu’il serait un peu ballot de louper.

Cette fois-ci je m’y étais donc prise à l’avance. J’avais prévu ma place, bien au milieu, à environ quatre rangées des barrières. Après une longue demi-heure d’attente — mais avec l’espoir de voir un truc un peu foufou — le groupe arrive et la foule décède. À côté de moi, un homme d’une quarantaine d’années lance un baiser vers les cieux (je rigole pas). L’âge moyen semble avoir monté d’un petit cran tout à coup. Les fans de la première note arborent leurs plus beaux t-shirts et hurlent le nom du groupe en choeur.

Y a de l’ambiance. Y a beaucoup d’ambiance. Y a beaucoup trop d’ambiance. Beaucoup troooop làààà.

J’ai pas eu le temps de me demander ce que c’était que ce pied qui traînait à trois centimètres de ma tête avant de me le prendre en plein dans le nez. Monsieur le gentil slameur s’envole vers d’autre cieux alors que mon tarin commence à saigner ; j’avais beau me tenir très fort le pif, mi-sonnée-mi-vexée, personne autour de moi n’a eu la bonne idée de me demander si ça allait.

Bref, plus de peur que de mal, je décidais de continuer de profiter du concert comme une warrior. Tout à coup, un énorme cercle se forme autour de moi, et je sens se réveiller mon âme de pogoteuse. Quand tout le monde se fonce dessus je dois avouer que c’est totalement con, mais que ça fait un bien fou.

Forcément, au bout de cinq minutes j’avais trébuché sur un gobelet et je me retrouvais les fesses dans la boue. À ce moment-là, j’ai vu rouge. Parce que vous savez, mes amis pogoteurs, mosheurs, slameurs, circlepit-eurs et autres noms bizarres en -eurs, il y a des règles quand on fait ce genre de trucs. La première est et sera toujours qu’il faut AIDER LES PERSONNES À TERRE À SE RELEVER et ne pas leur marcher dessus comme des animaux.

J’ai fait pas mal de concerts où la fosse ressemblait plus à un trampoline ou à une gentille baston géante — Rancid et son armée de gentils punks par exemple. C’est pourtant la première fois que personne ne m’a tendu la main. Bonne ambiance, merci.

Bref, pendant ce temps Trent imposait son sarouel style sur la grande scène. Il me semblait que dehors il faisait froid. Je n’étais pas sûre, étant donné que je faisais à ce moment-là partie d’une énorme masse humaine compacte et globalement 20° plus chaude que la température extérieure. Les mecs ont plus de 25 ans de carrière et ça se voyait. Le chanteur a assuré son set impeccable avec une voix puissante et assez impressionnante.

Dès que la nuit est tombée, le jeu de lumières se fit plus présent. Des panneaux LED mobiles ont été ajoutés au fond de scène. Le set s’habillait d’une touche d’électro. Les morceaux sont devenus soudain plus planants, moins lourds. Quand Trent s’en est allé au bout de plus d’une heure de concert, tout le monde (sauf ma cloison nasale) s’est accordé pour dire que malgré ses petits 48 ans, ce mec reste top moumoute.

Like the legend of the Phoenix

Je vais être honnête avec toi, j’aime pas Phoenix. Mais bon, ça aurait été carrément con de ne pas y jeter un oeil quand même. N’écoutant que mon nez meurtri, j’ai été me chercher un plat de nouilles sautées thaï au coin nourriture du monde — histoire aussi de ne pas attendre comme une cruche sur la pelouse.

©Judith Florent

Salut toi et toi.

Quelques minutes plus tard j’avais réussi à me greffer à un duo de festivaliers. Tout à coup je redevenais un être sociable. Un des deux jeunes hommes, en ingénieur hors pair, m’expliqua comment il avait réussi à faire passer du rhum au travers des contrôles de sécurité : dans des Pom’Potes. Le génie. Je me devais de partager cette mirifique astuce avec toi.

Phoenix n’a pas tardé à se ramener sur scène dans une voiture de golf, une entrée pas narcissique pour un sou. J’imagine que ce concert était bien, vraiment. Thomas Mars gérait vraiment son truc, je dois l’avouer. Je ne pourrai pas t’en dire plus étant donné que je suis partie au bout de deux chansons. La lassitude sans doute.

Fauve, la confirmation

Bon tout ça c’était bien beau, mais si j’avais si envie d’être là aujourd’hui c’était surtout pour ce qui m’attendait en fin de soirée. C’était d’ailleurs en partie pour ça que j’avais quitté un peu précipitamment la prestation des Versaillais. Fauve, c’est un peu la sensation slam-rap-visuelle-pop du moment. Je voulais pas rater ça.

En y allant je suis passée devant la scène où Fritz Kalkbrenner déroulait son DJ set. Ça ne m’a pas tellement plus illuminée que la prestation de son grand frère, donc j’ai assez vite continué ma route — on va dire que je ne suis pas passée au bon moment…

Je l’avais plutôt joué short dans le timing car quand je suis arrivée devant la scène Pression Live (organisée par Kronenbourg), une bonne masse déjà compacte attendait le collectif français. Et moi qui voulais y voir quelque chose… soudain, j’ai eu une illumination et mon bracelet VIP parut briller un peu dans la nuit.

Deux minutes plus tard, je me trouvais dans un espace privilégié, en hauteur, avec une vision parfaite de la scène. Comme quoi fallait pas cracher sur les huîtres.

 Hallelujah

Les mecs de Fauve ont donné une prestation qui m’a émue. Vraiment. Genre, presque aux larmes. Je les ai sentis sincères, ce qui est de plus en plus rare. Du coup j’en ai fait mon super focus concert.

Pour moi, la journée s’est terminée de la meilleure des manières. Dans ma tête y’a plus d’blizzard. Et c’est plutôt cool.

Focus artiste — Kid Noize

Kid Noize c’est un Belge assez fou pour décider de mixer avec un masque de singe. À vrai dire, c’est plutôt à la mode de jouer le teasing derrière un déguisement en ce moment (je pense aux Daft Punk, aux Bloody Beetroots). Mais celui-ci reste un de mes préférés.

La façon dont il remue, avec ce masque sur sa tête, est presque flippante : je suis sûre que cet homme a joué dans La Planète des Singes version Franklin J. Schaffner, qu’il a 150 ans et qu’il vient pour nous hypnotiser avec sa musique électro qui a le don de te transporter plus loin que Pluton.

Le Kid, comme on aime l’appeler, a fait plusieurs premières parties de Stromae et de Faithless, avant d’avoir droit à ses propres concerts.

Poussé par sa nostalgie des années 80/90, Kid Noize multiplie les références à la pop culture entre réalité et fiction. En bref, cette personne est perchée, mais juste ce qu’il faut. D’ET à Retour vers le futur en passant par Rencontre du troisième type, ses références gagnent un grand Big Up de ma part.

Bon par contre il est pas bête le gorille, il sait y faire pour garder son identité secrète. Il ne te reste plus qu’à le considérer comme un nouveau super-héros, ou bien retourner tout l’Internet …

Focus concert — Fauve

Puisque j’étais perchée en hauteur avec une vision aérée sur la scène, tout était bien parti pour passer un très agréable moment en compagnie du collectif Fauve. Quand les cinq garçons arrivent sur la scène, ça grouille déjà de monde. Beaucoup ont boycotté la prestation de Phoenix, sans doute trop prévisible, pour venir goûter du talent tout neuf.

Ici on se la joue sobriété et poésie. PAR et Lyres se reposent, ne laissant que la lumière d’un vidéoprojecteur éclairer les musiciens. L’ambiance est un peu mystique, leurs ombres se dispersent et donnent un côté authentique à cette prestation au visuel soigné. Normal, quand on sait que le collectif compte des vidéastes et des graphistes. C’est au final près de vingt personnes qui collaboreraient de près ou de loin à Fauve.

Pour l’instant, le groupe n’a pas encore énormément de chansons à son actif. Durant ce set assez court, ils ont au final joué toutes les chanson de leur EP Blizzard, sorti en mai 2013. La session de Rock en Seine a beau être plutôt courte, elle est intense.

Le spoken word (genre de poésie parlée) crève le monde et parfois crève le coeur. Ça se démène sur la scène. Le public reprend facilement le « haut les coeurs » et Blizzard semble déjà être un petit classique dans son genre.

C’est dans la continuité de ce que j’avais déjà entendu d’eux : perçant et pertinent. Les phrases de Fauve ont beau être parfois déchirantes, bâtardes (Nuit Fauve) l’ambiance n’est pas aux pleurnicheries. C’est ça aussi Fauve : l’optimisme dans la grisaille.

Je suis heureuse de voir que les gens sont réceptifs et attentifs. Je pense que Fauve était sincère. Je pense que les mille « merci » ne pouvaient pas sortir d’un petit être narcissique et formaté par la hipsterisation-cool ambiante. On devine qu’ils sont heureux d’être là.

C’est un peu sur le cul que Fauve annonce que ce qui leur arrive est totalement fou : « il y a même pas un an, on était dans des bureaux, on avait l’blizzard ». Maintenant, le collectif a réussi à tenir tête aux pointures de Phoenix, dans un des plus gros festivals français. Crois-moi, après ce que j’ai vu ce soir, leur place, ils ne l’ont pas volée.

Tu étais à Rock en Seine ce samedi 24 août 2013 ? Tu as retenu quoi de cette journée ? 

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Voici le dernier commentaire en date :

  • BarbarelladeParis
    BarbarelladeParis, Le 28 août 2013 à 18h56

    Depuis que j'ai vu NIN samedi, je me remets tjs pas.

    Je pense que c'est le mélange Trent Reznor=sex + setlist d'enfer ("Closer", putain!) + jeu de lumières à te rendre dingue.

    Qqun peut me donner des conseils pour surmonter le coup? <3

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