Être réserviste dans l’Armée de Terre

Je m’appelle Anna, j’ai 22 ans et des brouettes, et depuis un peu plus de quatre ans maintenant, je suis réserviste dans l’Armée de Terre (les majuscules c’est pour faire corporate).

Être réserviste dans l’Armée de Terre

Je me suis engagée par envie un peu après mes 18 ans : je viens d’une famille de militaire, mon père m’avait parlé de l’unité de réserve de son ancien régiment et de ce qu’il avait fait pour la faire décoller, il ne m’en fallait pas plus pour signer. D’autant que j’ai longtemps voulu m’engager – la réserve opérationnelle était donc un bon moyen de voir si, oui ou non, j’étais « faite pour ça ».

(Je ne vous fais pas languir : la réponse est non. L’armée n’est pas pour moi. J’ai adoré cette expérience, je ne me sens pour l’instant pas prête à démissionner (même si j’ai largement levé le pied sur mon implication), mais je ne pourrais pas y faire carrière – et ce pour des raisons tenant plus à ma personnalité qu’à l’expérience vécue)

Les membres de la réserve opérationnelle sont recrutés, formés pour appuyer l’armée d’active (les « professionnels »), tant pour le quotidien que pour les missions type Vigipirate, voire celles à l’étranger (Liban, Afghanistan pour ne citer que ces deux théâtres). On a grosso modo le même programme (selon le grade) que les personnels d’active, mais en condensé puisque l’apprentissage se fait sur des périodes plus courtes.

Et les personnels féminins, dans tout ça ? Je ne vais pas vous mentir, ce n’est pas toujours de la tarte. Certains vous considèrent comme incompétente de nature (vous êtes une femme), un joli vase (vous êtes une femme), une solution à leur morne vie sexuelle (vous êtes une femme), ou quelqu’un n’ayant simplement rien à faire là (vous êtes une femme). Certains aux idées particulièrement avant gardistes considèreront toutefois que puisque vous êtes ici, c’est que vous le méritez (mais ne le diront quand même pas trop fort, solidarité masculine oblige).

Mais la réserve permet aussi de faire plein de chouettes expériences (la plus chouette étant de « faire râler les cons », copyright l’instance paternelle), de rencontrer des personnes qu’on n’aurait pas pu rencontrer ailleurs (ou alors, avec lesquelles on ne se serait pas lié, parce qu’on n’aurait pas un seul instant imaginé pouvoir avoir quelque chose à se dire). Par exemple, celle avec qui j’ai été binômée durant ma formation initiale est devenue l’une de mes plus proches amies (et c’était loiiiiin d’être gagné d’avance), j’ai pu descendre en rappel, apprendre à piloter une P4 (vous savez, les Jeep militaires !) … Et m’apercevoir aussi que moi, la marmotte de la famille (il arrive que mon frère vienne vérifier que je respire encore et que je ne suis pas morte dans mon sommeil), je suis capable de me lever à 5h30 et de me coucher vers minuit pendant plusieurs semaines, voire de dormir moins de deux heures dans la nuit et d’y survivre.

Je me suis découverte, aussi, beaucoup moins « petite fille à son papa » que je ne pensais l’être, plus résistante, tenace (c’est après avoir abandonné un raid – à 1 km de la fin, mais chut – que je me suis jurée de ne plus jamais laisser tomber), pas si chochotte que ça, moins complexée (je n’ai pas réussi à me faire dispenser du port de short de sport en été, et a priori personne n’est encore mort d’avoir vu mes jambes) (futilité j’écris ton nom) …

Pourtant, tout n’a pas été rose : j’ai eu un instructeur qui avait eu des problèmes avec mon père et me le faisait payer, la fille qui avait le complexe du vilain petit canard et a été sommée de se calmer avant que je me plaigne officiellement de harcèlement moral, les « reproches » (doux euphémisme) sur mon manque de disponibilité alors que je m’étais libérée à l’improviste pour trois semaines parce que certains n’avaient pas été fichus de transmettre mon compte rendu d’absence et que donc, il manquait quelqu’un … Et puis, les personnels d’active nous prennent souvent pour des guignols (eux vrais militaires, nous amateurs de barbecue et de Heineken), les civils ne nous aiment pas forcément plus (on ne sert à rien, on emmène les enfants pas sages en prison – hhmm en fait, on est juste venus fumer notre clope de 7h10) (SCOOP ! Nous sommes des êtres humains doués de sensibilité et de sentiments !) … Et les allusions douteuses à ma
petite culotte, plus ou moins récurrentes (encore que j’ai été relativement épargnée).

Au final ? J’y ai gagné une solide amitié, quelques inimitiés (les filles restent des filles, jalousie à deux balles incluse), beaucoup d’ouverture d’esprit (au point même de faire d’une antimilitariste une très bonne amie), des muscles et beaucoup, beaucoup de choses à raconter.

— Illustration Timtimsia

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Calie:)
    Calie:), Le 22 janvier 2012 à 1h01

    "Le monde est dangereux à vivre, non pas tant à cause de ceux qui font le mal, mais de ceux qui regardent et laissent faire" Einstein. (bon je connais la citation seulement parce que j'ai un discours à faire dessus.)

    En tout cas, je trouve que, justement, ceux qui sont dans l'armée, même dans les forces de l'ordre en général sont tout le contraire de ceux qui regardent et laissent faire. Parce qu'en effet, des gens qui font le mal, il y en aura toujours, mais pour ce qui est des gens qui agissent contre eux, c'est plus difficile à trouver...

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