L’auteur de la semaine – Ray Bradbury

Chaque semaine, Myriam H. viendra vous parler littérature, vous faire découvrir un auteur ou un bouquin qui mettra du soleil dans vos petits cœurs. Aujourd’hui, elle rend hommage au génial Ray Bradbury, récemment décédé.

L’auteur de la semaine – Ray Bradbury

J’aurais préféré ne pas avoir à faire deux « Auteurs de la semaine » d’affilée, et vous parler, comme prévu, d’un seul bouquin ce jeudi. Mais voilà, hier, mercredi 5 juin 2012, la nouvelle est tombée : l’auteur américain de science-fiction Ray Bradbury est mort, à l’âge respectable de 91 ans. Et il mérite bien un hommage sur madmoiZelle, à travers ses trois œuvres phares.

« Si on ne peut avoir la réalité, un rêve vaut tout autant« 

Impossible d’évoquer ce grand monsieur qu’était (oh, ce verbe au passé…) Ray Bradbury sans parler de son livre-phare, Chroniques Martiennes, recueil de nouvelles publié en 1950. Ces vingt-sept textes se déroulent entre 1999 et 2026 et relatent les multiples essais humains pour coloniser une planète Mars loin d’être inhabitée, ainsi que la destruction de la Terre par la folie des hommes (en l’occurrence, une guerre nucléaire).

La colonisation, l’idée de « frontière » chère aux Américains, les prouesses technologiques, la confrontation avec l’ « autre », l’ « étranger » (en anglais « alien« ), le danger du progrès, le concept du « foyer » (qui n’est plus une maison, ni une ville, mais une planète entière) sont les thèmes récurrents de Chroniques Martiennes, un recueil de (science-)fiction aux personnages et aux enjeux dramatiquement réalistes. Une petite trentaine d’histoires courtes qui se dévorent rapidement, mais font réfléchir pour longtemps, surtout à une époque où la colonisation de Mars n’est pas tout à fait hors d’atteinte.

« Le mot « intellectuel » est, bien entendu, devenu l’injure qu’il méritait d’être.« 

Ray Bradbury est également indissociable de son autre œuvre majeure, le très pessimiste roman de science-fiction Fahrenheit 451, qui nous présente Montag, le « pompier » très spécial d’un futur imprécis dans lequel tous les livres doivent être détruits par le feu. Publié en 1953, en plein dans le maccarthisme (la « chasse aux sorcières » publiquement menée envers les communistes (ou prétendus communistes) aux États-Unis), ce roman, bien que dystopique (présentant un futur plus sombre que le présent), est profondément ancré dans son époque, celle d’une chasse aux intellectuels, dénoncés par leurs propres amis et voisins au nom du « bien commun » et de la sécurité nationale.

La société présentée dans Fahrenheit 451, basée sur la consommation et le contrôle des esprits via la publicité, les médias et la paresse intellectuelle encouragée par le pouvoir, trouve des échos en 2012, cinquante ans plus tard, comme on peut par exemple le voir dans les films Idiocracy ou Equilibrium. Ce roman culte est (malheureusement) encore d’actualité, et fait office de piqûre de rappel lorsqu’il s’agit de poser un regard clair sur le monde qui nous entoure.

« Les souvenirs, disait mon père, sont comme des porcs-épics.« 

L’homme illustré, une œuvre plus « mineure » que Chroniques Martiennes ou Fahrenheit 451, conte l’histoire d’un étrange vagabond que rencontre un narrateur anonyme. Son corps est couvert de tatouages mouvants, d’un réalisme et d’une beauté insoutenables, qui, chacun, racontent une histoire, dont les dix-huit nouvelles qui forment ce recueil. Cependant, ils gâchent la vie de leur « propriétaire », déterminé à retrouver la tatoueuse qui l’a ainsi marqué pour la forcer à les retirer.

À travers une petite vingtaine de nouvelles, Ray Bradbury prend le prétexte de ces fabuleux tatouages pour conter l’histoire de son époque : le racisme, la guerre, la conquête de l’espace, les dangers de la technologie… tous les thèmes chers à l’auteur se rejoignent dans ces textes aussi oniriques et réalistes que ceux de Chroniques Martiennes. Là encore, L’homme illustré se lit rapidement, mais pose des questions qui perdurent à travers les décennies et ne sont toujours pas obsolètes, un demi-siècle plus tard.

Si vous ne connaissez pas encore Ray Bradbury, je ne peux que vous le conseiller – même à celles qui, a priori, n’aiment pas la science-fiction. Le bon côté des livres, c’est qu’ils sont immortels.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Poppiz
    Poppiz, Le 10 juin 2012 à 19h44

    Paul Auster la dernière fois, maintenant Bradbury, si la semaine prochaine l'article est sur Hoffman ou Lovecraft, je pourrais officiellement dire que nos esprit font la connexion spirituelle.
    Les Machines à Bonheur aussi est un classique de Bradbury, certaines nouvelles absolument magnifique, à pleurer.

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