Pourquoi les crevettes, c’est pas net

Les crevettes sont des créatures venues d’un autre monde. Fascinantes, dégoûtantes, et pourtant si souvent décortiquées : . La preuve.

Pourquoi les crevettes, c’est pas net

« Ohlàlà, ça lui a pas suffi de craquer son slip avec les écureuils de Londres, de s’inventer un piaf qui n’existe pas avec le kakapo, il faut qu’elle nous défèque une pendule sur les crevettes, maintenant », vous êtes-vous dit à la lecture du titre de cet article (ne mentez pas, je le sais). « Mais que lui a donc fait la pauvre crevette ? », ajoutez-vous… et si vous vous posez honnêtement cette question, c’est que vous n’avez jamais vraiment regardé une crevette dans le noir de ses petits yeux vitreux.

Et accessoirement, non, je n’ai pas inventé le kakapo. Arrêtez de me poser la question. C’est un monde, ça, tout de même, que de sans cesse remettre en cause la moindre de mes allégations, comme si mes propos n’étaient pas sérieux.

Donc nous disions : la crevette. Et je parle de la crevette en général, cette créature saugrenue qui trottine sur un trop-plein de pattes en regardant le monde autour d’elle avec toujours cette même question dans les crottes de lapin qui lui servent d’appareil oculaire : comment en suis-je arrivée-là ?

 « Quid ? » (via)

Vous conviendrez que c’est un animal intrigant, qui vaut la peine que l’on se penche sur son cas le temps d’un article. La crevette grise, la crevette rose, la crevette-mante, la crevette banane (qui n’est pas une invention de mon esprit malade, je vous remercie), ou les gambas qui ne sont jamais que de grosses crevettes… On nage littéralement en plein délire.

Plongeons ensemble dans le monde extraordinaire de la crevette, de ses petites pattes dégueulasses à son funeste destin.

La crevette n’est pas celle que vous croyez.

Les crevettes, ça a une drôle de tête

Pour commencer, je suis désolée, mais ce truc-là, on dirait une araignée. Ce n’est pas velu comme une araignée — sinon je n’en parlerais carrément pas — mais ça marche comme une araignée, je… Ce petit truc, là, qui peut se glisser n’importe où, avec ses petites pattes fines d’insecte. Oui, je sais que les araignées ne sont pas des insectes. Ou alors un cafard, oui, voilà, ça marche comme un cafard, en bougeant ses antennes, parce que pour faire la différence entre ses pattes et ses antennes, bonjour, hein !

Voir avancer cette petite chose pourtant si frêle me fait frissonner. Mais d’où vient cet animal grotesque, si ce n’est d’une autre planète ? Elles sont arrivées là, les crevettes, il y a longtemps. Elles flottaient dans l’espace en agitant cet ensemble filandreux que sont leurs pattes… Et puis un beau jour, elles sont tombées dans nos océans, et depuis elles cherchent la sortie. En se retrouvant inexorablement dans nos assiettes. Mais nous y reviendrons.

Bon, certes, il y a une quantité effarante de variétés de crevettes. Mais si on passe pour l’instant, par exemple, sur les grosses crevettes qui ne se laissent pas marcher dessus (en mode racailles maritimes, wesh), c’est la même chose avec d’infinies nuances dans la délicatesse de leur robe, dans le vitreux de l’oeil, ou dans le grouillant de leurs pattes.

Tenez, la crevette banane, qui n’est donc pas une chimère issue de mes délires (je vous entends, vous savez), puisqu’en cherchant dans Google avec son petit nom latin qui est Penaeus merguiensis, vous avez des chances de ne pas tomber sur une recette de crevettes à la banane… La crevette banane, donc, est appelée ainsi par les gens qui n’aiment pas se compliquer la vie, parce qu’elle est un peu jaune. Comme une banane.

Mais tu sais qu’une crevette est une crevette accomplie, où qu’elle soit, sous quelque forme un peu grotesque qu’elle soit, au malaise qu’inspire son regard. Si ton père est un sale voleur et qu’il a piqué toutes les étoiles du ciel pour les mettre dans tes yeux, eh bien il y a un grand dérangé, quelque part, qui a pris le Néant Intersidéral, pour le mettre dans les yeux des crevettes. Le Vide.

Le Rien.

Et le Rien te regarde.

Brr.

Les crevettes, c’est parfois des sales bêtes

Soit, je veux bien accepter l’idée qu’une crevette ne me fera pas grand-chose, si ce n’est une vague tentative de high-kick sous l’emprise de plancton périmé. Je n’aimerais pas en voir une se balader sur ma peau nue et innocente, mais soit.

Cela dit, il y a un autre genre de crevette, qui ressemble moins à une crevette, et qui ne s’en laisse pas conter. D’ailleurs, les biologistes dans l’assemblée me diront que ce n’est même pas considéré comme une crevette, et je m’en fous (qu’est-ce que tu vas faire, hein ?).

Il s’agit des « squilles », aussi appelées des « Stomatopoda » mais je me mélange un peu les syllabes, et aussi appelées des « crevettes-mantes ». Elles sont assez connues en raison du fait qu’elles semblent être devenues une sorte de mascottes du Web pour tous ces gens un peu mal dans leur tête comme The Oatmeal, qui trouvent la bestiole fantastique. The Oatmeal y a en effet consacré une longue note dans laquelle il revient sur toutes les particularités de ce monstre des mers (Mantis Shrimp en anglais).

Car c’est un monstre. Vous vous souvenez de la tendre crevette, cet animal fragile et si délicat ? Eh bien la crevette-mante, vous n’avez pas vraiment envie de l’appeler « crevette ». The Oatmeal en parle mieux que quiconque, mais puisque vous êtes là, profitons-en tout de même pour revenir sur deux des caractéristiques du monstre. Non, trois : premier point, c’est un monstre multicolore. Voilà, ça c’est dit.

Deuxième point, ses pattes. Elles ont toujours des petites pattes dégueulasses de crevette, mais elles ont à l’avant des grosses pattes de fifou qui peuvent vous démonter la face d’un seul coup. Oui madame. Elles sont tellement dures, et elles peuvent les bouger tellement vite (en 2 millièmes de seconde) que la vitesse crée comme un bouillonnement explosif. Une sorte de super-attaque qui détruit tout sur son passage même si le monstre vise mal.

Tenez, pour vos beaux yeux, le monstre qui s’acharne sur un coquillage :

Et enfin, troisième point : ses yeux.

Very bad trip.

Les crevettes, elles n’aiment pas les assiettes

Bon, les crevettes-mantes, comme c’est des grosses racailles, je crois qu’aux dernières nouvelles on ne les mange pas. Il faut dire que s’il y en a qui ont essayé, ils ont probablement eu des problèmes. Sachant que la bête est capable de briser le verre d’un aquarium…

Mais la pauvre crevette normale, le petit machin orange qui gît sur les étalages des poissonniers, les pattes au vent et les yeux plus vides que jamais, elle n’a pas cette chance, elle. Elle vivait son bonhomme de chemin, candide, à la recherche de sa planète d’origine, sans s’imaginer un seul instant qu’elle allait finir dans une sauce au curry. Mais ça c’est peut-être aussi parce que la crevette n’imagine rien.

Comment pouvez-vous lui faire ça ? Ou, comme je sens que je vais avoir des ennuis avec les amis des bêtes, ou, en fait, avec tout le monde : comment pouvez-vous vouloir manger ce truc ?

Regarder ses pattes désormais flasques dans votre assiette, avant de les saisir avec vos gros doigts, d’arracher la tête, de… De galérer PENDANT VINGT PLOMBES pour décortiquer cette chose infâme qui même complètement occise trouve le moyen de vendre chèrement le peu de chair qu’elle possède !

Non mais vous trouvez ça normal, vous, de devoir se faciliter autant le transit intestinal pour bouffer trois grammes de chair de crevette ? En plus, je sais pas vous, mais alors moi, systématiquement, j’ai à peine pris mon courage de carnivore à deux pattes, que la saloperie perd un oeil qui vient rouler dans mon assiette.

Et l’oeil noir me regarde.

Et il roule. Il roule.

Il me juge.

L’Oeil de la Crevette.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • MysticSmile
    MysticSmile, Le 25 février 2014 à 1h44

    Juste merci de continuer les articles de cette rubrique, c'est vraiment ma préférée de tout le site, et en plus tu te débrouilles admirablement bien.
    Ps : Remarque en passant, mais est-ce que tu pourrais mettre un peu plus d'infos concrètes sur les espèces en question ? Je pense parler au nom de tous en disant qu'on aimerait pouvoir les ressortir en plein décorticage aux dîners familiaux...

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