J’ai plein de potes mais pas d’amis (et je le vis bien)

Amélie a plein de potes avec qui elle fait des blagues nulles et parle de politique (non), pourtant elle n'a aucun ami. Et tu sais quoi ? C'est loin d'être la fin de l'univers.

J’ai plein de potes mais pas d’amis (et je le vis bien)

Publié initialement le 3 avril 2014

Je ne suis pas là pour geindre comme une chèvre qu’on égorge. Si parfois j’ai l’impression d’être un fantôme, j’ai toujours été entourée. Je n’ai jamais été toute seule face à mon gâteau d’anniversaire et il y a toujours quelqu’un pour venir m’accompagner au cinéma. Je ne me sens pas vide comme un bocal dans le rayon d’une animalerie. Hier, quand mon poisson rouge est mort, j’ai eu quelqu’un à qui parler. Je suis parfois solitaire, mais je suis loin d’être un ermite avec de la barbe jusqu’au mollet.

Pourtant, quand je regarde autour de moi, je me rends compte que la vie a fait un sacré tri. Et puis au final, un ami c’est quoi ? C’est une personne qui aime autant être avec toi pour rire que pour pleurer. C’est quelqu’un qui t’envoie au moins un signe par mois pour te dire qu’il est en vie. Quelqu’un que tu as envie de voir un peu plus. C’est celle ou celui qui ne se contente pas d’une blague sur Facebook pour te souhaiter ton anniversaire.

Alors ouais, je me rends compte que j’ai bientôt vingt-deux ans et, qu’en fait, je n’ai aucun ami.

Et tu sais quoi ? C’est pas si grave.

Quand j’étais petite, c’était facile de s’intégrer. Il s’agissait simplement d’agiter un Mentali cartonné en version brillante sous le nez d’un groupe pour être directement désignée membre privilégié des CM2 du fond de la cour à droite. Quand j’étais petite, j’avais une meilleure amie. Elle s’appelait Mégane et on posait toujours ensemble lors de la photo individuelle annuelle de mon école — tu sais, cette horreur sur fond bleu nuageux. J’allais chez elle et on faisait du trafic de peluches, c’était ça la vraie amitié à l’époque.

Quand j’ai déménagé j’ai ajouté sa photo dans l’album où je mettais les souvenirs de mes animaux morts. On s’est envoyé des cartes postales pendant les grandes vacances puis pendant un mois d’août sur deux, puis plus du tout.

J’ai eu d’autres amis, et j’ai encore changé d’école. À l’époque ça ne m’importait pas plus que ça. Des enfants qui connaissaient Magical Do Ré Mi et capables d’enregistrer leur propre version de Plus près de moi, il y en avait des tas.

Aujourd’hui j’en connais peu qui accepteraient de porter un bob en public. 

Je pense que c’est à partir du collège qu’on peut vraiment parler d’amitié, de liens du sang, de pacte des strings loups et tout ce genre de trucs spirituels. J’ai passé presque tout le collège avec une seule et même personne. J’ai grandi avec elle. J’ai découvert mes premiers groupes de musique, j’ai créé mes premiers Skyblogs. On a partagé nos premier chagrins amoureux nuls et je crois qu’en y regardant bien, il doit rester encore un peu de son ADN sur mon épaule. Je lui faisait confiance et la connaissait tellement que je pouvais le remarquer rien qu’à ses traits quand elle était constipée. C’était vachement beau.

Et puis le bac est arrivé, avec comme finalité l’immense carrefour des études supérieures. J’ai pris une route, elle en a prise une autre. On a bien essayé de rester proches. C’était censé être facile avec les réseaux sociaux et les forfaits sms illimités. Ça n’a pas vraiment été le cas. Et si on s’échange encore deux trois mots gentils, je sais que face à elle, je ne saurais pas aligner trois phrases qui aillent plus loin que la politesse. Oui, on pourrait parler du passé en se tapant dans le dos et en rigolant comme des cachalots, mais notre futur est définitivement foutu. Les gens changent et au fur et à mesure qu’ils construisent leurs vies, ils diversifient leurs centres d’intérêts, leurs fréquentations. Ça me rendait triste, jalouse, déçue de moi-même (après tout, c’était peut-être moi la connasse qui n’envoyait jamais de message le 31 décembre à minuit).

J’ai pas mal bougé en faisant mes études et, à chaque fois, mes plus belles rencontres devenaient mes plus belles déceptions. De connaissances, potes, amis, à rien du tout, il n’y avait rien de plus que quelques mois.

Et deux trois kilomètres. 

Je pense que je suis réellement devenue adulte quand j’ai compris que c’était normal et que je ne devais pas me blâmer, car grandir c’était faire sa vie parfois — souvent — aux dépends de ses relations. C’est pas grave de s’éloigner de quelqu’un pour un temps, ça ne veut pas dire que l’amitié est morte pour toujours. On n’a pas le droit d’en vouloir à quelqu’un parce qu’il grandit — et qu’entre temps, il nous oublie un peu.

J’ai rencontré mon copain, qui est mon seul et unique ami. Lui a réussi à garder des liens très proches avec les mêmes personnes depuis très longtemps. Je l’admire et j’ai parfois envie de chialer quand ils se lancent dans une tirade à base de « et tu te rappelles de ça ? ». Bin ouais, moi j’ai plus que mon vieux fichier « souvenirs » et moi même pour me marrer…

Pourtant, ne va pas croire que je passe mes journées à errer dans les rues en regardant les passants par le bas à la recherche d’une once de sympathie. Je suis bien entourée. J’ai une multitude de potes, de bon potes et même de très bon potes. Je sais que je peux compter sur pas mal de monde. Je ne me sens jamais seule et je sais toujours quoi faire le vendredi soir. Je n’ai simplement personne à qui accorder ma confiance à 300% (à part mon mec, mes parents et mon chien).

La différence entre copain et amis est très floue, elle m’est impossible à expliquer et je pense que chacun la ressent différemment. Je sais seulement que mon entourage est encore changeant, je ne peux pas prédire ce que je ferais plus tard et si les gens avec qui j’ai bu une pinte la veille seront les mêmes que ceux de demain.

Et comme les amis sont ceux qui restent ensemble, quoi qu’il arrive, jusqu’à la fin, je peux décemment dire que je n’ai pas d’amis. Pas pour l’instant. Peut-être plus jamais.

Mais bon, c’est loin d’être grave.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Bitonio
    Bitonio, Le 21 août 2016 à 10h28

    Merci pour cet article qui tombe vraiment à pic !!!!!! J'avais un gros coup de blues vendredi parce que j'ai fait le constat que je n'ai pas vraiment de vrais amis, un vrai vrai ami que tu appelles souvent, que tu vois souvent, à qui tu peux tout dire, avec qui il y a une espèce de contrat implicite ou vous avez que même une dispute n'entachera jamais votre lien.
    Bah ça... J'ai des potes aussi, éparpillés un peu partout que je vois s'éloigner dans leur vie, leur installation avec leur conjoint, et je fais de même. Je m'investi plus en amour qu'en amitié. Je suis aussi peut être plus chanceuse dans ce domaine, mais je privilégie le lien que j'ai avec mon copain qui a tendance à avoir plusieurs casquettes (confident, ami, amant..) Et c'est vrai que j'ai délaissé l'aspect amitié de ma vie.
    Il faut dire que j'ai eu de très bons amis en primaire mais que beaucoup ont déménagés, quand je les ai retrouvé par la suite on avait plus rien à se dire évidemment.
    Au collège aussi, on est toujours en contact avec une mais elle a déménagé tellement... Mais il y en a un qui est toujours un bon pote mais lui il a tellement d'amis que j'ai l'impression d'etre un parmi tout un clan immense. Au lycée, je m'étais fait de super bons potes, un groupe soudé que je voyais tout le monde et qui a littéralement explosé, dispute etc coup bas bref on laisse tomber.
    Bref j'ai l'impression d'avoir eu beaucoup beaucoup de potes et plus rien en ce moment. Juste quelques connaissances et quelques potes qui gravitent dont je prends des nouvelles quand j'y pense.
    Ca m'a fait de la peine parce que j'aimerais avoir au moins une/un vrai ami mais pour l'instant ça ne s'est jamais fait. Je n'ai pas été dans les bonnes dispositions dès l'enfance (mes parents n'avaient pas d'amis qui auraient pu avoir des enfants qui deviennent mes potes, ils ne voyaient pas la famille non plus, je ne pouvais pas inviter les gens chez moi ou très peu car mon père était souvent ivre et c'était pour moi un énorme secret que je ne voulais pas partager) bref ma vie familiale m'a longtemps obligée à rester en surface des choses avec mes amis, je ne pouvais pas les faire rentrer dans mon intimité vu que c'était dur pour moi. Et maintenant je me rends compte que je m'entends bien généralement avec des gens qui ont eu des vies cassées un peu comme moi, mais souvent ils sont aussi compliqués que moi et ça clash à un moment :/
    Bref je viens de me faire larguée par "un pote" qui pouvait potentiellement devenir un ami, c'est un peu de ma faute j'ai laissé le truc mourir mais bon :sad:
    Pas évident de gérer tous les aspects de sa vie, et cet article m'a bien aidé à dédramatiser la chose merci beaucoup !!

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