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Moi, moi et moi

J’ai testé pour vous… être un fantôme

Amélie n’est pas la fille la plus démonstrative du monde. Elle est si discrète que parfois, on l’oublie. Elle devient une sorte de fantôme, l’ombre d’elle-même. Et c’est pas toujours HYPER facile à vivre.

Je n’ai jamais été une grande gueule. Petite, j’étais réservée, de celles qui restaient dans leur coin et qui n’avaient pas besoin d’amis pour s’inventer des histoires.

Attention, je ne dis pas que j’étais la pauvre damnée du fond de la classe, qui parlait avec ses stylos et regardait ceux qui jouaient à l’élastique avec une tête de cocker ! J’avais des amis. Je n’étais pas la fille la plus populaire, mais je regardais quand même de haut les losers avec des chaussures à scratch. J’étais au milieu de cette belle salade d’écoliers qui commençaient seulement à devenir crétins.

J’avais des copines, mais au fond je savais que je n’en avais pas vraiment besoin. Je pouvais m’en sortir toute seule.

Le bonheur, c’est simple comme…

Je n’ai jamais été très à l’aise avec ceux que je considère « supérieurs » à moi. Quand j’étais petite, je souffrais d’une sorte de peur panique des adultes. Je n’aimais pas qu’ils m’adressent la parole. Quand la maîtresse m’interrogeait sur une table de multiplication, mon intérieur se liquéfiait, je n’étais plus qu’un tas de paraffine incapable de prononcer un mot sans qu’il ne résonne en boucle dans mon crâne, avant et après. À huit ans, je me détestais déjà pour ça.

Ma timidité était souvent considérée comme de l’impolitesse. Dire bonjour et au revoir dans une salle remplie de personnes inconnues me donnait envie de vomir ces braises qui me raclaient la gorge. Alors je passais seulement, sans un mot, comme une petite ombre un peu nulle.

Mais je ne voulais pas être impertinente. Je tenais toujours la porte aux gens, et bousculer quelqu’un me valait des reproches à moi-même pendant une bonne partie de la journée. Je me blâmais pour des choses qu’une enfant mal élevée aurait considéré comme des banalités. Pourtant, parfois j’étais considérée comme telle, et je trouvais ça plus qu’injuste.

J’ai grandi, j’ai appris à mettre du sirop anti-flammes dans ma gorge et à devenir courtoise envers mes semblables… en apparence en tout cas. Les situations de communication sont devenues monnaie courante.

Au collège, il me fallait traverser la cour pour aller parler à l’élu de mon palpitant guidé par le trop-plein d’hormones. À la fin de la classe de troisième, je confiai à mon journal intime que j’étais terrorisée à l’idée de ressentir ce sentiment de malaise vis-à-vis des mecs jusqu’à la fin de ma vie. Je ne m’imaginais pas me marier, les mains dégoulinantes de sueur, les oreilles bourdonnantes, les mots se heurtant à la frontière de mes lèvres. J’étais terrorisée à l’idée de rester l’ombre de moi-même toute ma vie.

Plus haut, mais pas plus forte

Adolescente, j’ai voulu combler le vide par un trop-plein d’énergie. Je n’étais pas assez forte pour faire des blagues et exprimer mes opinions de manière normale, alors je les hurlais de façon ridicule dans le fond de la cour, avec mes copines grandes gueules. C’est fou comme on avait l’air connes, c’est fou comme on était pas plus écoutées en se comportant comme des dindes… Je tentais de me créer une assurance qui puait le fake à des kilomètres à la ronde. Au final, je n’étais pas plus entendue, pas plus considérée, pas plus remarquée.

En classe, j’étais toujours la fameuse « copine de », bouffée par la camarade qui me volait la vedette. Les professeurs me reprochaient sans cesse d’être désintéressée, trop loin de la réalité de leur cours, de ne pas assez participer. Du coup, ils m’oubliaient, me confondaient, me parlaient comme à ceux dont ils savaient pertinemment qu’ils zapperaient le prénom une fois le mois de juillet arrivé.

Je me rappelle d’une réunion parent-professeurs où mon cher enseignant (principal, pour te figurer l’étendue de la grosse blague) a conduit l’entièreté du bilan de mon trimestre… en parlant d’une fille d’une autre classe. Lui indiquant que je pensais qu’il se fourvoyait, il a enfin daigné lever la tête et j’ai eu l’impression qu’il me voyait pour la première fois.

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On était en mars. Merde, quoi.

Ah… t’es là ? J’t’avais pas vue

J’ai toujours été animée par deux sentiments contradictoires. J’ai toujours haï la solitude. Elle m’angoisse, me rend plus triste que la mort d’Artax en boucle sous une pluie battante du Nord-Est de la France. Pourtant, à côté de ça, j’aime faire les choses par moi-même, être dans mon coin, sans personne pour venir me casser les ovaires quand je suis à mille lieues d’en avoir envie. Je n’arrive à cogiter que dans le calme.

En grandissant, j’ai fait la paix avec moi-même et accepté que je ne serai jamais la locomotive d’un groupe. Je ne saurai jamais me mettre en avant grâce à des discours de ministre. Je n’arriverai jamais à me défaire de cette boule de stress qui appuie sur mon larynx comme un ganglion.

Chez certains, l’aisance est naturelle, chez moi elle est travaillée tous les jours, toutes les minutes, tout le temps.

Bien entendu, je ne suis plus la même que celle que j’étais petite. Je ne me considère pas comme timide : je suis discrète, sans cesse concentrée sur ce qui m’entoure. J’aime observer les gens. Pour ça, le fait de n’être pas souvent remarquée est plutôt pratique ! Je pense parfois les connaître mieux qu’il ne se connaissent eux même. J’aime remarquer les détails, faire des déductions… Mais comme pour tous les super-pouvoirs, il y a un retour de flammes.

Ça peut paraître con, mais je me fais constamment marcher dessus dans la rue, par exemple. De même, dans une soirée, il y aura toujours des gens pour me dire une heure après qu’il ne m’ont pas vue arriver.

Tant de petites phrases qui, à force, me donnent l’impression d’être un putain de fantôme. Je traverse les portes comme un spectre, je suis Casper. Je passe mes journées avec une cape d’invisibilité sur le dos. Je suis transparente, je m’évapore.

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Je pense que nous vivons dans une société où il est bien vu de s’exprimer clairement, de s’imposer, de se montrer. La communication est reine. Ceux qui la maîtrisent mal sont tout de suite considérés comme timides, angoissés, complexés. C’est surtout ça qui me met mal à l’aise. Je ne me suis jamais sentie écrasée par les personnes extraverties, qui ont du charisme et une aura de sympathie : je ne suis simplement pas comme ça.

Et c’est mal vu.

Je sais que les gens mettent rapidement les personnes comme moi dans des cases. On est timides. C’est évident, non ? On transpire la timidité par tous nos pores ! Impossible de passer à côté, impossible de nous louper. Les personnes timides disent souvent qu’elles aimeraient se faire toutes petites, passer inaperçues. Je n’ai jamais voulu ça, mais ce sont ces gens et leurs principes qui me font disparaître tous les jours.

Ils finissent par me faire douter. Comment réagir quand, au beau milieu d’une soirée, on te balance que, dis donc, tu as enfin décidé de muscler ta langue, ou que tu te lâches (enfin !) après ce premier verre d’alcool (que tu n’as même pas commencé à boire) ?

Au fond, je sais que ces gens n’ont pas à me dire qui je suis. Mais à force, je ne sais plus trop qui croire…

Il y a des jours où ça me fait rire, et d’autres où le moindre « Ah t’es là ? J’t’avais pas vue ! », dit de la manière la plus sympathique du monde, me donne envie de chialer ma mère. Je rentre chez moi en ayant l’impression que j’existe seulement pour mes parents, mon mec et mon chien. Je me triture l’esprit pour arriver à changer ça. Mais je ne trouve rien. C’est un casse-tête, mon casse-tête.

Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme

Je me mets de gros coups de pieds aux fesses, en espérant que ça changera quelque chose. Mes études et mon métier m’ont appris à maitriser ma gêne, mon malaise vis-à-vis des situations inconnues. Je ne panique plus à l’idée de dire quelque chose d’intéressant devant quelqu’un d’important. Je stresse, c’est tout. C’est humain, non ?

Je pense que je ne pourrais pas empêcher les gens de m’oublier quand ils demandent ce qu’on fait dans la vie, ou ce qu’on bouffe ce soir. C’est comme ça. Arriver dans une troupe de personnes en faisant de grands gestes et en me présentant, le tout ponctué de grandiloquents « enchantée, quel plaisir de vous rencontrer », ce serait comme rire au nez de celle que je suis vraiment. Et ça sonnerait comme un chanteur qui ne s’entendrait pas dans les retours.

C’est-à-dire plutôt faux.

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Les Commentaires

44
Avatar de zi
1 août 2015 à 23h08
zi
Je me reconnais tellement dans cet article !
J'ai souvent mal vécu ce trait de personnalité qui était vu comme un défaut, jusqu'au jour où un ami m'a décrit ainsi : "tu t'imposes par ton silence" et alors là j'ai vraiment commencé à assumer et apprécier mon caractère !!
Je suis contente de voir qu'il y a d'autres fantômes
0
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