Mon père à distance — Témoignage

Lisa n'a jamais vécu avec son père, qui vit à l'étranger. Elle nous parle de son papa à distance.

Mon père à distance — Témoignage

Mes parents sont divorcés depuis ma plus tendre enfance, je ne les ai jamais connus ensemble. Ma mère et moi habitons en France depuis que j’ai deux ans, tandis que mon père n’a jamais quitté la Russie. C’est lui qui a tout fait pour que nous immigrions loin de la famine, de la pauvreté et du désastre que fut le début des années 90 en Russie avec la fin de l’URSS. Notre relation s’est construite avec cette distance géographique.

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Mon père à distance et moi

Mon père, c’est un gars ultra généreux et un peu fainéant. C’est donc grâce à lui que je vis en France et non en Russie, et je lui en serai toujours reconnaissante. C’est le mec qui me voit trois fois par an et en profite pour me faire des leçons sur tout pendant ces quelques rencontres. C’est mon père que j’ai toujours aimé et pour lequel je pleurais des litres de larmes lorsqu’il repartait en Russie après être venu me rendre visite. C’est celui qui m’a amenée à Disneyland Paris au moins quatre fois — oui, c’est un détail très important !

Mon père a une place un peu particulière : je n’ai pas été élevée par lui mais je l’ai toujours beaucoup aimé. J’ai été élevée par ma mère et mon beau-père, qui a eu l’intelligence de se créer sa propre place dans mon coeur, sans jamais tenter d’éclipser celle de mon père. Quand j’étais petite celui-ci me gâtait beaucoup, ce qui ne me plaisait pas toujours car j’avais des envies et habitudes plus modestes. Il m’a par exemple payé un portable en cinquième alors que je n’en voulais absolument pas. On était en 2000, les portables c’était pas le top de la technologie. Mais en plus de cela, PERSONNE dans ma classe n’en avait un. C’était donc tellement inutile…

à nous quatre lindsay lohan

« Un poney, une décapotable, la Tour Eiffel… »

LA difficulté de notre relation a été de la construire à distance — mais cette distance nous a probablement permis d’éviter des conflits. Une autre légère difficulté est apparue aux alentours de mes 18 ans, quand j’ai commencé à remarquer qu’on n’avait pas du tout baignés dans la même culture avec mon père : aussi européen qu’il pouvait me sembler, il est en fait bien russe. Et parfois cette différence culturelle me surprend.

En effet, les différences culturelles créent parfois des incompréhensions. On voit les choses, le monde, les situations sous un tout autre angle. Moi j’ai une vision très européenne des choses : une vision libérale et libertaire, celle de la démocratie, la liberté, les droits de l’homme, le recyclage… J’ai grandi à Paris, un milieu multiculturel, et comme ma mère a tout recommencé a zéro en France, nous avions un mode de vie modeste.

Mon père a lui grandi en URSS, ce qui lui a donné un peu un côté « conservateur » et très fataliste, ainsi qu’une vision un peu kitsch des choses. Il a ensuite vécu la crise des années 90 en Russie, le désespoir de voir quelque chose de bien arriver et l’absence de tout. Puis la reconstruction économique du pays dans les années 2000, avec un ultra-libéralisme et l’apparition d’une société où soudain TOUT est disponible. En Russie tout le monde est constamment en mode survie : les gens se plaignent généralement peu, ils sont fatalistes et plutôt pessimistes, et tout est basé sur l’apparence. On a par conséquent rarement les mêmes points de vue sur la vie, même si ce n’est pas non plus extrême.

S’il n’est jamais venu habiter en France, je suppose que quelque chose le retenait inconsciemment à son pays. Il a eu plusieurs occasions de venir vivre en Europe mais ne l’a pas fait. Je lui disais de venir sans pour autant insister. Je pense que son boulot lui convenait, et sa vie également d’une certaine façon. Il est un poisson dans l’eau quand il est en Russie.

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Une vraie présence malgré tout

Notre relation a évolué au fil des ans. De papa qui gâte sa fille tout le temps, il est devenu un confident, et nous échangeons maintenant beaucoup sur les difficultés de nos vies ou nos amis. Comme aucun de nous n’est très fan du téléphone, ces confidences se font quand nous nous voyons.

Pendant un temps, on s’est très peu parlé avec mon père : ma grand-mère (sa mère) était malade, et on a tous les deux concentré notre attention là-dessus. Mais je sais que je peux toujours compter sur lui, pour tout. Je ne compte pas les fois où il m’a aidée et a vraiment bien joué son rôle de père, ce qui me rassurait sur le fait que je n’avais pas que ma mère — même si c’était le cas géographiquement.

Il a souvent fait des choses pour moi dont les gens qui ont vécu avec leur père m’ont dit que ceux-ci n’auraient jamais fait pour eux. Il m’a trouvé un appart à Prague pour mon année Erasmus et il est venu m’y installer. Il m’a plusieurs fois emmenée à des soirées diverses avec lui, des soirées chics, à l’opéra, des soirées avec ses amis… Il veut d’ailleurs toujours me présenter fièrement à tous ses potes ! Quand on se voit il veut m’amener partout tout le temps, et ça ne le dérange pas de m’attendre dans la voiture plutôt que je me débrouille toute seule avec les transports.

De plus, son habitude de profiter de nos rencontres pour me faire la morale sur tout en condensé (tiens-toi droite, fais du sport etc.), c’est sa manière de participer à mon éducation.

une semaine sur deux (et les vacances)

Dans notre relation, je remarque que mon bien-être et ma sécurité lui importent beaucoup, car il a toujours fait son possible pour me les garantir lorsque c’était de son ressort.

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Et maintenant ?

Il a mis du temps à m’accepter comme adulte, sûrement parce qu’il ne me voyait pas grandir au quotidien. Mais depuis quelques années, et surtout depuis qu’il est avec ma belle-mère, je pense qu’il l’a réalisé — même s’il continue à me surprotéger alors que nos discussions sont depuis longtemps des discussions d’adulte à adulte. Quand je suis là il me « materne » aussi un peu : il prend toujours les numéros des amis que je vois, et puis il se soucie toujours de comment je vais à coups de « tu as assez chaud ? », « tu as soif ? ». Parfois c’est très mignon, comme quand il vient me chercher à l’aéroport : il m’amène toujours une bouteille d’eau et des chewing-gums !

Nos rapports sont très bons, on aime beaucoup discuter et passer du temps ensemble. Quand je le vois, je suis juste un peu dérangée qu’il m’entoure totalement de son attention. Je n’en n’ai pas l’habitude vu que l’on se voit assez rarement, donc sur le coup j’ai l’impression d’étouffer un peu, puis je m’en veux de penser ça, et je relativise et décide juste de profiter de son surplus d’attention tant que je le vois. Nous nous voyons peu mais ce sont des moments de grande qualité, et je sais qu’il est là pour moi.

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  • Lisazerty
    Lisazerty, Le 24 juin 2015 à 16h04

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