Oh Lucy, un road-trip japonais innovant et sensible, entre solitude et amour déçu

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Atsuko Hirayanagi nous donne sa définition de la solitude, de l'amour et de la résilience dans le très beau Oh Lucy. Un film profondément sincère qui explore la complexité des relations humaines.

Oh Lucy, un road-trip japonais innovant et sensible, entre solitude et amour déçu

— Cet article a été publié dans le cadre d’un partenariat avec Nour Films.
Conformément à notre Manifeste, on y a écrit ce qu’on voulait.

Il y a des affiches qui me donnent immédiatement envie d’acheter un billet de cinéma, comme un beau ticket à épingler précieusement sur le tableau en liège de ma mémoire, pour ne surtout pas oublier le film.

L’affiche d’Oh Lucy est toute simple. Le visage souriant d’une femme, serrant entre ses lèvres une balle de ping-pong.

Pourtant, l’envie de courir voir ce film a été immédiate.

Je ne sais pas vraiment pourquoi. Quelque chose dans le sourire de cette femme… Un contraste entre la couleur de sa peau et celle de ses cheveux…

Bref, il y avait un petit je-ne-sais-quoi de charmant.

Et puis j’ai vu le film !

Oh Lucy, de quoi ça parle ?

Setsuko n’a pas d’âge. Ou plutôt si, celui de l’entre-deux. Où l’on n’est plus vraiment jeune, et pas encore vraiment vieille.

Cet âge ingrat, Setsuko le subit et le traîne mollement de son travail sinistre à son appartement plein de bordel.

Seule sa nièce Mika apporte à Setsuko un peu de fraîcheur et de jeunesse. Alors lorsqu’elle propose à sa tante de suivre des cours d’anglais à sa place, Setsuko accepte. Péniblement certes, mais elle accepte.

Et ce cours d’anglais va changer le cours de sa vie. Elle y rencontre John, charmant Américain aux méthodes d’apprentissage particulières, voire un rien… humiliantes.

Désormais affublée d’une perruque blonde peroxydée, elle devient Lucy. Une femme qui ose ce que Setsuko n’aurait jamais osé.

Lorsqu’elle apprend que Mika s’est enfuie du foyer familial pour aller vivre un amour torride avec John (oui, il s’agit bien du professeur) aux States, Lucy décide d’aller à sa recherche, en compagnie de sa soeur (la mère de Mika, vous suivez ?).

Cette quête les entraîne en Californie du sud, un paysage qui baigne dans la lumière orangée des couchers de soleil.

Mais qui Lucy recherche t-elle vraiment ? Sa nièce ? Ou le beau John ?

En quête d’amour, de confiance, et de repentir, Setsuko qui se rêvait Lucy parviendra t-elle à se (re)trouver ?

Oh Lucy, une réflexion sur la solitude

Dans la vie, Setsuko subit. Le temps. Le bordel. La méchanceté des autres. Les autres. L’ennui.

Réalisé par Atsuko Hirayanagi, une femme de cinéma aussi brillante que lumineuse, ce film a été présenté à la Semaine de la Critique (section parallèle du Festival de Cannes), et est reparti avec le Prix du Public des Visiteurs du Soir à la Semaine de la Critique.

Oh Lucy fait la peinture honnête de ce que peut signifier « être seule », et l’être complètement. Car Setsuko ne semble pas avoir d’amis, si ce n’est un type qu’elle croise lors du cours d’anglais et avec qui elle échange quelques mots.

Avec sa nièce, elle entretient une relation factice. Qui n’existe que sous conditions de faveurs échangées.

D’amour, elle n’en a aucun. Du moins c’est ce que laisse supposer la caméra franche d’Atsuko Hirayanagi, qui ne la filme que seule.

Mais depuis le début, on sent que la révolte n’est pas loin. Elle brille dans le regard de Setsuko. Lui effleure les lèvres parfois. Lui brûle la cornée.

Jusqu’à ce qu’elle naisse dans la bouche de Lucy, qui n’hésite pas à dire ses quatre vérités à sa collègue, et à demander des vacances impromptues à son patron.

Lucy, c’est la face révoltée de Setsuko. Celle qui n’hésite plus à vivre.

Elle passe tout à coup d’une personne seule à une femme qui ne l’est plus jamais. En moins de temps qu’il faut pour enfiler une perruque, elle se retrouve coincée avec sa soeur pour laquelle elle a un amour tout relatif.

Puis retrouve John. Puis sa nièce.

Ensemble, ils pourraient former une famille. Dysfonctionnelle certes. Mais une famille tout de même. Au lieu de cela, la proximité les éloigne encore davantage…

Je me suis demandée ce qu’il fallait vraiment retenir de ce road-trip halluciné. Est-ce un essai sur l’ennui ? Sur la solitude ? Sur la famille ? Sur les autres ? Sur le temps qui passe ? Sur la mort ?

Après réflexion, il me semble qu’Oh Lucy est à la fois un peu et rien de tout ça. Et puis pourquoi vouloir absolument lui trouver une finalité unique ?

 

Oh Lucy, l’éveil d’un désir inapproprié

Écrire une critique (je déteste ce mot, il est si peu approprié dans ce cas précis) sur le film d’Atsuko Hirayanagi sans parler de désirs n’aurait aucun sens.

Car l’arrivée de John dans la vie de Setsuko va agir comme un tsunami, qui éveille tous les sens de la future Lucy.

Le désir naît, et avec lui le cataclysme. Celui qui va jeter un froid entre tous les protagonistes. Car le désir de Setsuko est considéré par tous comme inapproprié. Avec l’envie apparaît donc une culpabilité, non explicite mais qu’on sent latente.

La réalisatrice explore jusqu’au malaise.

Moi, sur mon fauteuil, j’étais tantôt pensive, tantôt gênée.

J’aurais détesté être à la place de Setsuko. Comme à celle de Lucy, dont les désirs sont moqués.

En osant aborder une sexualité différente, celle qui n’est pas « appropriée », la réalisatrice met le doigt sur un désir différent. Celui que taisent la majorité des films d’amour.

Si tant est qu’Oh Lucy ait vocation à en être un !

Oh Lucy dérange donc par certains de ses aspects. Mais c’est ce qui fait du produit final un objet plus qu’intéressant.

La réalisatrice n’épargne personne, surtout pas le spectateur, qui pris de malaise, de compassion ou de tendresse, ne sait jamais sur quel pied danser.

Déconcertant ! Génial !

Oh Lucy, un casting lumineux

Cette histoire ne serait rien si elle n’était pas portée par des acteurs aussi brillants.

Shinobu Terajima incarne une Setsuko ambigüe et éclatante de vérité. Quant à Josh Hartnett, il tient ici un rôle moins romantique que plus tôt dans sa filmographie.

Plus proche du bambin irresponsable et immature que de l’amoureux adorable et transi, il incarne un John tout en paradoxes.

Le reste du casting est lui aussi à l’image du film : brillant.

Je pourrais passer ma journée sur cette page, à vous détailler chacun des sourires déçus qui font d’Oh Lucy un vrai bijou d’intelligence et d’humanité…

Celle qui est complexe et parfois complexée, à l’image de Setsuko, brune et timide, qui se voulait Lucy, blonde et délurée.

La vérité, c’est que Lucy n’est en fait que Setsuko. Elle n’est ni blonde ni délurée. Elle est seule. Et la vie ne lui fait aucun cadeau.

Car l’existence est cruelle, et c’est comme ça pour tout le monde.

Mais au bout du long tunnel du malheur, il y a de la lumière pour Setsuko. La lumière d’un amour qui point, et qu’on n’avait pas vu venir.

Parce que Oh Lucy n’est pas que le récit d’une déception. C’est aussi celui d’un espoir. Celui qu’on n’attendait pas…

Oh Lucy sortira le 31 janvier au cinéma. Foncez-y !

À lire aussi : Seule la Terre, un film superbe entre désir et sensualité sur fond de paysages désolés

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Commentaires
  • Nedjma
    Nedjma, Le 3 février 2018 à 13h16

    " Atsuko Hirayanagi nous donne sa définition de la solitude, de l'amour et de la résiliation dans le très beau Oh Lucy. "

    Ce ne serait pas plutôt résilience ?

    Sinon le film a l'air super :top:

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