« Nous trois ou rien », LE film feel-good à ne pas manquer

Kheiron sort ce 4 novembre son premier film, « Nous trois ou rien », l'histoire vraie de ses parents qui ont fui la dictature iranienne de Khomeiny. Un film essentiel, à ne surtout pas manquer.

« Nous trois ou rien », LE film feel-good à ne pas manquer

Article écrit avec l’aide précieuse de Clémence Bodoc
Publié initialement le 4 novembre 2015

Si on m’avait dit qu’un jour, je rirais autant devant un film qui parle de la répression politique en Iran, que ce film serait écrit et réalisé par Kheiron, et qu’il me ferait tant pleurer, je ne l’aurais pas cru.

Et pourtant, dès la bande-annonce, la puissance et l’émotion de cette histoire vraie sont perceptibles.

Naître dans une dictature, refuser d’y mourir

C’est bizarre de découvrir l’histoire de quelqu’un que tu connais personnellement depuis quelques années à travers un film sur grand écran. Certes, Kheiron m’avait déjà glissé qu’il était d’origine iranienne, on en avait même ri dans cette interview réalisée pour feu GentleMec (les gens pensent souvent qu’il est d’origine turque)… mais je n’avais strictement aucune idée du parcours de ses parents, qu’il a mis à l’écran dans Nous trois ou rien.

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Kheiron incarne son père, Hibat, dissident politique condamné à dix ans de prison.

Kheiron y incarne son propre père (rien que ça), Hibat, qui se bat contre le régime du Shah d’Iran. S’opposer à un dictateur n’est pas sans risque, ce qui lui valut d’être condamné à dix ans de prison. Le jeune avocat passera sept ans et demi dans les geôles iraniennes, avant de finir par être relâché, grâce à la pression populaire révolutionnaire.

Au-dehors, la vie reprend : Hibat fait la rencontre de Ferehstet, sa future femme (et future maman de Kheiron). Mais une dictature en cache parfois une autre, et la révolution tant attendue par le peuple iranien en 1979 porte finalement au pouvoir l’Ayatollah Khomeini… la monarchie du Shah est remplacée par une dictature islamiste.

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De Téhéran à Pierrefitte

Hibat et Ferehstet se battront pendant quatre ans, avant de quitter le pays avec le petit Nouchi, âgé de quelques mois, pour arriver en France, « le pays des Droits de l’Homme et de la première révolution ». La seconde partie du film se concentre sur la vie du couple en banlieue au nord de Paris : ils vont tous les deux s’investir dans la vie locale de Pierrefitte, faisant de cette cité de 25 000 habitants l’une des villes leaders en France sur le plan de la médiation.

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Voilà pour le pitch. Parlons très vite du casting fantastique que Kheiron a réussi a réunir autour de ce film.

Un casting ambitieux et une Leïla Bekhti magistrale

Il ne connaissait pas personnellement la plupart des acteurs et des actrices, et notamment les grands noms du cinéma français comme Leïla Bekhti, Gérard Darmon et Zabou Breitman, qu’il a réussi à convaincre grâce à son seul scénario.

Leila Bekhti en a lu sept pages, avant d’accepter le rôle de Ferehstet, qu’elle sublime par un jeu formidable et tellement juste. Gérard Darmon et Zabou Breitman sont fantastiques, Alexandre Astier en Shah est horriblement drôle, sans oublier Jonathan Cohen impeccable (et hilarant) et Kyan Khojandi, purement flippant dans son premier rôle de « méchant ». Comme Kheiron l’expliquait dans notre interview, il n’oublie pas tous les seconds rôles qui sont « des pointures de jeu », notamment Michel Vuillermoz en maire mégalo.

Une pépite d’humanité, entre rires, larmes et gorges serrées

Je veux vous en dire le moins possible sur le film pour ne pas vous gâcher le plaisir, mais sachez juste une chose : en plus d’être très drôle (Kheiron réussit le tour de force de placer des dialogues hilarants au sein d’une prison), Nous trois ou rien est une pépite d’humanité. 1h42 de rires, de larmes et de gorges serrées. Ça pourrait paraître étrange à première vue qu’on ressente autant d’empathie envers ces inconnu•e•s, mais Kheiron livre ici une histoire si personnelle et si intime qu’elle finit par toucher à l’universel : chacun•e pourra y trouver sa part de vérité.

C’était en tout cas le cas de la salle du MK2 Bibliothèque hier soir, remplie pour notre CinémadZ en avant-première, où la plupart des spectateurs qui ont pris la parole après le film avait encore de l’émotion plein leur voix.

Mais c'est qu'y avait du monde, dites donc ! @kheiron_nous3ourien @leilabekhti_official #Cinémadz #noustroisourien <3

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L’histoire vraie de héros ordinaires

Si on prend du recul, Nous trois ou rien, c’est une histoire de réfugiés politiques qui fuient un pays où leurs vies sont directement menacées, parce qu’ils ont l’insolence de refuser la privation de libertés, de droits humains élémentaires. Ils se battent pour la démocratie, et lorsqu’ils sont contraints à partir, ce n’est ni à la légère, ni de gaité de coeur qu’ils entament leur périple.

Personne n’entreprend un tel voyage avec un enfant aussi jeune, à moins que la situation ne soit véritablement intenable chez soi. C’est une phrase que l’on a dite et répétée, récemment, en essayant de comprendre comment autant d’enfants, comme le petit Aylan Kurdi, pouvaient finir noyés sur les plages de la Méditerranée. Qui étaient ces parents qui ont pris tant de risques pour traverser des frontières ?

Hibat et Ferehstet ont été de ceux-là, et Nous trois ou rien raconte une de ces histoires parmi celles-là, par le grand angle : celui qui nous donne, ici, en France, une nouvelle perspective sur cette « question de l’immigration » qu’on a beaucoup trop tendance à voir par le petit bout de la lorgnette.

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Quelle insulte que de réduire ces héro•ïne•s ordinaires à des « voleurs du travail des Français•es » ! De noyer ces trajectoires individuelles de courage, d’abnégation et de persévérance à une masse anonyme qu’on affuble d’un pathétique, d’un méprisant « toute la misère du monde » !

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L’histoire qui manquait à la nôtre

Hibat, Ferehstet, et tant d’autres comme eux, n’ont pas quitté leur pays d’origine pour les vertes prairies d’Île-de-France. Ils ont été contraints à l’exil, parce que leur modeste envie d’être libres menaçait leur vie. En lieu de « vertes prairies », ils sont arrivés dans les étendues bétonnées des banlieues parisiennes, et c’est là qu’ils ont trouvé la misère.

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Nous trois ou rien est une histoire trop peu entendue, trop peu reconnue, et qui manque à nos racines. J’espère que ce film fera exploser le box-office, qu’il marquera notre génération. Qu’on le montrera dans les écoles, pour que s’ouvre enfin une discussion apaisée et fière sur la diversité des vies et des parcours des Français•es, tou•te•s les Français•es, y compris celles et ceux que « l’Histoire Gauloise » des manuels scolaires a tendance à oublier.

C’est trop rare, en 2015, de tomber sur un film à ce point humaniste, pour passer à côté : allez-y, vraiment, vous ne le regretterez pas — et je suis TELLEMENT fier, en tant que boss de madmoiZelle, qu’on en soit partenaires, parce que Nous trois ou rien mérite d’aller très loin et très haut !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Nerwenn
    Nerwenn, Le 10 décembre 2015 à 17h11

    C'est clair ! Il est vrai que qualifier ce genre d'individu sans tomber dans l'insulte (du comparé ou du comparant) est un exercice difficile !

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