Déclaration d’amour à mon nez aquilin

Cette madmoiZelle a un nez aquilin. Pas toujours facile de vivre avec un complexe planté au beau milieu du visage... Mais elle a réussi à le dépasser et à aimer son pif !

Déclaration d’amour à mon nez aquilin

Article initialement publié le 24 mai 2013

Si beaucoup de parties du corps peuvent être cachées, floutées, maquillées, un nez aquilin, eh bien… On est bien parti pour devoir l’assumer chaque seconde de chaque journée. Mais ça, un autre témoignage au sujet du nase vous en a déjà parlé.

Petite, je crois me souvenir que j’avais le naseau fin et pointu que toute charmante enfant se doit d’avoir. C’est en commençant à grandir (pas pour longtemps) que mon tarin évolua jusqu’à sa forme actuelle : très long, arqué, un peu de travers. Un nez aquilin.

Le nez aquilin : témoignage

À la loterie du pif j’avais tiré un gros lot même si je reconnais que l’on peut toujours imaginer pire (j’ai encore en mémoire ce fantastique spécimen, rencontré un jour dans le métro, de nez s’enroulant sur lui-même à la pointe : fascinant). Pour vous faire une idée plus précise ce nez, j’en ai trouvé la meilleure description dans Harry Potter : les lunettes de Dumbledore sont longtemps décrites comme « reposant sur un nez aquilin », joli nom pour un moins joli phénomène. Si chez un homme je conçois qu’elle puisse être associée à la sagesse, cette grosse bosse en forme de ligne brisée n’a rien du canon féminin de la beauté délicate et discrète… Surtout que mon visage est plutôt petit et fin : impossible de rater mon pif, il est posé là comme une patate majestueuse.

En grandissant, j’ai beaucoup appris sur mon nez grâce à la langue toujours si volubile des enfants en bas âge : « sorcière » ou « corbeau », le tableau de ce long blase entouré de mes cheveux noirs et longs avait quelque chose de moyenâgeux. Les mauvais jours, je ressemble encore à Rogue. J’ai déjà fait peur à une enfant comme ça, et je dois avouer que j’ai savouré ce moment, avec une pointe de sadisme.

Ne. Me. Mentez. PAS, Potter.

Néanmoins mes camarades n’étaient pas trop cruels et je n’ai commencé à complexer qu’en me rendant compte que ma mère, qui m’a transmis son gène, envisageait de se faire refaire le nasebroque – une idée abandonnée une fois que l’on lui a décrit l’opération à venir (si vous voulez mon avis, vous pouvez la reproduire pour beaucoup moins cher dans les caveaux avinés des nuits métalleuses parisiennes en proclamant tout haut votre amour pour Tokio Hotel).

Le nez aquilin : pas vraiment un standard de beauté

Peu à peu, les canons de beauté féminine enroulèrent leur doigt fin et crochu autour de mon âme innocente et je me mis à l’odieux exercice de la comparaison. Pas très jolie, pas très bien fringuée, mon nez aquilin focalisait toute mon attention et je ne pouvais m’empêcher de plaquer ma main dessus et d’admirer mon profil dépourvu de toute bosse.

Chochotte je n’envisageai jamais l’échappée opératoire, considérant mon mufle comme une croix, une damnation personnelle qu’il me faudrait assumer jusqu’au bout. Damnation qui atteignit sa consécration le jour où un jeune collégien, sans doute en toute sincérité amoureuse, c’est ça le plus tragique, me proposa de jouer Cyrano dans sa pièce.

Au passage, je ne remercierai jamais assez Bergerac d’avoir inventé une réplique d’une telle force qu’elle a rendu absolument stupide tout autre genre de remarque et me permet donc de regarder avec snobisme l’ignoble calomnieur lambda de bas étage.

Le nez aquilin : acceptation d’un phénomène

Mais peu à peu une étrange métamorphose faite de vêtement à ma taille, de maquillage, de coiffeur et surtout de confiance en moi fit son oeuvre et je devins une jeune femme assez motocultable pour une partie de la population mâle, ce qui me suffisait largement (et me suffit toujours).

Mon blair, pendant tout ce temps, fut mis de côté volontairement : j’évitais les photos de profil, j’utilisais des techniques de maquillage censées l’affiner et je me contentais de compenser avec mes autres atouts. Le fantôme du tarin n’avait cependant pas totalement disparu. Une fille que je pensais être mon amie eut la délicatesse de me dire, alors que j’approchais du miroir : « Fais gaffe, tu vas le casser avec ton nez ». Merci, au revoir. Si je dois retenir une leçon que m’aura appris mon nez aquilin, c’est bien de ne jamais tolérer les gens qui, manquant de confiance en eux, visent là où ça fais mal dès qu’ils se sentent mal à l’aise. Les jaloux et les envieux, je les évite grâce à la force surpuissante de mon imposant organe qui gagne systématiquement les combats de « bisou d’esquimau », car c’est du 100% cartilage ma bonne dame.

Le nez aquilin et… La séduction

Un jour un homme passa son doigt sur mon promontoir et me dit avec une admiration sincère : « J’aime bien ton nez ». Le mufle. Il me paraissait évident qu’il cherchait un moyen de se moquer et je restais un moment sans rien dire… Mais beaucoup de choses commencèrent à prendre forme à partir de ce moment-là, et depuis, mon nez est devenu l’un de mes principaux atouts de séduction, une arme, même ! Parce qu’il est grand, qu’il saute aux yeux, il attire le regard ; comme il s’agit d’une zone non érogène ou intime, les hommes n’hésitent pas à le toucher… Lorsque j’ai compris que mon ronflant était en réalité une piste d’atterrissage pour bel esthète, je n’eus de cesse d’en faire usage et je vous livre ma technique :

  • Prendre un air gêné
  • Avouer sur le ton de la confidence « Je n’aime pas mon nez… »
  • Attendre que l’homme touche le naseau plus ou moins furtivement et vous affirme le contraire.

Vous l’aurez compris, le but n’est pas ici de récolter un simple compliment en se dépréciant (ce genre d’attitude gonfle tout le monde), mais de créer un prétexte au contact physique. Un petit geste banal, mais déjà le signe d’une plus grande intimité. En général, je n’avais alors qu’à sourire et à entretenir l’effet : puisque mon visage n’était plus un terrain inconnu pour mon interlocuteur, il avait bien moins peur de glisser dans son ombre y déposer un baiser.

Le succès fut tel que ce gimmick m’a totalement décomplexée de mon imposant cap, que dis-je, de ma péninsule, dont je suis aujourd’hui très fière. La séduction n’est pas le seul moyen de dépasser un complexe, mais c’est un jeu qui m’amuse tant que c’est faire d’une pierre deux coups !

Les bons jours je pense à Cléopâtre, les moins bons à Cyrano, parfois je vois même un symbole phallique, un trait viril qui donne un aspect autoritaire à mon visage – bien utile pour épicer mon caractère. Je ne peux toujours pas boire dans des coupes de champagne (ça bloque) mais dans tous les cas, mon imposant tarbouif reste à ce jour mon meilleur wingman.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Déborah_mk
    Déborah_mk, Le 31 juillet 2014 à 23h09

    Je viens seulement de découvrir cet article pour ma part (grâce au lien dans un des plus récents ^^) et ça fait du bien !
    J'ai toujours été complexée par mon nez, depuis qu'il a été cassé quand j'étais petite... je le trouve trop gros. De face, ça ne choque pas mais de profil je ne le supporte pas... ceci dit parfois je trouve quand même des gens qui ont l'air étonnés, qui ne le trouvent pas gros du tout, et ça me fait plaisir, ça change de ceux qui me charient dessus (qui ne sont pas très nombreux, j'avoue que je n'ai pas trop à me plaindre je n'ai pas subit tant de moquerie que ça, à l'école on préférait se moquer de mes boutons d'acné ! :yawn: )

    En tout cas, cet article m'a fait du bien et me fait voir les choses sous un angle vis à vis de mon complexe, je devrais l'assumer un peu plus. J'arrive à en rire devant les autres, mais il est vrai que parfois j'ai du mal, quand on me prend en photo à mon insu et que je me trouve plus ou moins de profil par exemple, ou simplement quand je sens que quelqu'un me regarde j'ai tendance à tourner la tête pour ne pas que l'ont m'apperçoive de profil... :/ Et c'est assez fatiguant de toujours se soucier de ça, je devrais en avoir rien à faire mais c'est plus fort que moi...

    Par contre pour le coup, je reconnait aussi la technique avec les garçons, jusqu'à présent je pensait cela inconscient mais finalement peut être pas :yawn:

    Sinon j'ai appris pas mal de petits synonymes sympa pour parler des pifs que je ne connaissait pas XD

    Merci ! :jv:

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