La natation synchronisée – Les madmoiZelles & leur sport

La Natation Synchronisée est l’un de ces sports dont les médias ne parlent quasiment pas. madmoiZelle a décidé de se pencher dessus à l’occasion des JO de Londres !

La natation synchronisée – Les madmoiZelles & leur sport

La natation synchronisée nous vient de très loin puisqu’elle a été pratiquée pendant l’Antiquité, plutôt comme loisir que que comme réel sport. Ce n’est qu’au début du 20ème siècle que cette pratique se démocratise, notamment avec la nageuse australienne Annette Kellerman, qui exécutera des ballets aquatiques dans de nombreux films et des spectacles en Amérique du Nord. En 1924 a lieu la première compétition de natation synchronisée et c’est en 1984 qu’elle devient sport olympique (seules les épreuves duo et ballet sont représentées).

Il existe trois catégories au sein de la natation synchronisée : le solo, le duo et le ballet (8 nageuses).

Les compétitions de natation synchronisée se divisent en deux parties :

  • L’épreuve des figures imposées : des figures désignées par avance doivent être exécutées par les nageuses, dans un ordre précis.
  • L’épreuve du ballet : la ou les nageuse(s) présente(nt) son (leur) ballet, chorégraphié sur la musique de leur choix.

Le jury note selon des critères techniques (synchronisation, difficultés), puis des critères artistiques (originalité, chorégraphie, interprétation).

Les contraintes : ne jamais toucher le fond et les bords de la piscine, ne pas excéder 10 secondes de chorégraphie en dehors de l’eau (c’est-à-dire sur le bord de la piscine, appelé plage) avant la chorégraphie aquatique, interdit de mettre du vernis à ongles et des bijoux, obligation de masquer les tatouages, cheveux tirés en chignon gélatiné, maillot de bain une pièce.

Voici quelques minutes d’un reportage sur un duo de nageuses en coulisses (où vous pouvez découvrir la fameuse technique du chignon gélifié à la gélatine alimentaire) :

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Qu’en disent les madmoiZelles qui pratiquent ?

Trois madmoiZelles ont accepté de répondre à mes petites questions pour nous en dire un peu plus sur la natation synchronisée : Élise, 19 ans, 5 ans de pratique, licenciée au Ballet Nautique de Strasbourg ; Pauline, 24 ans, 15 ans de pratique, licenciée au Lille Université Club et Déborah, 23 ans, 11 ans de pratique, licenciée à l’Aqualons Barracudas (Pyrénées-Atlantiques).

>> Quelles sont les qualités nécessaires à la pratique de la natation synchronisée ? Est-ce que des bases en danse ou en gymnastique sont obligatoires ?

– Déborah : « Je pense qu’avant tout il faut adorer passer son temps la tête sous l’eau ! Petite, mes parents me repéraient sur la plage au milieu de tous les baigneurs grâce à mes deux jambes en l’air ! Il faut se sentir très à l’aise dans cet élément. »

– Pauline : « Il faut avoir de bonnes bases en natation sportive, avoir de la souplesse, le sens du rythme et être motivée pour atteindre un bon niveau ! Il faut bien souvent multiplier les heures d’entrainement pour ça. »

– Élise : « Il faut être dotée d’un sens artistique et créatif quand on évolue au plus haut niveau. Une bonne souplesse peut aider, c’est sûr. Mais je ne pense pas que se soit primordial d’avoir des bases en danse ou gymnastique car en travaillant à sec nous travaillons nos « écarts ». »

>> Quelles sont les différences notables entre une pratique solo, en duo et une pratique par équipe ?

– Élise : « L’équipe demande en général plus de travail qu’un solo ou un duo. Le solo est la pratique la moins appréciée du public, il faut donc innover pour accrocher les spectateurs. Les duos créent une véritable complicité entre les deux nageuses. »

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– Pauline : « Le solo, c’est l’épreuve où l’on retrouve les meilleures nageuses, c’est à dire celles qui sont les plus hautes techniquement, qui ont un sens artistique très développé, et beaucoup de prestance. »

>> Quelles les valeurs vous a transmis la pratique de la natation synchronisée ?

– Élise : « L’esprit d’équipe, l’obstination et le volontariat : nous nous devons de soutenir nos clubs car notre sport est très peu sponsorisé. La patience aussi, car quand on est juge (je suis actuellement en formation pour le devenir), nous voyons parfois 50 fois le même ballet. »

– Pauline : « La natation synchronisée est une bonne école de la vie : on apprend à gérer son stress lors des compétitions (utile pour passer des examens), l’esprit d’équipe (ça prépare au travail en équipe dans la vie professionnelle) et la rigueur. Plus on vieillit, plus on aborde la compétition de manière détendue. Mais il y a toujours un peu de stress et cette volonté de bien faire pour soi, pour ses coéquipières et pour son entraineur ! »

– Déborah : « La première chose que j’ai apprise grâce à ce sport c’est le respect. J’ai toujours été très dissipée et même à 7 ans je pensais déjà tout savoir. J’ai eu beaucoup de chance d’avoir des coaches qui ont été très patientes avec moi. Ensuite il y a bien évidemment l’esprit d’équipe ! La natation synchronisée c’est une équipe de 8 et s’il manque une seule fille tout est chamboulé ! »

>> Comment se déroule une compétition en général ? Quelle est l’ambiance qui y règne ?

– Pauline : « Une compétition de natation synchronisée, c’est à la fois strict, beaucoup de concentration et de silence lorsque les nageuses présentent leurs figures imposées à tour de rôle devant le jury (minimum 6 juges). Mais c’est aussi une super ambiance quand les filles s’encouragent entre elles et défilent ensemble aux couleurs de leur club ! »

– Déborah : « Toutes en maillot noir, bonnet blanc, des dizaines de clones dans le silence le plus total, nous devons attendre notre tour pour nous mettre à l’eau et effectuer un parcours très précis ainsi qu’un peu de gymnastique au sol et des figures imposées tirées au sort le jour même par les juges. Les parents qui sont là n’ont pas le droit d’encourager, le moindre mot ou encouragement de notre famille pourrait nous pénaliser. C’est une ambiance très solennelle et très froide où l’on doit tout de même penser à sourire aux juges. Heureusement dans les vestiaires il y a toujours une meilleure ambiance et les filles de tous les clubs prennent plaisir à discuter et à s’échanger « les trucs » pour les épreuves à venir. »

– Élise : « Malgré le stress, c’est toujours un excellent moment car on donne toujours le maximum et on se rapproche vraiment de son équipe en cas de réussite ou de déception ! »

>> Quel est le niveau global des nageuses françaises dans les compétitions mondiales ? Quelles seront les chances françaises lors des JO de Londres en été prochain ?

– Pauline : « Les françaises en équipe n’ont aucune chance de se qualifier à cause du règlement des JO : il y a 8 nations qui participent, une pour chaque continent, et ensuite un tournoi de qualifications ; l’Europe sera représentée par l’équipe d’Angleterre, alors qu’elle est plus mauvaise que l’équipe de France. La France progresse, mais ne peut pas lutter contre les nations qui professionnalisent leurs nageuses et contre les Russes qui raflent tout depuis 10 ans. »

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– Déborah : « Pour moi la plus grande des nageuses restera Virginie Dedieu, championne du monde à plusieurs reprises, c’était mon modèle quand j’étais petite ! J’étais très triste quand elle a décidé de se retirer mais je le comprends amplement, la natation synchronisée demande un engagement fort. »

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Hagaren
    Hagaren, Le 29 août 2012 à 20h48

    Merci Flo pour avoir essayé de démystifier ce sport par ton article... Ca fait du bien! Alors, je ramène mon grain de sel, car après avoir été nageuse de niveau national (c'est à dire que j'ai fait les championnats de France, quoi ^^) je suis passée juge et entraineur (et oui, pas entraineuse, ce n'est pas vraiment le même métier!) et je suis donc dans le chlore depuis plus de 25 ans.
    Désolée si je en peux pas toutes vous citer, mais je voudrais revenir sur certains points:

    C'est vrai que les médias n'en parlent pas trop.. Mais depuis quelques années, les choses ont changées; en effet, le public a beaucoup sollicité des diffusions télévisées, et on commence à en avoir de plus en plus. Quand j'ai vu les JO de Londres et le nombre de diffusion des ballets par rapport à ceux de Pékin, j'en avais les larmes aux yeux, didon ^^. Et puis les journalistes ont ENFIN fait appel à des consultantes qui savent de quoi elles parlent, ce qui rends les explications plus claires.. Je haïrai toute ma vie Alexandre Boyon sur France tévé lors des championnats de Budapest avec ses idées toutes faites et ses commentaires désobligeants. Non seulement il n'y connait rien, mais en plus, les nageuses ne sont que des pouffes peinturlurées, à l'entendre. Merci à Roxanna Maracineanu d'avoir essayé de sauver les meubles en lui indiquant qu'une équipe internationale passe 8h par jour dans l'eau et non, n'est pas seulement intéressée par le maquillage et les barrettes à cheveux... Bref, les JO 2012, c'est Virginie Dedieu notre immense mais hélas méconnue championne qui s'est chargée des commentaires, et je buvais du petit lait. :d Quoiqu'il en soit, sur le net, il n'y a plus aucun problème pour trouver des vidéos.
    Ensuite, vous avez été visiblement marquées par la réaction d'une des nageuses interviewée (désolée, j'ai oublié son petit nom) disant que les filles se prennent pour des princesses. Là, je dis "il n'y a pas de mauvais élèves, seulement de mauvais maîtres". Car oui, bien sûr, vu le nombre de nageuses que j'ai entrainées, j'en ai vu passer, des starlettes. Mais pour éviter une ambiance qui plombe l'esprit d'équipe qui est la clé de ce sport, c'est à l'entraineur de remettre les choses en place. A savoir si elle fait ou bien est sensible à la flatterie et au comportement lèche-bottes que ces demoiselles peuvent avoir histoire qu'elles puissent dédaigner (= et donc travailler moins) que les autres, c'est que c'est pas un bon entraineur. Bah ouais. Toutes les filles sont là pour un seul but: montrer de quoi elles sont capables, leur progrès, leur plaisir à nager. Toutes dans le même bateau! Et pas de favoritisme!
    Ce sport est tellement dur et complet, que si on (nageuses + entraineur) se donne pas à fond vers un seul objectif, comment voulez-vous qu'un ballet fonctionne? Alors je leur répétai souvent quand je voyais l'ambiance changer: "vous laissez vos égos dans le vestiaires, et vous réglez vos problèmes dehors; sur le bord du bassin et dans l'eau, vous êtes là pour nager ensemble"..Et ça fini par payer.... Il est pas rare que se faire des "soirées" dans l'année resserre des liens et que petites chéries se calment.Donc vive l'entraineur! :d

    Quand les gens me demandent ou me disent "ah, c'est tellement beau, comment vous faites? c'est dur, non?" je leur répond: "si vous voulez essayer de ressentir ce que c'est qu'un ballet entier, allez courir à vive allure avec votre poids sur les épaules, et le tout sans pratiquement respirer, ça vous donnera une idée". Dans quel autre discipline il faut de la souplesse (beaucoup) de la grâce, mais aussi de l'endurance, de la vélocité, du souffle, une condition physique impressionnante? Sans parler de la capacité à évoluer en 3 dimensions... le tout la tête en bas, sans jamais se reposer! Je ne dénigre pas les autres sports, hein. J'essaie juste de recadrer les choses.

    Alors oui, c'est très dur, et si on veut atteindre un bon niveau, il faut environ... 10 ans de synchro avant d'être parfaitement à l'aise dans toutes les figures et savoir tout faire. C'est vrai que maintenant, je souffre des genoux car on fait beaucoup de rétropédalage et également des orteils (on fait nos pointes de pied au delà du possible.. A mon époque, on marchait carrément sur les orteils recroquevillés pour avoir de belles pointes dans l'eau! heureusement, on fait plus ça, trop traumatisant pour le squelette). Yana, je suis désolée d'entendre qu'il a fallut que tu abandonne à cause du rétro. :sad:

    Quand on fait de la synchro à haut niveau, c'est vrai qu'on est scupltées. De longues jambes fuselées, un beau dos musclé, un ventre plat... Mais si on les voit de près, on peut constater par exemple que les françaises (je parle de l'équipe nationale, hein, pas des loulouttes qui s'entrainent 3 X par semaine) sont vraiment très développées au niveau des bras, et que les russes sont vraiment maigres. La télé flatte beaucoup! Alors, en club, les filles rondes, il y en as, et des juges débiles aussi qui font passer le physique avant la qualité d’exécution. Mais sincèrement, moi je trouve qu'une fille un peu gironde qui me montre sa technique et qui a un réel plaisir de nager est plus attrayante qu'un fille squelettique sans personnalité.

    Ce sport demande beaucoup aux nageuses car en plus de refaire encore et encore toujours les même mouvements (un ballet se travaille sur un an minimum avant d'être exécuté par les 8 ou 10 nageuses correctement!) on travaille aussi beaucoup hors de l'eau... On appelle ça le travail à sec, qui nous permets de mémoriser les comptes et les mouvements. Oui, il n'y a pas que la musique qui sert de support pour la synchronisation, (si un haut parleur tombe en panne, ben on est mal ^^ )on découpe le ballet sur 8 temps et on les compte à voix haute sans arrêt, afin que mouvements et musique soient parfaitement ensembles. Il n'est pas rare lors des championnats (n'importe lesquels, peut importe le niveau) de voir les équipes avec un lecteur cd portatif répéter encore et encore avant de passer, pour fignoler encore et toujours. ( elles s'exclament toutes en coeur "1.2.3.4.5.6.7.8. 1.2.3.4.5.6.7.8..." et ça non stop pendant 4mn environ. Faut faire abstraction avant de péter un plomb, surtout quand on juge une 40aine de ballets d'affilés :))

    Et oui, en synchro, c'est l'abnégation de soi dans un sens, car il faut constamment se remettre en question (oui, même l'entraineur :d) Car les erreurs sont tellement visibles, un mouvement mal exécuté saute tellement aux yeux, que ce qui est bien fait est "normal". L'entraineur et les juges ne regardent qu'une chose: les erreurs! :) C'est terrible à dire mais c'est que comme ça, qu'on peut les corriger et ainsi faire progresser les filles. D'où l'interêt d'avoir un fort esprit d'équipe afin de s'encourager tout le temps. Et on peut parler avec son entraineur aussi.

    Les équipes sont composées de filles oui, mais pas que. J'ai longtemps travaillé avec une équipe de garçons sur Paris, et je peux vous dire qu'ils sont loin d'être mauvais! Pour être d'accord avec une d'entre vous qui soulignais l'absurdité des règlements qui changent tous les 4 matins, il y a eu il y a une 20aine d'années un garçon champion de France (Stéphane Miermont) et maintenant, les équipes masculines ne sont pas inclues dans les championnats. Et ce n'est hélas qu'un des nombreux exemples des stupidités pondues par notre fédération qui, si ça continue, va nous payer en fonction des résultats, comme pour des commerciaux.

    Sinon, pour bien faire, on commence la synchro vers 7 ans. En général, on apprend à nager aux filles en même temps, car "la sportive" est très importante pour nous; elle représente 60% environ d'un entrainement: elle permet la glisse, le souffle, les appuis... Donc finalement on sait nager les 4 nages sans problèmes. Mis ceci dit, oui, il y a des sections débutantes pour adultes! (j'en ai eu moi même ^^). L'équipe filles du Paris Aquatic (le club avec les garçons) avait une vétérante de.. 51 ans. Qui se débrouillait très bien! Renseignez vous dans les clubs, mais ce n'est pas mission impossible. (Paille: si tu peux bouger, renseigne toi sur La Louvière, il y a un très beau point d'eau, le club est jeune, mais je crois qu'ils parlaient d'ouvrir une section adulte).

    Bon, j'entre pas dans les détails comme pour le port du pince-nez obligatoire, car il empêche l'eau d'entrer dans les sinus quand on a la tête à l'envers, le chignon, le sourire, etc...
    Enfin, si vous avez des questions, n'hésitez pas, je ferai de mon mieux pour y répondre.

    Désolée de ce loooooong commentaire!
    Des bises

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