ElDiablo, Pozla et leur géniale BD « Monkey Bizness » — Interview

« Monkey Bizness » est une série totalement barrée par les talentueux ElDiablo et Pozla. Elsa a pu les interviewer !

ElDiablo, Pozla et leur géniale BD « Monkey Bizness » — Interview

Monkey Bizness est une série géniale. Elle nous raconte le quotidien trépidant d’Hammerfist le gorille et Jack le Mandrill dans une version déglinguée de Los Angeles, alors que la race humaine est quasiment éteinte, et que des animaux — un peu crétins — ont pris sa place. C’est trash mais absolument hilarant, et le duo ElDiablo/Pozla fonctionne à merveille.

Si j’avais eu l’occasion de parler de la série à l’occasion de la sortie du tome 1, et du tome 2, j’ai également eu le plaisir de poser mes questions à ElDiablo et Pozla.

ElDiablo, tu avais déjà eu l’occasion de te présenter dans l’interview à propos de Pizza Roadtrip, mais Pozla, peux-tu te présenter, nous raconter un peu ton parcours ?

Pozla – Eh bien j’ai toujours dessiné de façon assez obsessionnelle, très influencé par toutes les BD qui pouvaient me passer entre les mains. Je me suis très vite dirigé vers des études de dessin au lycée où j’ai commencé, en parallèle, à gribouiller sur les murs et à travailler la lettre dans le tag et le graffiti.

Après le bac, je suis parti à Lille faire une école d’animation, puis je suis arrivé à Paris pour faire l’école des Gobelins, toujours en animation. J’ai travaillé sur des projets comme Persepolis, L’île à Lili, Monstre à Paris, Lascars, le Chat du Rabin, Ernest et Célestine, ainsi que sur des séries, court-métrages, clips ou génériques.

http://youtu.be/E5It4yzxvjk

Cela faisait un bon moment que j’avais envie de revenir à mon premier amour, la BD. Et de fil en aiguille, avec ElDiablo, est né le projet Monkey Bizness ! C’était parfait.

Comment raconteriez-vous Monkey Bizness ?

ElDiablo – On est quelques siècles après la dernière grande guerre nucléaire qui a décimé la planète entière. Les rares survivants ont été réduits à l’état de bêtes, et il se trouve qu’une partie des animaux vivants sur terre ont eux, au contraire, évolué de façon un peu positive, sont arrivés à un niveau socio-culturel à peu près égal à celui que nous connaissions au Moyen Âge on va dire.

Ils dirigent maintenant le monde. Et ils sont aussi cons que les humains avant eux, donc tout se passe très bien, ou très mal au choix.

À travers cette cité qui s’appelle Los Animales, réimplantée sur l’ancienne ville de Los Angeles, on suit les aventures de nos deux héros, Jack le Mandrill et Hammerfist le gorille, qui sont deux espèces d’électrons libres qui passent leur temps à picoler, se défoncer, aller aux putes et éventuellement de temps en temps, comme ils sont un peu mercenaires, ils remplissent des petites missions pour des petits caïds locaux. Aller casser la gueule à l’un, extorquer de l’argent à l’autre… La monnaie locale, ce sont les bananes et les cacahuètes. On n’est plus en euros ni en dollars.

À travers Monkey Bizness 1, on suivait un petit peu leur quotidien, sur des petites histoires très chapitrées. Dans le deux on rentre plus dans la psychologie des personnages et dans leur histoire personnelle.

La grosse différence qui peut exister entre le tome 2 et le tome 1, c’est que le 2 se lit vraiment de la première histoire à la dernière histoire, parce qu’il y a une évolution, une vraie arche narrative, avec un début, un milieu et une fin.

Comment vous êtes-vous rencontrés ?

ElDiablo – Eh bien figure-toi que dans ma vie trépidante, j’ai exercé beaucoup de professions, toujours dans le domaine artistique. J’ai notamment été prof à l’école des Gobelins (une école d’animation), dont j’avais été viré quelques années auparavant.

J’ai fait les Gobelins en 91, je m’y suis fait virer la première année, et peut-être 15 ans après, on m’a convié pour y donner des cours d’animation. Ce n’était plus la même équipe.

Donc je donnais des cours de flash animation, je suis tombé sur Pozla, et là tout de suite j’ai découvert un génie. Je me suis dit « Merde, il est fort ce con ! ». On est devenus potes, et puis de fil en aiguille on a eu envie de travailler ensemble.

Ça faisait très longtemps qu’on se tournait un peu autour pour savoir sur quoi on allait bosser, et puis j’ai eu l’occasion un jour de rencontrer aussi Run de chez Ankama, et la connexion s’est faite. J’avais déjà en tête la trame de Monkey Bizness, on s’est mis dessus tous les deux, et on l’a pondu comme ça.

C’est d’abord une histoire d’amitié avant d’être une histoire de boulot, donc c’est cool. De toute façon, tous les gens avec qui je travaille, que ce soit Cha avec qui je suis en train d’écrire un autre album, Eric Salch, Julien Lois, Pozla… ce sont d’abord des potes. Le principe, c’est de se faire plaisir avant de bosser.

Après évidemment on est contents d’être publiés, d’avoir de la visibilité, etc. mais on n’a vraiment jamais l’impression de bosser en fait. Même si parfois c’est dur, qu’on passe des nuits blanches (surtout les dessinateurs)…

On est dans une espèce de dynamique où certes, on n’a pas l’impression d’être des escrocs, mais quand on sait le plaisir qu’on prend à bosser, on culpabilise presque de gagner de l’argent en le faisant. Mais bon il faut bien vivre !

Pozla – Euh… moi je ne culpabilise pas, c’est très compliqué de vivre de la BD. La plupart d’entre nous doivent avoir un autre job à côté, c’est vraiment pour l’amour de l’art !

Un album comme ce tome 2, c’est 11 mois de travail acharné pour sortir 128 pages. Pendant ces 11 mois, je travaille beaucoup, mais je prends mon pied. Et c’est très important de former une équipe solide. Je pense que notre binôme marche super bien avec ElDiablo parce qu’on est amis à la base bien sûr, mais aussi très complémentaires dans le travail.

Comment est née l’idée de Monkey Bizness ?

ElDiablo – Je ne saurais pas dire comment elle est née, c’est un truc qui devait maturer depuis des années. Je lis beaucoup, et j’ai beaucoup lu Darwin, Richard Dawkins, qui sont des auteurs qui ont travaillé sur l’évolution, un sujet qui m’a toujours passionné.

De fil en aiguille j’avais envie de poser ma petite pierre à l’édifice. Évidemment je ne suis ni scientifique, ni chercheur, mais le contexte évolutionniste m’intéresse. À travers Monkey Bizness il y a un peu de ça.

À côté, il y a beaucoup d’influences cinématographiques, c’est très large d’ailleurs : ça va de La Planète des singes à Mad Max en passant par Boys in the hood. C’est un peu un melting-pot de tout ce que j’aime. C’est pour ça que je te dis que ce n’est que du plaisir. C’est ma façon de digérer le monde qui m’entoure.

Le projet est né comme ça, vraiment d’une envie forte de se faire plaisir. Comme tout ce que je fais.

Je lis beaucoup de BD également, et je trouve qu’il n’y a pas toujours ce que je recherche. C’est très rare que j’ai de gros coups de cœur. Je suis assez difficile. Et à travers Monkey Bizness j’ai essayé d’écrire la BD idéale, enfin en tout cas ma BD idéale, celle que j’aurais aimé découvrir en tant que lecteur.

Est-ce que vous avez créé tout l’univers en amont, puis vous jouez avec pour raconter les histoires, ou est-ce que ça vient au fur et à mesure ?

ElDiablo – Non, on est vraiment partis des personnages. Évidemment, on avait le contexte, Los Animales, mais on voulait raconter l’histoire de ces deux personnages-là. Il y a un petit côté référence à des bandes dessinées comme Torpedo, qu’on adore. C’est une espèce de buddy comics, finalement….

Et puis comme il fallait bien les faire évoluer dans un univers, on l’a enrichi au fur et à mesure des histoires. C’est pour ça que dans le premier album, chaque chapitre développe un aspect de Los Animales, mais on n’avait pas tout imaginé au départ, ça s’est étoffé au fur et à mesure.

Sur le deux, ce n’est pas pareil, parce qu’on avait déjà tout le recul du tome 1, et puis on rentre dans une histoire complète, on s’est vu contraints de penser l’univers dans sa globalité, avant de raconter l’histoire. Mais tout le travail de préparation et de présentation des personnages avait été fait dans le premier opus, donc c’était moins compliqué.

Comment se passe le travail d’écriture ? Est-ce que tu écris toute l’histoire, puis Pozla dessine, est-ce que tout se mélange ?

ElDiablo — On en discute beaucoup. A priori, je suis scénariste, il est dessinateur, mais après, si je ne touche pas un pinceau, je donne mon avis sur à peu près toutes les étapes de création niveau dessin, et de même sur l’écriture, on se concerte beaucoup. C’est moi qui écrirai les tomes 2 et 3, mais on les a réfléchis ensemble.

Il connaît aussi bien l’histoire que moi et l’a enrichie avec des trucs à lui. Je viens avec la trame, je sais ce qu’il va se passer de façon vague, puis avec Pozla on défriche, on regarde à la loupe. Ce boulot-là, on le fait à deux.

Les personnages de Monkey Bizness sont des animaux. Vous êtes-vous documentés sur les animaux de manière scientifique pour les créer ?

ElDiablo – Non, pas vraiment. Quand j’étais petit, j’étais passionné par les animaux donc j’avais encore tout ça en tête. On s’est surtout documentés sur la théorie de l’évolution, qui concerne aussi les animaux et toutes les créatures vivantes, de toute façon.

Mais après, ça reste une récréation. Ça n’est pas didactique, on se fait plaisir, on raconte des conneries. Une fois que tu connais les animaux… Je ne connais pas le cycle de reproduction du crapaud, ou de la salamandre, mais ça n’est pas indispensable de toute façon, parce que nos animaux sont quand même très humanisés.

Pozla – Ce qu’il y a de génial avec les animaux, c’est que tu peux très rapidement identifier un caractère et cerner un personnage, ou jouer avec ça. Il y a un panel incroyablement varié de races qui sont à notre disposition, on n’a qu’à se servir !

Et comme l’ont fait La Fontaine et d’autres, cela permet de raconter un tas de choses très dures qui seraient beaucoup plus compliquées à accepter avec des humains.

Graphiquement parlant, c’est un régal pour moi de passer d’un mandrill à un crocodile, qui côtoient cochons, canards, hyènes, tortues, humains et éléphants.

ElDiablo, tu parlais de ton intérêt pour l’évolution. Ici, les animaux ont la possibilité de construire autre chose, mais ils font finalement exactement les mêmes erreurs. Penses-tu que l’évolution fonctionne de manière cyclique ?

Pour ce qui est de l’évolution, je ne sais pas… Après tout, les dinosaures ont régné sur Terre plus de 250 millions d’années, et si un météore géant ne leur était pas tombé sur le coin de la tronche, ils y seraient encore. Toutefois, je pense que ce qui change la donne, c’est ce qu’on appelle (à tort ou a raison) « l’intelligence ».

Mon constat est que plus l’être humain se montre créatif, inventif, curieux et conquérant, plus il met en danger son biotope et sa propre existence. C’est assez fascinant de voir à quel point les progrès de la science nous ont rapproché en très peu de temps du déclin total… En fait on est au bord du gouffre et on ne s’en rend pas vraiment compte. Qui sait si dans 200 ans, nous serons toujours là ?

Je pense que si on épargne à nos successeurs (les cafards, les rats, les lièvres, les méduses, que sais-je ?) le « privilège » de l’intelligence raisonnée, ils s’en sortiront et pourront continuer d’exister encore des millions d’années. Si, comme les humains, ils finissent par découvrir comment on fait du feu et tout ce qui s’ensuit, il y a fort à parier qu’ils ne feront pas un meilleur score que celui que nous nous apprêtons à faire.

On a tendance à considérer l’espèce humaine comme l’espèce ultime, moi j’ai plutôt l’impression qu’on est un accident de l’évolution, et il me semble peu probable que les suivant sur la liste atteigne le niveau de sophistication d’intelligence et de connerie brute auquel nous sommes arrivés.

ElDiablo, dans toutes tes œuvres, il y a toujours un univers très urbain. Est-ce que c’est comme un fil conducteur entre tes histoires, ou est-ce juste un univers dans lequel tu te sens bien ?

Alors, si on parle de Lascars… Au départ, ce que j’ai commencé à faire en BD, dans Psykopat, dans les années 90, c’était de raconter vraiment ma vie. Donc c’était urbain par définition, parce que je vivais en banlieue et que tout ce que je racontais était inspiré de ce que j’avais pu vivre ou entendre.

Ensuite, ça ne m’a jamais vraiment lâché. J’ai toujours bien aimé le côté un peu journalistique de la démarche de scénariste. C’est-à-dire que même si je brode, même si je raconte des conneries, être dans un univers que je maîtrise, ça me plaît.

Los Animales, évidemment, c’est très très éloigné de la banlieue parisienne, mais c’est vrai que j’ai un certain goût pour l’urbain. Parce que je me sens bien dans cet univers. En même temps, j’ai d’autres projets plus BD. Là j’ai bossé sur un truc pour un Doggybags, qui n’est pas spécifiquement urbain : ça se passe sur une île déserte, c’est une histoire de naufrage.

J’ai tendance à m’éloigner un peu de ça maintenant, mais on va dire que mes fondamentaux c’est l’urbain. J’ai beaucoup lu Margerin, Tramber et Jano, même Vuillemin au tout début, dans ma jeunesse. Ils faisaient partie de mes livres de chevet, entre autres.

Monkey Bizness se déroule aux États-Unis, sur les ruines de Los Angeles. Qu’est ce qui t’a donné envie de placer l’histoire là-bas ?

Pour ma part j’ai toujours été, de gré ou de force, baigné dans la culture nord-américaine, que ça soit à travers le hip-hop, la littérature, ou les nombreux films que j’ai pu mater dans ma jeunesse (et actuellement).

J’y ai aussi pas mal voyagé, et c’est vrai que c’est un continent complètement dingue. À part la Russie, il n’y a pas d’équivalent en Europe, en terme de contrastes et de grand n’importe quoi….

C’est donc tout naturellement qu’on a situé Monkey Bizness là-bas, parce que s’il existe un seul pays où on peut potentiellement déclencher l’apocalypse pour une histoire de poing dans la gueule, où on pourrait modifier génétiquement les animaux pour qu’ils deviennent aussi cons que les humains et où les animaux, une fois « évolués », se réuniraient en gangs aussi bornés que les Crips, les Bloods ou la Maratrucha, c’est bien l’Amérique !

Qu’est-ce qui a inspiré les personnages principaux, et même les autres ? Je pense notamment aux lézards, dans le premier tome, qui font très mafiosos de film… Est-ce que ça vient du cinéma ?

ElDiablo – Ça vient de plein de choses en fait. Les deux personnages principaux de Monkey Bizness ont un lien de parenté avec Torpedo et son acolyte, mais ça ne sont pas les mêmes personnalités.

De toute façon, moi j’aime bien tout ce qui est buddy movies, buddy comics, avec ce style de binôme. Bon c’est pas du tout Astérix et Obélix… Ou c’est peut-être la version très trash d’Astérix et Obélix justement ! Deux potes qui sont assez différents l’un de l’autre, mais qui arrivent quand même à cohabiter, et à faire les mêmes conneries ensemble.

Il y a aussi un vieux comics que j’ai lu il y a très longtemps, qui s’appelait D.R. and Quinch, scénarisé par Alan Moore, qui pourrait pas mal se rapprocher de l’univers Monkey Bizness. C’était de la science-fiction pour le coup, ça se passait dans l’espace avec des extra-terrestres. C’était super barré.

Les deux héros, c’était deux mecs comme ça, complètement dingues. Deux extra-terrestres qui foutaient le bordel partout où ils passaient, se défonçaient la gueule, faisaient les cons. C’est aussi une de mes influences.

C’est un patchwork, de toute façon : il y a toujours cinquante mille influences, ça ne sort jamais de nulle part, mais ça n’est pas le copié-collé d’un truc en particulier, heureusement, sinon ça n’aurait pas sa personnalité.

Pozla – On a sculpté ces personnages assez naturellement finalement, comme si nos envies et nos influences communes se retrouvaient dans ces deux héros. Et puis je pense qu’on s’identifie pas mal à chacun des personnages principaux quand on les crée.

Pour tout te dire, Hammerfist ressemble fort à ElDiablo, et moi à Jack… Et on ne s’en est rendus compte qu’après coup ! Quand à Ramos, je pense qu’il représente le côté loser de chacun d’entre nous. C’est sûrement le personnage récurrent le plus intéressant, scénaristiquement parlant.

Pour les recherches graphiques, je pars toujours de photos, ou de croquis d’observation quand c’est possible. Une fois que j’ai saisi comment dessiner l’animal, je le façonne en fonction du caractère qu’il aura. Je travaille les attitudes, les poses, les tronches, jusqu’à ce que ça corresponde bien à son rôle dans l’histoire.

Mais les personnages principaux sont en constante amélioration, ils s’affinent au cours de l’aventure : je les ai bien mieux en main dans ce second volume que dans le premier.

Pozla, quels outils et techniques utilises-tu pour tes dessins et pour ta colorisation ?

Il y a plusieurs étapes,. Tout d’abord, je fais tout l’album en timbre-poste sur un carnet, où je me concentre sur la narration : en combien de planches on raconte cette histoire, comment c’est mis en scène… Mais à cette étape, mes persos ne sont encore que des patates informes. Je fais un rough plus poussé de chaque planche pour affiner la mise en scène, la composition des cases et les attitudes, puis je passe au dessin final sur table lumineuse.

Pour ce qui est du dessin, c’est du pur artisanat traditionnel: papier, plume, pinceaux et encre de chine. Les planches sont scannées et mises en couleur sur ordinateur, sauf sur quelques histoires. On a par exemple les flashbacks en lavis à l’encre, ou à l’aquarelle et au crayon de couleur…

Qu’est-ce qui t’a inspiré les teintes de ta colorisation ?

Je travaille et pense mes planches exclusivement en noir et blanc. C’est particulièrement dur pour moi de les passer en couleur, et c’est là que ma femme, Miaw, intervient et apporte beaucoup.

On travaille en binôme sur cette étape, ce qui permet de se renvoyer la balle et avoir un peu de recul. Autant certaines histoires se font naturellement, autant on peut bloquer sur une planche pendant deux jours. On essaye de travailler la couleur de façon narrative, ce qui complique un peu la chose parce qu’aucun personnage n’a de couleur définie, c’est la narration qui nous guide.

Je pense qu’à la base, c’est un mix entre du Lucky Luke, du Lobo, des pochettes de disques funky et des t-shirt Waikiki . Mais cette mise en couleur est venue assez spontanément sur la première histoire, puis on a développé le truc.

Tes décors sont souvent formés d’une accumulation d’objets. As-tu toujours aimé dessiner ce genre de scènes, ou est-ce propre à l’univers Monkey Bizness ?

J’ai une fâcheuse tendance à vouloir remplir le moindre espace blanc ! J’ai travaillé longtemps sur des entassements de têtes, d’objets et lettres en tous genres. Mes carnets sont griffonnés jusque dans les moindres recoins.

L’univers de Los Animales, cette espèce de bordel post-apocalyptique urbano-végétal, s’y prêtait à merveille. J’ai pas mal traîné dans des usines désaffectées, des terrains vagues, des endroits abandonnés où la nature reprend ses droits en un rien de temps, je trouve ça fascinant. Et dessiner ça, pour moi, c’est un peu comme une bonne grille de mots croisés.

Contrairement à ElDiablo, Monkey Bizness est ta première bande dessinée. Est-ce que ça a été compliqué pour toi de t’adapter à ce nouveau support ?

Il a fallu trouver une méthode de travail, que j’ai optimisée sur le deuxième album, et qui le sera encore sur le prochain. Venant de l’animation, il y a avait plein de choses techniques spécifiques à l’édition que j’ai découvertes.

Par contre, la BD offre l’énorme avantage de travailler tout seul ou en binôme, ce qui te donne un contrôle presque total sur ce que tu fais, et ça, c’est génial. Quand ton but c’est raconter une histoire, c’est beaucoup plus spontané et naturel pour moi de le raconter en BD qu’en animation.

Je pense avoir fait pas mal de progrès sur ce tome 2, mais c’est un perpétuel perfectionnement, il y a toujours des choses à améliorer. En tous cas, je fais de mon mieux sur le moment en mettant du cœur à l’ouvrage, et on verra ce qu’on peut faire sur le prochain album.

Quelles sont tes influences ?

Mes influences sont très vastes ! Il y a bien sûr de dessinateurs de ND tels que Morris, Margerin, Fred, Chauzy, Mignola, Bernett, Crumb, Blain, Blutch, des peintres comme Rivera, Klee, Picasso, Leger, Basquiat, Charley Harper, des films comme Retour vers le futur, Mad Max, La Planète des singes, Le grand Bazar, les Fraggle Rock, la grande époque du Western, etc.

Mais aussi un vieux tag foireux sur un mur décrépi, une gravure du XVIIIème, une expo sur l’art péruvien, les couloirs de Châtelet ou un schéma explicatif sur une notice d’outillage !

Dans chaque tome, il y a des changements de traitement graphique : du noir et blanc dans le premier, une colorisation au crayon de couleur dans le deuxième… Est-ce que c’était une envie dès le début ?

ElDiablo – On adore ça. Changer de style, de rythme narratif. On adore dès qu’il y a un petit changement comme ça. Et sur le trois, on va se faire plaisir aussi. Ça sera encore autre chose, mais on va y aller à fond.

Pozla – On essaye toujours de ne pas faire de la démo gratuite, le but est toujours de servir l’histoire, tout en se faisant plaisir. Par exemple dans Monkey Bizness, un flashback sur un personnage est prévu dans chaque album. Ramos dans le premier, Jack dans le deuxième et Hammerfist dans le troisième.

Là, c’est l’occasion parfaite pour changer de technique et placer une bonne respiration graphique, et narrative. Et dans la fabrication, c’est très plaisant de se réserver un petit passage en couleur directe ou en noir et blanc qui va te forcer à sortir de tes habitudes.

Le premier tome n’était pas numéroté, mais aviez-vous déjà prévu la suite ?

ElDiablo – Nous, on savait déjà que ça serait une trilogie. On n’a pas voulu le mettre en avant sur le tome 1, parce que, comme ça ressemblait à un one-shot c’était aussi bien de le vendre comme ça, mais on avait déjà l’idée d’en faire trois tomes.

Le premier pose vraiment l’univers, mais peut être lu complètement indépendamment des deux autres, qui rentrent tellement dans l’histoire et la psychologie des personnages qu’ils ne peuvent pas se lire dans le désordre.

Dans le deux, on en apprend un peu plus sur l’enfance de Jack Mandrill, on découvre pourquoi c’est un schizophrène ultra-violent. Sur le un déjà, on avait beaucoup d’indices sur Franck Ramos, le seul humain à peu près intelligent qui existe encore sur Terre, on aborde ses motivations, on apprend que c’est lui qui a provoqué la Troisième Guerre Mondiale, qui a foutu le feu à la planète.

Et dans le trois, on va faire la lumière sur l’enfance d’Hammerfist, et aussi pas mal sur celle de Franck Ramos. Il va y avoir un retour dans le passé à un moment donné qui va en dire énormément sur lui.

Pour en finir avec cette histoire de suite, nous on compte s’arrêter à une trilogie. Mais derrière, on est assez intéressés par l’idée de développer l’univers de Los Animales, tous les personnages annexes comme la Salamandre…

Il y a des personnages comme ça qui ont marqué les gens ; on nous dit « On aurait envie de les revoir ceux-là », « C’est dommage qu’il soit mort celui-là »… Alors on va essayer de développer chaque personnage à part, mais ça sera plus de l’ordre du sequel. Ça restera dans le même esprit, mais ça ne sera pas les aventures de Jack et Hammerfist.

Pozla – Je pense qu’on a réussi à mettre en place un univers bien béton, et on a encore un paquet de trucs à raconter. Il nous manque juste un peu de temps et… un bon mécène !

Un immense merci à Pozla et ElDiablo !

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